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Bruges
Pôles d’attraction artistique
Bruno Fella
Mis en ligne le 27/11/2009
Un curieux cirque sans couleurs ou presque a planté sa tente à une centaine de pas de la gare de Bruges. Une tente blanche, treize containers blancs sur une pelouse verte. Ici, pas de clowns, de gradins, de dompteurs ou de funambules, mais une étoile de tôle, comme tombée d’un cargo. C’est ainsi que se présente au premier abord l’exposition (Ant) Arctic Matters. Ensuite, s’offre alors une agora polaire où chaque porte ouvre sur une vision personnelle du grand Nord ou du lointain Sud.
Dixie Dansercoer l’a voulue ainsi son exposition. "Il y a trois ans, je me suis demandé comment je pouvais communiquer d’une autre façon la beauté des régions polaires ou le problème du changement climatique. Aussi, petit à petit, j’ai discuté avec des artistes. Je les ai invités à y réfléchir." Une initiative qui porte ses fruits dans une optique toute particulière de transmission du savoir. "Essayer d’atteindre le potentiel dans chaque humain, on a compris que c’est très individuel. Une personne n’est pas l’autre, alors une solution unique, ça ne marche plus. Forcer les gens à réfléchir, ça ne marche plus. Ici, on a une plate-forme d’informations qui incite à l’action, c’est là notre but final." D’où la médiation artistique : "Une vision artistique, pénétrante du phénomène des changements climatiques offre une nouvelle perspective aux visiteurs. (Ant) Arctic Matters montre des œuvres provocatrices, parfois mêmes terrifiantes qui vont droit au cœur du public C’est l’art qui nourrit et encourage le visiteur à vivre et agir de manière respectueuse du climat".
A l’entrée de l’un des containers, "Ice by bits" de Ludwig Desmet, des gouttes ruissèlent sur le panneau explicatif. De faux cubes de glace invite à la station assise devant une chute d’eau continuelle. Sur cet écran en perpétuel mouvement, des images évoquent, sur une musique envoutante, les changements qui ont cours aux pôles.
Dans la case suivante, on marche sur une personne âgée, nue, couchée sur une mosaïque de visages d’enfants qui ont dessiné leurs espoirs. C’est le travail de Wim Tellier. Un écran raconte l’épopée du photographe qui a couché dans la neige du pôle Sud six œuvres de ce type de 800 m2 chacune. "Six continents et des milliers de rêves rassemblés sur le septième continent".
On croise également une composition "2 Coda" du guitariste Bart Vanhuyck. Dans un container sombre et insonorisé, ses rythmes primitifs, ses accords électriques tracent les contours d’une forêt contemporaine.
A côté d’une poignée d’autres artistes, d’autres visions, une pièce est consacrée à la charte "Global Matters" : une invitation aux individus comme aux entreprises à adopter un comportement responsable.
Et puis, il y a le regard de Dixie Dansercoer sur ses paradis blancs : les pôles. Côté sud, le vent qui siffle éternellement, le traineau de l’expédition, la vision subjective de la voile qui tire l’homme sur des étendues infinies. Côté nord, les aurores boréales sur le manteau de la nuit. Quelques lampes pour s’y retrouver et détailler l’attirail du voyageur des glaces, témoin du changement : "Quand on marche cent jours sur la glace, on a cet océan de temps pour regarder, ressentir la problématique. Depuis le début de ma petite carrière dans les pôles, j’ai vu la différence. Sur l’océan Arctique, dorénavant, on ne voit guère de la glace survivre." Parole d’amant des pôles. "Ça, c’est le grand amour, la passion, le désir de la découverte, ces deux taches blanches sur notre planète Mon intérêt, c’est tout un amalgame de couleurs !"
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