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Accord sur le climat à Cancun, la page de Copenhague se tourne

AFP

Mis en ligne le 11/12/2010

Le texte prévoit la création d'un Fonds vert pour aider les pays en développement à faire face au réchauffement et lance un mécanisme pour lutter contre la déforestation.

Près de 200 pays rassemblés à Cancun (Mexique) ont adopté samedi une série de mécanismes - encore embryonnaires - pour lutter contre le changement climatique, un accord accueilli par une ovation qui tourne la page de l'immense déception de Copenhague, il y a un an.

L'objectif de ce rendez-vous mexicain - aux ambitions modestes - était d'abord de redonner souffle au processus de négociation onusien, fortement ébranlé par l'immense déception née du sommet de Copenhague. Mission accomplie, selon les délégations réunis en plénière pour adopter le texte.

Avec cet accord, "on sauve de la faillite le système multilatéral de négociations sur le changement climatique", a déclaré à l'AFP la ministre française de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Le texte adopté à l'issue de 12 journées de négociations intenses et parfois tendues, "ouvre une nouvelle ère pour la coopération internationale sur le climat", a assuré la ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, qui présidait les débats.

Les négociations "ont abouti à un succès important dans un monde qui en a vraiment besoin", a estimé le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. Quelques heures plus tôt, le texte de compromis mis sur la table par le Mexique avait reçu, au cours d'une séance plénière chargée d'émotion, le soutien très appuyé de l'écrasante majorité des 194 pays de la convention de l'ONU sur le climat.

Ce texte "ne va pas évidemment pas résoudre la question du changement climatique, mais je pense que c'est un véritable pas en avant", a estimé le principal négociateur américain Todd Stern. "A présent, la communauté internationale doit remplir ses promesses. Il reste beaucoup de travail à faire avant la prochaine conférence sur le climat en Afrique du Sud l'an prochain", a souligné le Premier ministre britannique David Cameron.

La principale vertu du texte, adopté en dépit de l'opposition de la Bolivie, est d'inscrire dans le marbre de nombreux points de l'accord politique de Copenhague, qui n'a jamais été adopté par la convention de l'ONU. Et surtout de le décliner de façon plus précise. C'est en particulier le cas de l'objectif de limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux pré-industriels. "Les parties doivent agir de manière urgente pour atteindre cet objectif à long terme", indique l'accord adopté.

Le texte permet aussi de désamorcer, au moins temporairement, à la faveur d'une formule ambiguë, la "bombe" de l'avenir du protocole de Kyoto, seul traité juridiquement contraignant sur le climat existant à ce jour qui menaçait l'issue des discussions à Cancun. Un sujet qui ressurgira immanquablement lors du prochain grand-rendez vous climat fin 2011 à Durban, en Afrique du Sud.

Les pays développés ont promis à Copenhague de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Le Fonds vert, qui verra transiter une partie importante de ces fond, aura un conseil d'administration avec représentation équitable entre pays développés et en développement. Le texte de Cancun prévoit que la Banque mondiale servira d'administrateur intérimaire durant trois ans. Les nombreuses interrogations sur la façon dont ce fond sera alimenté restent cependant sans réponse. Un panel mis en place par l'ONU a suggéré la mise en place de financements alternatifs, comme des taxes sur les transports et les transactions financières.

Le texte pose par ailleurs les bases d'un mécanisme visant réduire la déforestation à l'origine d'environ de 15% à 20% des émissions globales de GES. Bangladesh, Guyane, Zambie, Suisse, Brésil, Etats-Unis, Algérie, Union européenne, Chine, Maldives... les uns après les autres, les délégués ont pris la parole dans la nuit de vendredi à samedi pour dire oui, avec force, à ce texte. "L'accord donne un nouveau souffle aux négociations", s'est félicité Jeremy Hobbs, directeur exécutif d'Oxfam International, tout en appelant, comme nombre d'autres ONG, à travailler "en urgence" pour rendre plus ambitieux les engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre.

Le texte de Cancun n'apporte en effet aucune nouveauté sur le niveau de réductions des émissions, jugé unanimement trop faible pour atteindre l'objectif des deux degrés. Accord de Cancun: la Bolivie va introduire un recours auprès de la CIJ

La Bolivie est déterminée à introduire un recours auprès de la Cour internacionale de justice (CIJ) contre l'accord sur le climat adopté samedi à Cancun (Mexique), faisant valoir que son approbation sans consensus fragilise les règles internationales, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la délégation bolivienne.

Les règles de la Convention cadre de l'ONU sur le changement climatique établissent que les décisions doivent être adoptées par consensus des 194 pays membres. Etant donné que l'accord de Cancun a été adopté en ignorant les objections de la Bolivie, cette dernière aura recours à la justice internationale, a déclaré à l'AFP le porte-parole, Nicholas Buxton.

"Nous allons avoir recours aux instances légales compétentes dans le cadre de la convention qui établit clairement que dans ce cas c'est la Cour internationale de justice l'instance qui doit se prononcer", a expliqué le représentant de la Bolivie à la conférence, Pablo Solon, cité par la presse mexicaine.

Le texte de compromis mis sur la table par le Mexique a reçu le soutien très appuyé de l'écrasante majorité des 194 pays de la convention de l'ONU sur le climat. "Nous sommes les représentants d'un petit pays mais un pays qui a des principes, qui ne vend pas sa souveraineté, qui parle pour les peuples du monde, et nous ne sommes pas d'accord avec cette décision. Il n'y a pas de consensus", a affirmé M. Solon.

"La règle du consensus ne signifie pas l'unanimité et encore moins la possibilité pour une délégation d'imposer un droit de veto sur la volonté" des autres 193 pays de la Convention, une volonté commune "pour laquelle nous avons travaillé si dur", a rétorqué la ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, qui présidait la réunion de Cancun.

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