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La montagne rongée par les canons à neige
Sabine Verhest
Mis en ligne le 20/02/2012
Christian Sudret règne sur son domaine, armé de quelque 170 canons. Cet homme de la montagne, "né le derrière dans la neige" , est l’un des deux nivoculteurs de la petite station des Sept Laux, sur les hauteurs de Grenoble. Assis, les chaussures de ski aux pieds, derrière les deux écrans d’ordinateur de son bureau, il gère le parc des "enneigeurs" (un terme moins militaire, qu’il préfère à celui de "canons"), 14 000 m de réseau, avec sa tuyauterie, ses pompes, compresseurs, anémomètres et autres sondes de température. L’homme a dû se familiariser avec un nouveau monde, de l’informatique à l’électronique, de l’hydraulique au pneumatique.
Chaque enneigeur apparaît sur son écran. "Regardez, celui-ci a un gros débit, il a produit 1 442 m³ en 111 h de fonctionnement." Pour Les Sept Laux, investir dans des canons était une question de vie ou de mort. "On était désertés par les skieurs." La faute au retour en station dans la boue plutôt que skis aux pieds - "cela ne donne pas une bonne image "
Flaine , en Haute-Savoie, est la première grande station européenne à s’être équipée, en 1973, d’une technique qui a vu le jour aux Etats-Unis. Mais la France n’est pas pour autant le plus gros producteur de neige de culture en Europe. Dans les Dolomites, elle représente 80 % de la superficie des pistes, tandis qu’elle avoisine les 40 % en Autriche, les 20 % en France et les 12 % en Suisse, selon une étude du ministère français de l’Ecologie, consacrée aux impacts environnementaux de la neige artificielle.
Les Sept Laux, du haut de leurs 1 350 m, se sont lancés en 1996 "et, depuis, on a des retours impressionnants" . Il vaut mieux, vu le coût des installations et de leur fonctionnement qui, lui, "dépasse 1 € le mètre cube d’eau". En 2008, la station a mis en place 80 nouveaux canons, une salle des machines et un bassin d’altitude pour 4,3 millions d’euros. Mais le prix en valait la chandelle : la station iséroise revit. "Cela nous permet d’assurer le démarrage et de pouvoir durer jusqu’à Pâques." Lequel des amateurs de glisse s’en plaindra ?
Le canon ne crache cependant pas dans toutes les conditions. Cette nuit, alors que s’annonce la tempête, Christian Sudret ne pourra pas mettre ses installations en marche. "Le vent est très néfaste, il contrarie la nucléation" , qui permet aux "billes de glace" de se former. "C’est toute une alchimie." Alors, comme avait coutume de le dire son ancien directeur, "la neige, c’est comme les fraises, il faut en manger quand il y en a" . Et la fabriquer dès que possible. Pour ce faire, "il faut du froid (une température humide de - 3°), de l’eau et de l’air" , explique le nivoculteur. De l’électricité également, beaucoup d’électricité. La raison pour laquelle le parc fonctionne essentiellement la nuit, aux heures les moins chères. Et quand manque un paramètre, rien à faire. "Cette année, en début de saison, on n’a pas eu de chance : on n’a pas eu de températures assez basses avant le 5 décembre. On était très inquiets " Et si, après la neige, c’est le froid qui venait un jour à manquer cruellement ?
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