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Réduire les gaz et gagner de l’argent

Sabine Verhest

Mis en ligne le 31/01/2012

L’Europe aurait tout intérêt à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % en 2020. La Commission explique comment. Reste à décider…

Si l’Union européenne décidait de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % en 2020 par rapport à 1990, l’opération se révélerait bien plus rentable pour ses Etats membres que ce qu’on imaginait en 2008. Telle est la conclusion d’une étude, discrètement publiée lundi par la Commission européenne. Un "document technique" qui évite soigneusement de suggérer des propositions politiques, pour se contenter "d’alimenter le débat en cours sur l’intensification des efforts de réduction" des émissions polluantes.

L’analyse a été chaleureusement accueillie par les organisations écologistes. S’engager dans cette voie s’accompagnerait d’une "vague d’investissements verts" et du renforcement des "économies européennes en épargnant 20 milliards d’euros par an en moyenne en coûts énergétiques entre 2016 et 2020", pense Greenpeace, reprenant les chiffres du rapport de la Commission. "Les conclusions sont claires : réduire les émissions apportera d’énormes avantages financiers, environnementaux et sanitaires pour l’Europe et ses citoyens", réagit Esther Bollendorff, spécialisée dans la justice climatique et l’énergie pour la branche européenne des Amis de la Terre. "En réalisant parallèlement des économies d’énergie et en réduisant la consommation énergétique de 20 %, l’Europe pourrait se permettre d’être encore plus ambitieuse" et de diminuer ses émissions de 40 %, espère-t-elle. "L’an dernier, des inondations et des incendies importants ont coûté des vies et des centaines de milliards d’euros. L’Europe ne peut pas continuer en roue libre vers un objectif climatique pépère", assène pour sa part Joris den Blanken, le conseiller climatique de Greenpeace Europe. "Elle doit faire plus", et cela permettra "aussi de couper les coûts de l’énergie, ruineux pour notre force économique".

Mais bien rares sont les Etats membres prêts à s’engager dans cette voie; seuls le Danemark, le Royaume-Uni et la Suède envisagent des plus sérieusement d’adopter unilatéralement cet objectif. Les autres restent partagés, comme la Belgique, voire franchement réticents, Pologne en tête. Si la commissaire en charge de l’Action climatique Connie Hedegaard avait pu espérer pouvoir compter sur la présidence européenne de son pays d’origine pour encourager les pays membres, elle a dû rapidement déchanter. Tout engagé se montrerait-il sur la scène européenne, le ministre danois de l’Energie et du Climat, Martin Lidegaard, ne serait probablement pas en mesure de faire boire des ânes qui n’ont pas soif.

L’analyse de la Commission, commandée par le Conseil en octobre 2010, démontre pourtant qu’un tel engagement relèverait du bon sens. Si les chiffres confirment que le passage à 30 % de réduction des émissions de CO2 coûterait plus cher aux Etats membres les plus pauvres, ceux-ci disposent aussi d’un potentiel énorme en termes d’efficacité énergétique et peuvent profiter de "tous les emplois" à créer dans ce domaine, estiment les services de la Commission.

Des mécanismes compensatoires permettraient en tout état de cause de répartir équitablement les coûts et bénéfices entre chacun des Vingt-sept, riches ou pauvres, fortement carbonés ou non. "Soutenir l’action climatique des pays d’Europe centrale et orientale est essentiel si l’Europe dans son ensemble entend redynamiser sa lutte" contre le réchauffement, note à cet égard Greenpeace. Et, comme le remarque la Commission, il est notamment possible de les aider en octroyant des fonds spécifiques via le budget européen, permettant par exemple d’investir dans les énergies renouvelables.

Très concrètement, l’application du paquet Energie-Climat "rehaussé" amènerait le Luxembourg à devoir débourser 136 euros par tête supplémentaires en 2020. L’Allemagne payerait 120 € et la Belgique 88 €. Mais l’Estonie, la Roumanie, la Bulgarie et la Lituanie sortiraient bénéficiaires nettes de l’opération, avec des économies allant de 54 à 7 € par personne. L’Union dans son ensemble sortirait gagnante elle aussi avec, outre une diminution des coûts de l’énergie, une mortalité réduite représentant une diminution évaluée à 3,4-7,9 milliards d’euros par an. Alors pourquoi ne pas se lancer ?

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