La Libre.be > Société > Planète > Article
climat
Climat : un paquet encombrant
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 15/03/2010
Après le bras de fer de Copenhague, voici donc venu le tour de l’empoignade belgo-belge. Longtemps en léthargie, les discussions sur le partage des efforts qui doivent être réalisés par notre pays dans le cadre du "paquet climat" européen (lire épinglé) et de l’accord intervenu lors du sommet danois devraient connaitre une phase d’accélération dans les semaines à venir. Des débats qui, au vu des enjeux financiers sur la table et des traditionnelles poussées d’adrénaline communautaires, s’annoncent difficiles.
Fédéral et Régions vont devoir s’accorder sur plusieurs points. Commençons par le plus digeste : comment seront répartis les revenus issus de la vente des quotas CO2 aux installations industrielles les plus polluantes ? Selon les projections réalisées par le Bureau du Plan, celle-ci devrait rapporter un joli pactole - entre 500 millions et un milliard d’euros par an à partir de 2013. Côté flamand et wallon, on verrait d’un bon œil une répartition basée sur la localisation de ces entreprises, mais une telle formule ne laisserait que des miettes au gouvernement fédéral et à la Région bruxelloise "Il y a une logique à cette approche, concède le ministre fédéral du Climat, Paul Magnette (PS), mais il existe des secteurs dont la localisation n’est pas clairement tranchée, notamment en ce qui concerne l’aérien, par exemple". Raison pour laquelle le Fédéral, ainsi que la Région Bruxelloise ont déposé un recours contre un décret de la Région flamande par lequel celle-ci s’attribue de façon unilatérale les quotas de CO2 concernant l’aéroport de Zaventem (lire LLB du 1er mars). "Et puis, il est encore un petit peu tôt", poursuit M. Magnette. "Tous les fruits de la vente aux enchères ne reviendront pas forcément aux Etats membres. Il faut voir quelle part l’Europe décidera d’affecter à l’aide extérieure prévue dans l’accord de Copenhague".
Deuxième plat au menu : le partage des efforts en matière d’énergies renouvelables (13 % pour l’ensemble du pays à l’horizon 2020). Un point sur lequel il ne faudra pas trop tergiverser dans la mesure où la Belgique doit soumettre un plan de bataille détaillé à la Commission européenne d’ici fin juin. Alors que le Fédéral a la main sur l’éolien offshore et, via la fiscalité, les agrocarburants, la Wallonie dispose pour sa part d’un potentiel théorique en la matière supérieur à celui de la Flandre. "Oui, mais ", tempère un expert. "Le potentiel théorique ne fait pas intervenir la notion de cout et il faut aussi prendre en compte le facteur durabilité : on ne va pas raser les forêts en Wallonie pour faire du bois de chauffage. Et puis, il ne faut pas oublier que cet objectif est une fraction. Les quantités d’énergie renouvelable sont donc directement liées à la maitrise de la consommation."
Et qui dit maitrise de la consommation dit réduction des émissions de CO2. Là encore, l’Europe a fixé un cap, à savoir globalement -15 % pour les secteurs non concernés par les quotas de gaz à effet de serre (transport, bâtiments, agriculture). Cette fois, c’est en Flandre que l’effort pourrait être un peu supérieur, compte tenu notamment de la consommation énergétique plus importante du Nord du pays, mais aussi d’émissions par habitant plus élevées. Dans ce volet, Bruxelles entend aussi faire valoir ses spécificités. "Le territoire de la Région compte peu d’industries et l’essentiel des émissions dépend du chauffage et du transport sur lequel nous n’avons pas une totale maitrise", explique un expert. "Et si la Région-capitale affiche un PIB par habitant nettement supérieur à celui de la Wallonie et de la Flandre, elle est aussi celle qui compte le plus de problèmes de chômage. En outre, les projections démographiques prévoient une augmentation de la population bruxelloise de 150 000 personnes d’ici 2020, ce qui aura forcément des répercussions sur les émissions. Et puis, il ne faut pas perdre de vue que les émissions par habitant sont la moitié de celles des deux autres Régions. Globalement, Bruxelles représente 3 % des émissions belges, nous assigner 5 % ou 40 % d’efforts ne changent donc pas grand-chose. Nous sommes prêts à des efforts ambitieux, mais il faut que ceux-ci soient équitables", plaide-t-il encore.
Enfin, les différentes entités du pays vont également devoir mettre la main à la poche dans le cadre de l’aide financière d’urgence ("fast start" - lire épinglé) promise aux pays en développement lors du Sommet de Copenhague. Pour la Belgique, ce montant s’élève à 150 millions d’euros entre 2010 et 2012. Alors que l’appui financier à long terme envisagé après 2013 devrait pour sa part tourner autour du milliard d’euros annuel. Le "hic", c’est que les budgets 2010 sont déjà bouclés et que la situation financière des différents étages de la maison Belgique n’est guère brillante. Pour 2010, le Fédéral pourrait prendre à son compte la première tranche de 50 millions d’euros, mais rien n’est encore arrêté. Le comité de concertation Fédéral-Régions a confié à un groupe de travail le soin de débroussailler le terrain. "Il remettra son rapport dans le courant de la semaine et on verra ce que les Régions peuvent mettre sur la table", commente la porte-parole du ministre de la Coopération au développement, Charles Michel (MR). Les choses devraient être plus claires lors du contrôle budgétaire programmé à la fin de cette semaine, ajoute-t-elle, estimant que le Fédéral devra sans doute prendre à sa charge une part conséquente de ce financement. L’objectif étant que cet argent soit réellement additionnel et non issu d’un recyclage d’autres enveloppes de l’aide au développement.
D’autres questions se posent encore sur les implications pour notre pays d’un passage des objectifs européens de 20 à 30 %, sur le recours aux mécanismes de flexibilité ou encore si l’une des parties n’atteint pas ses objectifs. Un groupe de travail composé de représentants des administrations a été chargé d’opérer un tri sur base des scénarios élaborés par le Bureau du Plan, il devrait remettre son rapport dans quelques jours, tandis qu’un autre planche sur le volet "renouvelable". Le paquet remontera ensuite à l’échelon politique, une réunion de la Commission nationale Climat étant programmée dans les semaines à venir. "Il y a encore beaucoup d’inconnues dans ce dossier où tout est lié. Il est donc indispensable d’avoir une discussion globale", insiste-t-on côté wallon et bruxellois.
Entre techniciens, l’ambiance est globalement bonne, notent plusieurs observateurs, car ceux-ci se bornent à entériner les points d’accord et de désaccord. La situation devrait par contre sérieusement se corser une fois les responsables politiques en piste. "On sent que la Flandre va se montrer particulièrement intransigeante", note l’un. "Les tensions devraient surtout se ressentir à l’intérieur du gouvernement flamand", juge un autre, soulignant que SP.A et CD&V ne sont pas vraiment sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la politique climatique.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...