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nature

La bourse ou la vie

Bruno Fella

Mis en ligne le 13/03/2010

La commercialisation de la faune et de la flore sauvages est en débat à Doha. Au menu de la Cites : thon rouge, éléphant d’Afrique, ours polaire, etc.

Vifs débats en perspective à la conférence des parties de la Convention sur le commerce international des espèces menacées réunie du 13 au 23 mars à Doha. Si les 175 pays membres de la Cites n’ont pas tous fait le déplacement, plus d’une centaine de représentants sont attendus pour décider du sort du thon rouge, de l’éléphant d’Afrique, de l’ours polaire, du corail rouge, etc.

Les propositions d’amendements à la Cites ont été déposées précédemment. Ces demandes visent à insérer ou déplacer une espèce animale ou végétale dans l’Annexe I qui interdit tout commerce international ou dans l’Annexe II où celui-ci est strictement règlementé. Les propositions ont ensuite été pesées scientifiquement, économiquement et politiquement, dans les différents pays. Chaque pays a une voix à la Cites et la décision est prise à la majorité des deux tiers. D’où l’importance de l’Europe qui s’y présente en un front uni. Mais si l’Union devra voter comme un seul homme, le dialogue interne n’a pas été simple, particulièrement sur la proposition d’interdiction de commerce du thon rouge. Des pays méditerranéens soucieux de leur pêche, tel Malte, s’opposent à cette proposition. D’autres, comme la Belgique, s’y opposent également mais parce qu’ils estiment au contraire que la proposition d’interdiction ne va pas encore assez loin. Résultat des courses : une proposition médiane. L’UE soutiendra à Doha une demande d’interdiction du commerce international de ce poisson, mais avec une entrée en vigueur différée, pour attendre en novembre prochain l’avis de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique, et des dérogations pour la pêche artisanale. Comme l’avoue Georges Evrard, représentant belge à la conférence des parties de la Cites : "C’est la première fois que l’on a vraiment sur le tapis une espèce marine commerciale qui a une implication sur la pêche européenne ." L’accouchement européen a donc été difficile et il ne devrait pas en être autrement à la Cites.

Parmi la quarantaine de propositions qui seront examinées à Doha, le thon rouge fait figure de plat de résistance, qui pourrait d’ailleurs passer avec plus de facilité si, comme prévu, l’Europe se prononce contre la proposition de la Zambie et de la Tanzanie d’une reprise partielle du commerce de l’ivoire pour écouler leurs stocks constitués lors de saisies. En effet, 23 pays africains ont mis sur la table un marchandage plutôt inusuel : votez contre l’ivoire, nous voterons pour le thon.

Dans les coulisses, des tractations existent pour privilégier l’une ou l’autre proposition. Idéalement, il ne faudrait prendre en compte que des critères scientifiques, mais rien n’est blanc ou noir, sauf l’ours polaire, et encore La proposition américaine de mettre cet animal à l’Annexe I, trop "médiatique", ne recevra vraisemblablement pas le soutien européen. Car si l’on s’en tient aux critères de la Convention biologique (la population diminue un peu, mais est saine) et de commerce (très limité), l’ours ne se porte pas si mal. Ce qui le menace, à plus longue échéance, c’est le changement climatique. Les passes d’armes autour du commerce ou de la survie d’espèces dureront dix jours, mais il restera toujours la possibilité de recourir à certaines ficelles. Si la proposition sur le thon passe, le Japon pourrait ainsi émettre "une réserve" qui ne l’obligera pas à suivre le mouvement. Pour autant qu’une autre partie le suive, ces deux pays pourront dès lors s’échanger ce met prisé.

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