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Déchets électroniques : trésors dans les poubelles
Louise Culot
Mis en ligne le 19/01/2012
Combien de téléphones portables tombent chaque année dans l’oubli après avoir été enfouis au fond d’un tiroir ? Pourtant, s’ils passaient entre les mains d’un recycleur, ils pourraient jouir d’une seconde vie. Un recycleur est non seulement capable d’en extraire les composants métalliques nocifs, mais aussi d’en isoler les matériaux réutilisables.
Depuis 2002, une directive européenne contraint les producteurs et les importateurs à reprendre les appareils usagés de leurs clients au nom du principe de "la responsabilité élargie du producteur". Pour répondre à cette obligation, les industriels belges ont créé l’ASBL Recupel, chargée de la collecte et du recyclage des DEEE (déchets électroniques et électriques) sur tout le territoire. Celle-ci est financée par la "cotisation recupel" désormais incluse dans le prix d’achat de tous les appareils électriques. " Outre la responsabilité des producteurs, la directive européenne impose un objectif annuel de minimum 4 kg de déchets par habitant à collecter ", explique Katrien Verfaillie, porte-parole de Recupel. " En Belgique, nous en sommes déjà à 10 kg par personne. " En une décennie, le volume de DEEE collecté par Recupel a ainsi atteint les 100 000 tonnes par an.
Mais en 2012, l’Union européenne devrait adopter une nouvelle directive sur les DEEE pour augmenter encore le taux de collecte au sein de tous les Etats membres. Chez Recupel, la perspective d’une nouvelle législation plus exigeante est prise au sérieux. " Nous devrions concéder de gros efforts si nos objectifs étaient revus à la hausse. Nos résultats actuels seront difficiles à améliorer avec le réseau existant. "
S’il demeure l’opérateur principal de collecte des DEEE sur le territoire belge, Recupel reste soumis à la concurrence de ferrailleurs et d’autres recycleurs indépendants. "Lorsque les prix des matériaux comme le cuivre augmentent, nous remarquons que les volumes que nous collectons diminuent. Il existe un réseau d’opérateurs indépendants agréés autorisés à récupérer les appareils et à les traiter eux-mêmes. Evidemment, plus les prix des matières premières secondaires augmentent, plus ils nous font concurrence. Malheureusement, aucun contrôle effectif n’est organisé pour vérifier si le recyclage a dans ce cas toujours lieu en bonne et due forme. " Autre obstacle de taille : convaincre les entreprises à coopérer avec Recupel. "Les appareils professionnels sont souvent repris par des opérateurs concurrents. Il s’agit évidemment d’un énorme manque à gagner."
Au sein de l’UE, environ 9,3 millions de tonnes d’équipements électriques sont vendues chaque année. L’enjeu du traitement des DEEE est donc de taille. " Alors que les matériaux bruts viendront bientôt à manquer, il est grand temps de se rendre compte de ce que contiennent nos poubelles. Pourquoi aller extraire des matériaux des mines alors qu’on en trouve à la pelle dans nos villes ? Nos poubelles contiennent plus de cuivre que les plus grandes mines du monde ! Il ne s’agit alors plus de déchets mais bien de ressources", affirme Karl Heinz Florenz (CDU), rapporteur au sein de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire du Parlement européen (voir encadré).
Basée à Namur, l’ASBL Ressources fédère pour sa part un réseau d’entreprises d’économie sociale actives dans la récupération et la revalorisation des appareils usagés. "Pour nous, il est important que les institutions et les consommateurs soient sensibilisés à la pratique de réutilisation et comprennent ses avantages tant environnementaux que sociaux", explique Vinciane Gilard, responsable de la filière électroménager chez Ressources.
Et d’insister sur la hiérarchie des priorités en matière de déchets que l’UE instaurait en 2008, lors de la dernière révision de la directive DEEE. " En premier lieu des priorités vient la prévention. Il s’agit ici d’éviter de produire des déchets en privilégiant un mode de consommation responsable, en limitant ses achats. Ensuite vient la réutilisation, c’est là que nous intervenons en collectant les appareils usagés et en essayant de leur donner une seconde vie. Enfin, en troisième position apparaît le recyclage. "
Pour Ressources, l’enjeu d’une nouvelle directive résiderait prioritairement dans la mise en pratique de cette hiérarchie grâce à des mesures d’incitation à la réutilisation. " Il est indispensable que les centres de réutilisation obtiennent plus de reconnaissances et de soutien financier. Si la directive DEEE ne prend pas les devants, nous continuerons notre travail de sensibilisation en Belgique, auprès des Régions, compétentes dans cette matière. Car une tonne de déchets réutilisés revient à une tonne de déchets en moins à gérer ! "
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