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Fondation science citoyenne

"On m’a dit que je salissais la science!"

Myriam Leroy

Mis en ligne le 05/02/2010

Christian Vélot, ancien de l’Institut de génétique et microbiologie d’Orsay, a parlé à cœur ouvert, trop. Rencontre avec un lanceur d’alerte.
Entretien

Lanceur d’alerte". Une notion dont le nom semble sortir d’un film à suspense, mais dont l’endossement concret par des chercheurs, experts, citoyens [ ] tient parfois plus du film d’horreur. Il ne fait pas toujours bon sonner le tocsin, même en connaissance de cause. C’est ce qu’a expérimenté Christian Vélot(1), généticien moléculaire anciennement rattaché à l’Institut de génétique et microbiologie d’Orsay. Il est depuis le 1er janvier un électron libre, ou presque. On lui reproche ses positions anti-OGM dans l’agroalimentaire. Entretien avec un chercheur français devenu emblématique de la lutte pour la protection des lanceurs d’alertes.

Alerter l’opinion sur les dangers de certaines technologies ou avancées scientifiques, cela fait-il partie de la mission du scientifique?

J’ai toujours fait de l’information citoyenne à destination du grand public. J’estime que cela fait partie de mon rôle, en tant que chercheur payé par les services publics. Je me suis surtout concentré sur les OGM, que je connais bien puisque je travaille avec eux tous les jours, j’en mets au point en laboratoire. Je suis donc bien placé pour savoir que, même s’ils sont pertinents comme outils au service de la recherche, on ne maitrise encore rien de cette technologie. Ils posent beaucoup de nouvelles questions auxquelles on n’a pas les réponses. J’ai été amené à prendre position contre les OGM dans l’agroalimentaire. Pour moi, il est du rôle du chercheur et du citoyen que je suis de le dire haut et fort.

Vous avez subi des pressions de la part de votre hiérarchie…

Mon institution ne l’a pas entendu de cette oreille. Je suis effectivement apparu dans les médias - notamment dans plusieurs débats télévisés - assorti de mon affiliation professionnelle. J’y ai dit, par exemple, que les faucheurs d’OGM étaient des "éveilleurs de consciences". Ma direction m’a reproché de l’impliquer dans ce qu’elle appelait "ma croisade anti-OGM". Je ne fais donc plus partie de cet institut depuis le 1er janvier 2010. Raison invoquée: "divergences concernant la politique scientifique de la maison". Mon éviction m’avait été signifiée dans un courrier datant de 2007. Un courrier consécutif à des tas de pressions de natures diverses. Verbales: on m’a dit que je "salissais la science". Matérielles: on a réquisitionné la totalité de l’enveloppe avec laquelle je travaillais au prétexte des difficultés financières de l’Institut. Nous avons été privés d’une étudiante stagiaire, qui a plutôt rejoint l’équipe de la direction. Et on m’a déménagé de mes locaux avec des arguments qui ne tenaient pas la route.

Comment avez-vous résisté?

Je me suis opposé comme j’ai pu. Et j’ai profité d’un hasard du calendrier: la tenue, à ce moment-là, du Grenelle de l’environnement. Mon histoire a pris une ampleur médiatique importante. Une pétition réclamant que je puisse continuer mes recherches en toute quiétude a ainsi recueilli 50 000 signatures, et une manifestation a été organisée sur le campus. Face à cela, l’université - à laquelle l’institut est lié - qui faisait la sourde oreille, a pris l’engagement de me soutenir pour que je puisse travailler décemment. Depuis le 1er janvier, je suis donc rattaché à elle uniquement, et elle a promis de me trouver un nouvel institut pour 2010, puisque je ne peux pas rester indéfiniment un électron libre. Evidemment, sa mission risque d’être difficile: beaucoup de gens n’ont pas envie de me voir débarquer chez eux!

(1) Administrateur de la Fondation sciences citoyennes

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