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l'eau, bien commun pour la vie

Tempête dans une bouteille d’eau

Stéphanie Fontenoy

Mis en ligne le 09/09/2010

Aux Etats-Unis, plusieurs villes pensent à bannir l’eau en bouteille de leurs étalages. La petite ville de Concord fait figure de précurseur.
Correspondante aux États-Unis

A partir du 1er janvier 2011, il ne fera pas bon avoir soif dans la petite ville de Concord, au Massachusetts, sur la côte est des Etats-Unis. La vente de bouteilles d’eau en plastique y sera alors interdite. Cette initiative écologique est née du cerveau de Jean Hill, une pétillante militante octogénaire. Pendant des mois, cette retraitée de 82 ans, réputée pour la saveur exceptionnelle de sa confiture de myrtilles, a mené une campagne sans relâche au sein de cette ville de 17 000 âmes. Au printemps dernier, lors d’un vote tenu pendant une assemblée communale, les habitants de Concord ont décidé de devenir la première ville des Etats-Unis à bannir les bouteilles d’eau de leurs magasins.

Cette décision n’a pas plu à l’industrie de l’eau embouteillée dont les représentants, craignant un effet domino, ont menacé d’attaquer la Ville en justice. "Nous sommes contre le vote de la Ville de Concord", a déclaré récemment Joe Doss, le président de l’Association internationale d’eau embouteillée (Ibwa). "Toute initiative mise en place pour décourager les consommateurs de boire de l’eau n’est pas dans leur meilleur intérêt. Car l’eau embouteillée est un produit sain que l’on utilise afin de s’hydrater", a-t-il assuré.

Mais aussi un produit qui rapporte. L’an passé, les ventes d’eau en bouteille ont généré plus de 10 milliards de dollars aux Etats-Unis, pour une consommation de 32 milliards de litres, soit une moyenne de 106 litres par Américain. D’après l’Ibwa, l’eau embouteillée gagne de plus en plus de terrain sur le marché sur le marché des boissons rafraichissantes, représentant désormais 28 % de ce segment.

Intimidés par la puissance de cette industrie, les élus de Concord ont songé à se rétracter. Une éventualité balayée de la main par la pugnace Mme Hill. "Je ne vais pas reculer", précise-t-elle. "Si vous croyez en quelque chose, vous devez persister et vous devez avoir la peau dure." Jean Hill a pris conscience de l’empreinte écologique des eaux embouteillées il y a quelques années, à la suite d’une discussion avec son petit-fils, alors âgé de 10 ans. Ce dernier lui a parlé de la plaque de déchets du Pacifique, un impressionnant vortex d’ordures composé de matériaux plastiques en tous genres, flottant entre la Californie et Hawaï, une superficie de deux fois la taille du Texas.

Choquée, Jean Hill s’est alors mise à faire des recherches sur l’eau en bouteille, pour découvrir que 34 millions de bouteilles en plastique étaient consommées quotidiennement aux Etats-Unis, et qu’en grande majorité (88 %), celles-ci n’étaient pas recyclées. "Toutes ces bouteilles vides polluent nos océans", proteste-t-elle. "C’est une fierté d’être les premiers du pays à réaliser une telle chose. Cela nous permet de réparer une injustice. Les compagnies d’eau embouteillée drainent nos nappes d’eau souterraines pour nous les revendre. Nous polluons notre planète à cause de la cupidité de certains."

Dans la ville de Concord, où se trouve l’étang de Walden, rendu célèbre à la suite du livre autobiographique, "Walden, ou la vie dans les bois" écrit par l’auteur Henri David Thoreau, tout le monde ne partage pourtant pas les valeurs de l’octogénaire. Les commerçants en particulier. En été, beaucoup de touristes viennent visiter l’étang et leur boisson de prédilection est souvent l’eau en bouteille. "Que sommes-nous censés leur dire maintenant ?" s’interroge une employée du supermarché Cheese Shop. "C’est un concept intéressant, mais le mettre en pratique est plus difficile qu’on ne le pense."

Pour l’heure, aucune autre ville américaine ne semble emboiter le pas de Concord de manière aussi radicale. Mais plus de 100 à travers le pays ont décidé de réduire leur consommation d’eau en bouteille. Miami, Chicago, San Francisco et Salt Lake City ont interdit la vente d’eau embouteillée au sein des bâtiments et organismes fédéraux. D’autres comme Boston ont prévu de singulièrement réduire leur dépense en bouteilles d’eau. L’approche de Concord n’est toutefois pas avant-gardiste. En 2009, les commerçants de la ville australienne de Bundanoon avaient fait sensation en devenant la première municipalité au monde à interdire la vente d’eau en bouteille. Un an plus tard, le mouvement parait continuer à gagner du terrain

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De l’eau du robinet dans les bouteilles

48 % ! Le chiffre est hallucinant, stupéfiant. Navrant ? C’est le pourcentage des ventes aux Etats-Unis, de l’eau en bouteille provenant du robinet. Au lieu d’arpenter la flore américaine à la recherche de sources d’eau minérale, l’industrie de l’eau embouteillée a sombré dans la facilité. Elle préfère acheter et épurer des millions et des millions de litres d’eau du robinet en provenance des réserves municipales. Entre 2005 et 2009, le volume d’eau embouteillée du robinet a ainsi augmenté de 66 %. La manne financière est telle que de plus en plus de villes sont prêtes à vendre au plus offrant leurs excédents en eau potable. A Sacramento (Californie), la compagnie Nestlé a installé une usine d’embouteillage qui se contente de traiter l’eau du robinet pour ensuite la mettre en bouteille sous le nom de "Nestlé Pure Life". Cette eau du robinet, facturée 0,000537 cent le litre avant d’être "épurée", voit son prix passer, après transformation, à 1,50 dollar le litre (St.F.)

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