Abonnez-vous a La Libre Belgique

alimentation

Vers "une grosse crise" sur le thon

Bernard Delattre

Mis en ligne le 04/02/2010

Les thoniers “en état de choc” après le ralliement de Paris à une interdiction du commerce de ce poisson. A moins qu’il s’agisse d’une supercherie ?
Correspondant permanent à Paris

La France a enfin tranché. A l’issue du Conseil des ministres mercredi, il a été confirmé que Paris prônait l’inscription du thon rouge à la première annexe de la Convention internationale sur les espèces sauvages (Cites), ce qui revient à interdire le commerce international de cette espèce. Venant d’un pays figurant parmi les plus gros pêcheurs européens de ce poisson, cette position était très attendue, en vue de la prochaine réunion de la Cites (en mars, à Doha). La France a donc tardé jusqu’à la dernière minute pour prendre attitude.

Et a beaucoup louvoyé sur la question. En 2008 encore, Paris avait bataillé ferme contre la Commission européenne, pour obtenir "une modernisation de la gestion des quotas" de pêche, de ce poisson notamment. Et si, en juillet 2009, Nicolas Sarkozy s’était déclaré en faveur de la Cites, son gouvernement, depuis, avait pris soin de ne pas confirmer ce vœu. Le contexte électoral (les élections régionales de mars prochain) et, pour un Président déjà très impopulaire, la difficulté de s’aliéner en plus l’électorat des pêcheurs n’ont pas facilité la décision. Sans doute le souci de la droite de ne pas laisser trop de champ aux écologistes, en vogue depuis le dernier scrutin européen, a-t-il fini par faire pencher la balance dans le sens annoncé mercredi. A pu jouer aussi le soutien de l’opinion, selon les sondages, à la protection du thon rouge. Ce qui avait conduit plusieurs enseignes de la grande distribution et grands chefs renommés à, déjà, ne plus proposer de thon rouge à leurs clients. Quelques contingences diplomatiques ont pu également entrer en ligne de compte. Samedi encore, le prince Albert de Monaco (Etat à l’initiative de la campagne internationale en faveur du thon) avait invité son grand voisin français à résister aux "pressions de l’industrie de la pêche" et à "faire preuve de vision à long terme" sur ce dossier.

C’était "une décision lourde mais nécessaire", a résumé mercredi le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo. Qui s’est donc imposé face à son collègue de la Pêche, Bruno Lemaire, partisan lui d’une inscription du thon dans une convention de la Cites moins contraignante. Les autorités vont tenter de faire accepter la mesure aux thoniers en mettant en avant le moratoire de 18 mois exigé par Paris avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.

Au total, selon elles, ce dispositif permettra la sauvegarde en France d’une "pêche de proximité, pour les besoins français ou européens, qui n’abime absolument pas les stocks de thon rouge". Par opposition à la pêche "industrielle et massive", tournée vers l’exportation.

Mercredi, toutefois, les thoniers français ont laissé éclater leur colère. Pour "215 thoniers faisant vivre 3 000 personnes", la décision de Paris ne constituerait rien de moins que l’"apocalypse". "En état de choc", les leaders syndicaux prévoient "une grosse crise" et n’excluent pas des "réactions violentes" de leur base. "C’est quand même triste de voir autant d’acharnement sur une pêcherie pour faire plaisir à des ONG irresponsables !", a fustigé le leader syndical des thoniers méditerranéens. Pour qui "trop c’est trop : on ne pense plus aux marins français qui sont en train de crever de faim". Et le président du Comité national des pêches de renchérir : "Ca suffit ! Il y en a marre !"

Greenpeace, pour sa part, n’a pas du tout la même lecture des évènements. Pour l’ONG, Paris, "tout en voulant sauver les apparences", a en fait "plié devant les pêcheurs" à l’approche des élections. Car le délai de 18 mois, qui "permet encore deux saisons de pêche", reviendrait à "attendre qu’il n’y ait plus de thons rouges pour agir". En vertu de ce scénario, la préoccupation écologique affichée par le gouvernement tiendrait de la posture. Et l’indignation des pêcheurs, de la mise en scène.

Le ministre de la Pêche a eu beau rétorquer que, "sur des sujets aussi importants, on ne raisonne pas en fonction d’échéances électorales", un porte-parole des Verts a vu lui aussi "une vaste supercherie" derrière cette affaire : "L’essentiel de la flotte des thoniers français est d’ores et déjà immatriculé hors UE, notamment en Libye, et échappera de facto à tout contrôle". Tandis que le Comité national des pêches a mis en garde contre un développement du braconnage international : "Vous croyez sérieusement que les Japonais vont arrêter de manger du thon rouge ?"

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page