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OGM
Tout ne doit pas faire farine au... lin
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 03/02/2010
L’alerte est venue d’Allemagne en septembre dernier : lors de leurs contrôles, les autorités sanitaires de ce pays découvrent, en effet, dans certains produits de boulangerie la présence de graines de lin OGM interdites en Europe. Le système d’alerte européen RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed ou système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux) est immédiatement activé et permet de mettre en évidence la présence de produits contaminés dans une vingtaine de pays européens dont la Belgique. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaine alimentaire (Afsca) entre dans la danse et ordonne début octobre le blocage d’une série de lots de graines de lin non conformes prélevés dans des cargaisons de bateaux arrivés au port de Gand.
Si la contamination en question est minime, elle n’en est pas moins illégale dans la mesure où aucune demande d’autorisation pour la commercialisation de cet OGM n’a été introduite en Europe. En conséquence de quoi, ni leur culture ni leur importation n’y sont autorisées. En provenance du Canada, qui est le principal producteur mondial de cette graine oléagineuse, ces lots de lin n’auraient pourtant pas dû contenir de résidus transgéniques dans la mesure où la culture de la variété OGM en question (le FP967 ou "Triffid", modifié pour résister à un herbicide et contenant trois gènes résistants aux antibiotiques) y est officiellement arrêtée depuis 2001. Et ce même si sa présence dans l’alimentation y est autorisée, tout comme aux Etats-Unis.
Quatre mois plus tard pourtant, on trouve toujours des produits contenant les graines incriminées dans les rayons de certains supermarchés belges, dénonce Greenpeace qui a mené ses propres contrôles. Des tests réalisés dans un labo spécialisé ont ainsi mis en évidence la présence de résidus transgéniques dans un paquet de farine "All-In Mix Pain Foncé 9 Céréales" de la marque Soubry, acheté fin décembre dans une enseigne Delhaize.
Pour l’association, qui a demandé au distributeur et au fabricant concernés de retirer ces produits de la vente, ce cas de figure indique "que les consommateurs sont toujours pris comme cobayes" et "qu’une fois disséminés dans l’environnement et la chaine alimentaire, les OGM deviennent incontrôlables. La seule manière d’éviter la contamination génétique est d’éviter les cultures transgéniques".
Après des cas impliquant du riz ou du maïs OGM, estime encore Greenpeace, ce nouvel exemple illustre l’impossibilité d’éviter des contaminations génétiques collatérales résultant du mélange de semences (lors des opérations de transport ou de stockage) ou d’une pollinisation croisée dans la nature. Une situation qui expose les consommateurs à avaler des OGM contre leur gré, mais qui nuit également aux filières agricoles conventionnelles ou bio, ainsi qu’aux distributeurs et aux fabricants - Delhaize et Soubry en l’occurrence - victimes eux aussi de cet état de fait.
Du côté de l’Afsca, des tests ont confirmé le constat de Greenpeace. "Mais le choix de retirer ou non les produits de la vente a été laissé aux distributeurs et aux fabricants dans la mesure où la pollution en question ne pose aucun problème en termes de santé publique" , explique le porte-parole de l’Agence. Celle-ci mène des contrôles réguliers et bloque tout échantillon contaminé, mais ne peut avoir l’œil sur toutes les cargaisons qui arrivent dans notre pays.
La porte-parole de Delhaize pour sa part souligne que le retrait des paquets de farine en question et le blocage de tous les stocks à la centrale d’achat ont été décidés dès que l’information a été communiquée par Greenpeace. Même son de cloche chez Carrefour où l’on explique que l’opération de rappel de ces produits est en cours à la demande de Soubry. Les deux enseignes rappellent au passage que leurs services qualité mènent des contrôles continus et sont en contact permanent avec l’Afsca. Colruyt quant à lui déclare ne pas compter ce produit dans son assortiment.
Enfin, le fabricant tient à préciser que l’utilisation de graines de lin dans les produits Soubry est limitée à quelques mélanges de farine à pain dans lesquelles ces graines représentent moins de 4 % des ingrédients. Ni les pâtes alimentaires ni les autres types de farine ne sont concernés. Et de regretter "vivement cet incident indépendant de notre volonté".
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