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Climat

"Un message qui dérange"

Bruno Fella

Mis en ligne le 01/02/2010

Le Giec est sous le feu des critiques après une erreur dans son rapport 2007. Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du Giec, se défend et riposte.
Entretien

L’après-Copenhague n’est pas de tout repos pour le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Les foudres de la presse sont tombées sur le Giec après la découverte d’une erreur dans son quatrième rapport d’évaluation. Le document annonçait en effet de façon précipitée la disparition des glaciers himalayens pour 2035. Le Giec a fait son mea culpa et s’abstient de toute nouvelle prévision concernant l’Himalaya. La semaine dernière, le journal britannique "Sunday Times" mettait quant à lui en doute les conclusions du Giec concernant les tendances dans les pertes économiques liées aux catastrophes climatiques. Tentative d’explication avec le Belge Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du Giec et professeur à l’UCL.

Pourquoi ce dérapage himalayen ?

C’est une combinaison de circonstances ou d’évènements malheureux, parce que l’équipe qui a rédigé le chapitre sur l’Asie dans le volume II concernant le changement climatique, qui doit couvrir tous les domaines (agriculture, santé, économie ) ne comportait pas de glaciologue. Il est parfois difficile de rassembler un spécialiste de chaque discipline pour un chapitre parmi vingt, en l’occurrence dans le volume II. Ces auteurs ont cru bien faire en citant une référence qui n’était pas très solide. En fait, un rapport du WWF paru en 2005 qui comportait une série d’erreurs, dont celle sur l’Himalaya héritée d’un article du "New Scientist". Ce qui est également regrettable, c’est que le processus de relecture de ce chapitre ne comportait pas non plus de glaciologue. Un glaciologue autrichien a bel et bien adressé des commentaires sur ce chapitre mais à des scientifiques qui ne travaillaient pas sur cette partie du rapport

Va-t-il y avoir des changements au Giec suite à ce problème ?

En octobre dernier, le Giec a introduit des changements importants qui vont permettre une plus grande collaboration entre les chercheurs. Et puis, on va faire certainement un effort particulier dans le prochain rapport pour avoir une palette plus large d’experts relecteurs.

Et puis, il y a l’attaque du “Sunday Times”…

Le paragraphe mis en cause, nous avons passé pas mal de temps, mes collègues et moi à regarder les choses de très près. Analyse étant faite, l’article du "Sunday Times" est sans aucun fondement, une accusation totalement gratuite. Depuis, la presse anglaise a à nouveau mis en cause le Giec dans un article sur l’Amazonie. Nous avons passé encore beaucoup de temps à vérifier nos dires pour arriver à la conclusion que l’article britannique est complètement à côté de la plaque. Nous espérons qu’après avoir réagi dans la plus grande transparence et aussi rapidement que le permettaient les nécessités de l’enquête interne, ça va calmer un peu les choses. Parce que quand il y a de bonnes raisons d’admettre que l’on se trompe, on le fait, mais ça ne veut pas dire pour autant que la période de la chasse est ouverte

A quoi attribuez-vous cette “chasse” ?

Ce qui est en tout cas clair, c’est qu’organiser le vol et la publication de courriels de la Climate Research Unit deux semaines avant Copenhague et maintenant cette suite d’accusations sur un rapport du Giec qui a trois ans Organiser ça maintenant, de dimanche en dimanche relancer la tension pour nuire au Giec, j’ai un peu de mal à penser que cela puisse être une coïncidence ou un hasard parfait. Je pense que dans une large mesure ce sont des efforts qui sont inspirés, ou tout du moins facilités, par ceux que les messages du Giec dérangent. Les conclusions du Giec dérangent tous ceux qui ont intérêt à ce que la situation actuelle de dépendance aux combustibles fossiles ne change pas. Il y a des intérêts économiques très importants, des pays qui dépendent des exportations de ces combustibles (pétrole, charbon ). Le Giec est face à des lobbys qui ont des budgets très importants. Ce sont des dizaines de millions de dollars qui sont mis sur la table par ces lobbys pour la désinformation, tout comme les cigarettiers, il y a dix ou vingt ans, essayaient de semer le doute quant au lien entre tabagisme et cancer du poumon.

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