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L’environnement sous pression accroît les migrations
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 25/01/2012
Tempête Xynthia en France, inondations massives au Pakistan, feux de forêts en Russie ou encore tremblements de terre au Chili et en Haïti. L’année 2010 a connu son lot de catastrophes naturelles qui ont entraîné le déplacement forcé de 42 millions de personnes. Co-publiée par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la première édition de l’"Etat de la migration environnementale" livre une analyse fouillée de ces différentes situations, passant en revue le contexte (politique, socio-économique ) dans lequel se sont déroulés ces événements, leurs conséquences et les réponses qui y ont été apportées dans l’urgence, mais aussi l’état des lieux actuels et les perspectives futures.
"On entend souvent parler des problèmes de migrations environnementales et climatiques comme de quelque chose qui aura lieu dans le futur, mais ce rapport montre que, pour la première fois en 2010, le nombre de déplacés suite à des catastrophes naturelles - qui étaient pour une large part liées à des facteurs climatiques - a dépassé celui des personnes déplacées suite à des conflits. En outre, les cas actuels ne sont pas tellement documentés. On dit que X millions de personnes ont été déplacées, mais il y a très peu d’informations sur la manière dont ces déplacements ont été organisés, sur ce qui est arrivé après et sur les politiques mises en place pour leur venir en aide", commente François Gemenne, chercheur au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (ULg) et à l’Iddri.
Car si les différents organismes (Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, Croix-Rouge, Organisation mondiale de la Santé, Programme alimentaire mondial ) appelés à intervenir dans ce genre de situation dressent un bilan de leurs interventions, "ils ne le font que catastrophe par catastrophe et organisation par organisation. Ces évaluations qui sont à vocation interne ne sont pas comparées entre elles. On ne dispose donc que d’une analyse très fragmentée".
Ce travail de décryptage, qui met également en évidence les crises "à bas bruit" en cours au Darfour suite aux sécheresses répétées ou encore au Népal suite à la fonte des glaciers himalayens, montre l’influence essentielle des politiques publiques mises en œuvre. "Peut-être plus encore que la nature des phénomènes qui dégradent l’environnement, ce sont ces politiques qui déterminent dans une très large mesure la nature de la migration à laquelle on aura affaire", poursuit notre interlocuteur.
Autre enseignement : l’essentiel des déplacements observés s’opèrent sur de courtes distances. Les réfugiés environnementaux demeurent généralement dans leur pays ou dans les zones frontalières. "Cela signifie que ces déplacements sont souvent invisibles statistiquement et donc souvent invisibles pour les décideurs politiques. Les populations les plus vulnérables sont coincées car elles n’ont pas suffisamment de ressources pour déménager et se mettre à l’abri. D’où, à mes yeux, la nécessité d’encourager la migration préventive afin de réduire la vulnérabilité de ces personnes. La migration ne doit plus forcément être vue comme un signe d’échec, mais comme une stratégie d’adaptation", analyse le chercheur. Mais bien que la prise de conscience de cette réalité semble lentement gagner du terrain, cette vision positive de la migration reste encore étrangère à la plupart des pays.
Appelés à intervenir en première ligne en cas de catastrophe, les Etats se focalisent généralement sur la gestion de l’urgence, mais ils négligent ensuite tout ce qui concerne le retour des populations dans la région où elles vivaient ou leur réinstallation dans une autre zone. "Or il y a aujourd’hui beaucoup trop de gens qui habitent dans des zones dangereuses ou trop exposées. Et les Etats ont la responsabilité de mesurer cet enjeu dès maintenant car sinon je pense que l’on devra par la suite gérer des déplacements forcés de populations, un peu manu militari comme cela se pratique dans certains pays du monde. Même si l’expression fait un peu peur, cela passe par une planification géographique de l’économie. Dans les pays en voie de développement, l’enjeu est de mettre d’autres terres à la disposition des populations et de leur permettre d’accéder à la propriété. Dans les pays développés, c’est avant tout une question de réglementation (plan d’aménagement du territoire, etc.) et d’organisation de l’activité économique."
Quant au statut légal qui pourrait être accordé à ce type de réfugiés, il n’est pas encore prêt à voir le jour. "En juin dernier, le Haut Commissariat pour les réfugiés a proposé une dizaine de recommandations simples pour une meilleure gestion des déplacements et des migrations liées aux dégradations de l’environnement. Mais lors du conseil exécutif de décembre, la plupart des grands Etats, les Etats-Unis en tête, n’ont pas voulu en entendre parler en considérant que ce n’est pas le travail du HCR et que celui-ci doit se concentrer sur les victimes de guerres et de violences", relève encore M. Gemenne.
Les temps ne sont sans doute pas encore mûrs. Pourtant, l’évolution du climat étant ce qu’elle est, il apparaît de plus en plus inéluctable d’accepter l’idée que certaines zones de la planète vont devenir inhabitables, conclut-il.
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