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Des éco-cercueils
Isabelle Masson-Loodts
Mis en ligne le 27/06/2011
La jeune entreprise est née au détours des chemins que la vie a imposés à Claudine De Coster... "Quand mon père est décédé d’une rupture d’anévrisme, en 1993, j’avais 25 ans.
Cet événement traumatisant a déterminé mon approche de la vie et de la mort, car celle-ci en fait entièrement partie. Autoriser la mort à faire partie de notre quotidien nous permet une approche plus réaliste et lucide de la vie et nous aide à approcher la mort d’une façon plus sereine et posée."
Alors qu’il lui arrivait depuis lors de réfléchir au cercueil dans lequel elle souhaiterait faire son dernier voyage, Claudine De Coster a été frappée par l’uniformité de l’offre en Belgique et le manque d’alternatives proposées...
Elle entame quelques recherches : son idée est de proposer des cercueils différents, plus légers, tant symboliquement que du point de vue de leur empreinte écologique. Cercueils en bois brut, en carton ondulé ou papier recyclé, en bambou, sans vernis et/ou avec colle biodégradable : "J’ai très vite trouvé des fournisseurs aux Pays-Bas. Chez les Hollandais, la mort est moins taboue que chez les Belges. Ils en parlent plus facilement. On trouve du coup sur leur marché plus de types de cercueils, dont beaucoup sont même plus osés et alternatifs que ceux que je propose désormais en Belgique."
Depuis le lancement d’Alveus, la gamme des cercueils écologiques proposés par la jeune entreprise s’est enrichie de modèles tressés en feuille de bananier, rotin, ou jacinthe d’eau importés d’Indonésie par une société belge, qui offre 10 € par pièce vendue à une organisation humanitaire. C’est cette cohérence que Claudine De Coster tient à proposer : "Alveus signifie en latin "lit de rivière" : j’aimais beaucoup l’image du lit, sa forme où on se pose, et l’idée de la rivière qui évoque l’éternité. Cela correspond à ce que je propose. Des cercueils en matériaux naturels, produits par exemple avec des feuilles de bananier, et donc pour lesquels aucun arbre n’est abattu. Des cercueils qui sont beaucoup plus biodégradables mais qui sont beaux, et dont il émane autre chose que la froideur habituelle de ces objets."
Ces matières originales et légères ont le vent en poupe dans d’autres applications, du domaine de l’aménagement d’intérieur par exemple. De là à séduire les Belges au moment du choix d’un cercueil, il n’y a qu’un pas... Qui n’est pas encore vraiment franchi ! "Ça fait maintenant un peu plus d’un an que je suis occupée à ce projet mais les résultats sont maigres... Mon projet semble être arrivé un peu tôt : la génération qui s’en va maintenant n’est pas nécessairement sensible à ce type de choix. Mais ce n’est pas grave : pour moi, c’est un beau projet, je continue à y croire."
Le prix de ces cercueils écologiques, comparable à celui d’un cercueil traditionnel de prix moyen, ne fait pas partie des obstacles. Outre le poids des traditions et les freins psychologiques, Claudine De Coster a pris conscience du manque d’informations à la disposition du public. Comme souvent, on ne prend connaissance de ce qui existe sur le marché que le jour où on est forcé de se rendre chez un entrepreneur de pompes funèbres. Elle met une attention particulière au travail d’information de ces entreprises. "Le site d’Alveus est notre vitrine, mais je ne livre pas directement aux particuliers, qui doivent continuer à passer par les entrepreneurs. Le secteur funéraire a sa façon de travailler..."
Une manière de faire que Claudine De Coster respecte pour se faire accepter en douceur dans ce milieu professionnel très attaché à ses traditions. "Quand on me contacte, j’essaye de diriger les gens vers les entrepreneurs avec qui j’ai déjà travaillé." Les mentalités changent heureusement mais doucement... Alors qu’un grand salon du monde des alternatives bio et écologiques a décliné sa proposition de participation, de peur que la mort ne fasse pas un bon effet dans ses rangées d’étals, l’accueil s’est révélé chaleureux auprès des visiteurs d’ Ecopop, la bourse écologique de Courtrai, au sein de laquelle Alveus tenait un stand au mois de février 2011 : "Les réactions positives émanaient, il est vrai, de gens de notre génération", explique la quadragénaire. "Mais je veux être là aujourd’hui pour ceux qui en ont besoin".
Claudine De Coster continue aujourd’hui à mi-temps ses missions de secrétariat de direction, tandis qu’elle considère Alveus comme son "hobby idéaliste", son projet de vie : briser délicatement les tabous pour construire une approche de la mort plus simple, plus humaine, plus proche de la nature.
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