La Libre.be > Société > Planète > Article
chemin de fer
Ne pas se faire de billes ?
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 16/08/2010
Elles ont le charme vintage des anciens matériaux industriels. Leur prix démocratique, leur aspect et leur robustesse séduisent de nombreux particuliers qui les utilisent pour réaliser leurs aménagements de jardin ou des travaux de rénovation dans leur habitation. Elles, ce sont les anciennes billes de chemin de fer que l’on peut aisément se procurer via les petites annonces ou dans les commerces spécialisés.
D’un abord sympathique, ces traverses de bois présentent pourtant un danger potentiel pour la santé en raison du traitement à la créosote auquel elles ont été soumises pour accroitre leur longévité. Redoutablement efficace, ce produit est aussi un cancérogène avéré (lire épinglé). Un risque restreint, certes, compte tenu des années passées au grand air à supporter les trains, mais un risque tout de même.
Afin d’éviter que les billes de chemin de fer et autres poteaux électriques imprégnés en profondeur de cette substance toxique ne finissent leur vie chez les particuliers, la ministre française de l’Ecologie, Chantal Jouanno, a d’ailleurs tout récemment paraphé une charte d’engagement volontaire avec les différents acteurs directement concernés par le dossier (gestionnaires du réseau ferré, télécom et électrique; ). Une charte qui représente un premier pas vers la mise en place d’une filière complète de récupération d’élimination de ces déchets jugés indésirables.
Notre pays envisage-t-il de suivre cet exemple ? Du côté d’Infrabel, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires belges, on explique être attentif à ce dossier : "Les traverses en bois que nous utilisons sont traitées à la créosote dans le strict respect de la règlementation européenne. Et les substances utilisées aujourd’hui ont positivement évolué par rapport à ce qui existait il y a 20 ou 30 ans." Arrivées en fin de vie, 70 % des billes sont, nous dit-on, évacuées via une filière allemande. Elles sont alors broyées puis brulées à haute température (pour éviter la libération de produits toxiques pendant la combustion) dans une unité de cogénération. Les 30 % restants sont pour leur part revendus, sous certaines conditions, à des spécialistes de la récupération de matériaux de construction. Ce qu’il en advient par la suite n’est plus du ressort d’Infrabel. Paradoxe : si la législation interdit l’utilisation de ces poutres dans les parcs et jardins publics, rien ne s’oppose formellement à la revente à des particuliers
Chez Infrabel, on précise toutefois que la préférence est désormais donnée aux traverses en béton, jugées plus fiables. Dix à quinze pour-cent moins chères, elles ont également une durée de vie de 35 à 40 ans contre 25 à 30 ans pour leurs homologues en bois. Une fraction de billes en bois (environ 5 000 m3 par an) continue toutefois à être utilisée, en particulier à proximité des aiguillages où la flexibilité de ce matériau constitue un avantage. Au passage, on notera que les propriétaires de voies ferrées industrielles sont également de gros consommateurs de ces produits.
Selon nos informations, Infrabel, qui possède trois filiales spécialisées dans le créosotage, envisagerait également de mettre fin aux activités de l’une de celles-ci, située le long du port de Bruxelles, pour installer sur ce site une unité de cogénération qui serait alimentée avec des déchets de bois créosoté.
La créosote figure également en bonne place à l’agenda européen dans le cadre de la révision des agréments accordés aux substances actives utilisées dans les produits biocides. Faute de consensus, aucune décision n’a cependant pu être arrêtée jusqu’ici en raison des enjeux socio-économiques qui entourent ce délicat dossier. Au sein des grands pays producteurs de bois ou de créosote, on voit en effet d’un mauvais œil la possible mise à l’index de ce produit, argüant qu’au vu de la destination particulière de son utilisation, les dangers pour l’environnement et la santé publique demeurent très limités. Tous les scénarios restent donc ouverts, de l’interdiction totale à une nouvelle autorisation pour une période de 10 ans, mais qui pourrait s’accompagner de certaines modalités d’application définies au sein de chaque Etat membre. Une réunion décisive est programmée le 24 septembre, au cours de laquelle la Commission présentera une nouvelle proposition de compromis.
En l’état, la Belgique - qui compte six entreprises actives dans le secteur du créosotage, représentant une centaine d’emplois - n’a pas encore arrêté sa position. Les Pays-Bas ont, quant à eux, tranché de longue date : cancérogènes, la créosote et les produits traités avec cette substance y sont purement et simplement interdits depuis plusieurs années.
Savoir Plus
La créosote
La créosote est une huile obtenue par la distillation du goudron de houille. On utilise principalement celle-ci en tant que pesticide permettant d’augmenter la durée de vie des traverses de chemin de fer et des poteaux électriques en bois. Ce produit est classé comme étant un cancérogène de catégorie 2 qui peut pénétrer dans l’organisme par voie cutanée et par inhalation.
Depuis 2001, les bois traités à la créosote sont limités à un usage exclusivement professionnel et industriel par une directive européenne. "Leur utilisation est interdite à l’intérieur de bâtiments, sur les terrains de jeu, dans les parcs, jardins et autres lieux récréatifs publics de plein air, en cas de risque de contact fréquent avec la peau, dans la fabrication de meubles de jardin ou lorsqu’ils sont susceptibles d’entrer en contact avec des produits destinés à l’alimentation humaine et/ou animale." (G.T.)
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...