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"L’écotourisme est récupéré par l’industrie"
Myriam Leroy
Mis en ligne le 19/07/2010
Amateurs d’All Inclusive, d’autocars climatisés et de "Vamos a la playa, oh o-o-o-oh", passez votre chemin. L’écotourisme ne répondra pas à vos attentes. Tandis qu’il ravira les autres, qui se font de plus en plus nombreux.
Des interlocuteurs adaptés se multiplient donc dans tout le pays. De l’agence spécialisée dans les chantiers nature du bout du monde (comme la louvaniste Tierra, qui propose des sessions - payantes - d’’écovolontariat : de la surveillance de la ponte de tortues thaïlandaise à l’étude des orangs-outangs en Indonésie...) aux portails recensant les exploitations agricoles qui offrent le gite et le couvert en échange d’huile de coude. Sens Inverse est, elle, une agence de voyage dinantaise spécialisée dans l’écotourisme. Elle n’a pas pignon sur rue, et va à la rencontre des personnes éventuellement intéressées via son site web et les soirées d’information qu’elle organise sur ses destinations. L’Egypte oui, mais sur le mode transhumance chamelière entre mer, désert et montagnes ; la Palestine sur les chemins de la nativité ; le Zanskar en trekking...
L’asbl Sens Inverse organise des rendez-vous en terre inconnue depuis une dizaine d’années. "On n’était pas des grands stratèges, lorsqu’on a fondé l’association, ni de grands planificateurs", sourit Yannick Goosse, gérant et cofondateur. "Nous étions surtout des passionnés par le voyage, par la sortie des sentiers battus."
Aujourd’hui, ce guide nature gradué en tourisme constate une vraie évolution de la demande écotouristique, "mais aussi une confusion qui s’installe. Paradoxalement, jadis, l’écotourisme paraissait plus clair aux yeux des gens qui sont maintenant confrontés à une offre dans laquelle ils ne se retrouvent pas toujours. Je pense aux gros tours opérateurs qui introduisent des éléments d’écotourisme dans leurs programmes, mais qui sont en réalité loin du compte. Aller manger des huitres un après-midi à cinquante en car dans un petit village de pêcheurs en Turquie, cela n’a rien à voir avec notre démarche. Encore un exemple de récupération par l’industrie, qui fait en sorte que le public se disperse."
Une période faste pour l’écotourisme n’est donc pas nécessairement synonyme de baraka pour les agences spécialisées. "J’en connais une à Bruxelles qui est d’ailleurs au bord de la faillite, probablement à cause de cette concurrence".
Lorsqu’on lui oppose que les grosses chaines sont probablement moins chères que les petites structures indépendantes, il proteste. "C’est un cliché, même si notre clientèle a des moyens. Tout est relatif, en fait. Le gars qui sort de la prestation de base de son All In - ce à quoi œuvrent les T .O. - va se prendre un sacré coup de fusil, et alourdir sa note finale en conséquence. Chez nous, tout est compris. Et rayon qualité, on ne joue pas dans le même registre "
On dit généralement que pour qu’un voyage soit soutenable, 70 % de son prix (hors billet d’avion) devrait au moins être distribué sur place, dans la région d’accueil. "C’est notre philosophie. On ne travaille qu’avec des guides locaux, on ne mange que des produits du cru Notre objectif, c’est que l’argent percole dans l’économie locale. Pour les grands groupes, c’est l’inverse : ils souhaitent que l’argent ne sortent pas du circuit de leur structure." En matière d’évasion aussi, "Small is beautiful".
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