La Libre.be > Société > Planète > Article
bruxelles
Toit, toit mon toit
Raphaël Meulders
Mis en ligne le 26/01/2010
C’était il y a un peu plus d’un an. Un drôle d’avion équipé d’un scanner infrarouge survolait Bruxelles à 600 m d’altitude et en toute discrétion. Mais pas de panique, l’équipe du Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) n’aura enfreint aucun "secret défense" dans les nuits des 29 et 30 décembre 2008. Tout au plus, aura-t-elle mesuré le "flux radiatif" émis par les toitures de la capitale. "Grâce à ces flux, il est possible, dans certaines conditions, d’estimer l’importance des déperditions thermiques des toitures afin de les comparer entre elles", explique Pascal De Mulder de Bruxelles-Environnement (ex-IBGE).
Jusque-là que des taches colorées Mais une fois calquées sur une carte Google (version 2004) et agencées sur le site de Bruxelles-Environnement, ces couleurs prennent tous leurs sens. Voici, rue par rue et numéro par numéro, un véritable répertoire de l’isolation thermique de toutes les toitures de la capitale. "Un tiers de la perte d’énergie d’une habitation provient de sa toiture, poursuit Pascal De Mulder pour qui l’outil est d’autant plus intéressant qu’un toit est "relativement facile et peu cher à isoler".
Mise en ligne en avril 2009, la carte interactive a reçu plus de 20 000 visites en quelques mois. "Davantage qu’un cadastre des toitures, cette carte est avant tout un outil de communication qui vise à sensibiliser les Bruxellois". Car le système, également disponible pour les villes de Genk et d’Anvers, a ses limites. Si vous étiez absents (et que votre chauffage était éteint) durant les nuits du 29 et du 30 décembre 2008, inutile de s’exciter sur votre architecte: les données ne sont pas fiables.
Un bâtiment trop chauffé et relativement étanche peut ainsi apparaitre comme mal isolé, tandis qu’une bâtisse ayant un grenier sous une toiture non isolée peut être peinte de couleur "verte" (déperdition faible) sur la carte. De plus, "la thermographie aérienne des toitures présente un intérêt limité pour les grands bâtiments de plusieurs étages". Les résultats de cette carte sont donc à relativiser, même si certaines grandes tendances se dessinent.
Les toitures du centre de Bruxelles apparaissent ainsi bien moins isolées que celles de la périphérie. "Les bâtiments sont souvent plus vieux à l’intérieur du pentagone bruxellois, lance Pascal De Mulder. Pas mal d’entre eux ont une isolation comparable à celle que l’on retrouve dans les pays méditerranéens. Or le climat de la capitale belge est autre " Dans ce contexte, la démarche de Bruxelles-Environnement cherche à provoquer un déclic chez les Bruxellois. "Notre objectif est d’arriver à une amélioration du parc immobilier existant et une généralisation du "réflexe énergie" à Bruxelles".
Et pour concrétiser ce réflexe, une vingtaine de conseillers énergie de Bruxelles-Environnement guident quotidiennement les particuliers dans leurs différentes démarches. "Il est préférable de passer par leurs services avant d’entamer des travaux d’isolation. Ne fût-ce que pour connaitre les subsides existants en la matière "
Le service des conseillers devraient fortement être amélioré dans les prochains mois, puisqu’ on attend la mise ne place d’un guichet énergie dans la capitale. "Du moins, c’est ce qui est prévu dans l’accord du gouvernement bruxellois de 2009". Quant au prochain vol, il n’est pas prévu avant deux, voire trois ans. "Ce sera évidemment très intéressant de comparer l’évolution des toitures en ce laps de temps. Mais ces vols coutent relativement cher".
Mais pas tant que cela pour l’environnement: le vol de décembre 2008 a fait l’objet (bien entendu) d’une compensation CO2 auprès d’Action Carbone.
Savoir Plus
Déperditions thermiques
Les déperditions thermiques représentent l’ensemble des fuites calorifiques détectées sur un bâtiment. Celles-ci sont généralement concentrées sur la toiture et les façades d’un logement. On considère que près de 30 % des déperditions d’un bâtiment résidentiel, non ou mal isolé, s’effectuent par la toiture, 25 % par les façades, 13 % par les vitres et 7 % par le sol. Le reste l’étant par les ponts thermiques (5 %) et le renouvellement de l’air (20 %). Lorsqu’un logement n’est pas ou mal isolé, ces déperditions sont importantes et entraînent une surconsommation d’énergie et des factures de chauffage élevées. Cette surconsommation produit également des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique.
Vade mecum
Pour réaliser la carte thermique d’une ville et de ses banlieues, un hélicoptère ou un avion les survole et prend des clichés des toitures grâce à une caméra infrarouge. La technologie infrarouge permet de voir le différentiel de chaleur entre la température ambiante et le pourtour des bâtiments observés. L’opération se déroule dans des conditions climatiques bien précises : la température extérieure doit être froide, l’ensoleillement faible, il ne doit pas y avoir de brouillard et il ne doit pas y avoir eu de pluie récente (pas évident en Belgique ). La durée de l’opération varie en fonction de la taille de l’agglomération, et le nombre de clichés pris se compte en dizaine de milliers.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...