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energie

Changement climatique: l’indécision américaine

Xavier Ducarme

Mis en ligne le 27/07/2010

Le charbon – avec le nucléaire – devrait rester encore une source majeure de l’électricité aux Etats-Unis. Au prix de gros efforts pour réduire les émissions de CO2.

Sur le parvis de l’hôtel de Chattanooga, dans le Tennessee, le thermomètre approche les 100°F alors qu’il est à peine 9 heures du matin. Un journaliste de "The Economic Times", le principal quotidien économique de New Delhi s’offusque en fixant du regard le bus à l’arrêt qui doit l’amener à Widows Creek, dans l’état voisin de l’Alabama. "Regardez, le moteur tourne depuis plus d’une demi-heure, la climatisation est à fond et toutes les portières sont ouvertes. Vraiment, les économies d’énergie, ils n’en ont rien à faire " A elle seule, l’anecdote illustre le niveau d’indifférence de la population américaine pour toute forme de lutte contre le gaspillage d’énergie. Aux yeux de l’habitant d’un pays où le moindre kw/h est un trésor, ce type de comportement confine au scandale.

Widows Creek ? Une très grosse centrale au charbon (1600 MW) comme il y en a des dizaines aux Etats-Unis, implantée depuis les années 50 sur une berge isolée et verdoyante du fleuve Tennessee. Ce gigantesque site, repérable à des dizaines de miles à la ronde avec sa cheminée qui culmine à 305 mètres du sol, a récemment bénéficié d’une remise à niveau grâce à l’installation, dans l’une de ses huit unités, d’une nouvelle turbine nettement plus performante installée par Alstom Power, le numéro un mondial du secteur. Cette opération, qui a permis de gagner 30 MW de puissance installée, illustre la politique des petits pas qu’adoptent actuellement les producteurs d’électricité américains. Faute de budgets pour renouveler le parc électrique, voire remplacer les centrales au charbon par d’autres à la fois plus performantes et moins polluantes, les opérateurs se replient sur des solutions de moyen terme, comme celle du "retrofitting", un terme jargonnesque employé pour désigner le remplacement des turbines d’une centrale électrique, opération qui permet, à moindre cout de gagner du rendement et ainsi, de réduire selon les cas entre 3 et 10 % les émissions de gaz à effet de serre. C’est mieux que rien, diront certains. Mais cela reste un emplâtre sur une jambe de bois, estiment les autres, en regard des enjeux climatiques qui attendent les Etats-Unis, le pays du monde qui émet le plus de CO2 par habitant. Car le charbon, bien que néfaste pour le climat, bien plus encore que le gaz et le pétrole, cumule par ailleurs les avantages. Il est bon marché et il est disponible sur le territoire américain, un atout irremplaçable pour assurer la sécurité d’approvisionnement. Et puis surtout, avec ce combustible fossile, pas de risque de pénurie. Rien qu’à Widows Creek, on en consomme 10 000 tonnes par jour, acheminé par voie fluviale depuis le lointain Wyoming où il abonde et abondera encore au moins deux siècles au rythme actuel de l’exploitation de ses mines à ciel ouvert. La population américaine lui doit près de la moitié de son électricité. Cela ne devrait que peu changer.

Tous les espoirs résident dès lors dans le captage et le stockage du CO2 (CSC), une technologie encore balbutiante à l’échelle industrielle mais qui permet de récupérer jusqu’à 90 % du carbone contenu dans le charbon avant qu’il ne s’échappe dans l’atmosphère. Michael Howard, de l’Electric Power Research Institute, estime qu’un quart de la production électrique au charbon pourrait provenir d’une centrale équipée en CSC d’ici 2030. Cette nouvelle forme de consommation du charbon, combinée au "retrofit" du parc existant, à une relance du programme nucléaire américain et, à la marge, à un soutien du renouvelable (outre l’hydroélectrique, il s’agit essentiellement de l’éolien et de la biomasse, le solaire étant estimé trop cher), pourrait aboutir selon les spécialistes à une réduction de 40 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2050, et ce, sans la moindre action sur la demande, entendez sans réelle incitation citoyenne à consommer moins d’électricité. A cet égard, la confiance des Américains dans l’avenir des technologies pour endiguer les modifications du climat de la planète semble totale. L’un des slogans des électriciens est d’ailleurs éclairant à cet égard et bien différent de ce que l’on peut entendre de ce côté-ci de l’Atlantique : "Decarbonize AND maintain affordable electricity". A des années lumière de l’"utilisation rationnelle de l’énergie" prônée à large échelle en Europe.

Savoir Plus

Inauguration. Lutte contre le CO2 oblige, l’industrie de la production d’électricité aux Etats-Unis est en pleine phase de réflexion. Mais quoi qu’il arrive, des décisions devront être prises. Le groupe industriel français Alstom l’a bien compris. Il a ainsi inauguré fin juin aux Etats-Unis une usine de production de turbines pour centrales électriques. Cette usine polyvalente, située à Chattanooga, dans l’Etat du Tennessee, est destinée à produire des turbines à vapeur, à gaz, des turboalternateurs et des équipements associés destinés au marché nord-américain à partir de sources d’énergie fossiles et nucléaires. Ces turbines peuvent aussi bien intégrer des centrales vieillissantes qui gagneraient ainsi en rendement (un processus de modernisation appelé "retrofit") ou équiper de nouvelles unités. Le site a été calibré pour permettre la fabrication des plus grandes turbines au monde, les turbines à vapeur Arabelle, d’une capacité de 1 700 mégawatts. De quoi, on l’a compris, améliorer considérablement l’efficacité des réacteurs nucléaires existants ou, éventuellement à construire. Ainsi, "que la demande s’exprime dans le nucléaire, dans le charbon et dans le gaz, nous sommes prêts" en conclut Patrick Kron, le PDG d’Alstom.

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