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Delphinothérapie

Communique avec les dauphins

LAURENCE DARDENNE

Mis en ligne le 13/09/2006

Au delphinarium de Mundomar, à Benidorm, onze enfants autistes ont suivi un traitement interactif avec les dauphins. Sans attendre de miracles, les parents espèrent quelques améliorations. Séjour riche en émotions.
Sagement assis sur les gradins du delphinarium de Mundomar à Benidorm, Florent déguste, avec un manifeste bonheur, sa glace pilée à l'orange 100 pc artificielle. Comme n'importe quel gamin, il aspire avec avidité le colorant par une paille qu'il tient précieusement entre son petit pouce et son index. Le bruit provoqué par l'air qu'il avale l'amuse manifestement et son regard coquin tourné vers nous à chaque éructation laisse penser qu'il en a fait un jeu. Mais quand sa maman, un tantinet gênée, intervient pour lui demander de dire pardon, elle se reprend aussitôt, se rappelant que, malgré ses 7 ans, ce mot-là, Florent ne le dit pas... facilement.

En fait, le blondinet aux grands yeux tout ronds ne dit pas grand-chose. Son vocabulaire se limite à papa, maman, papy, mamy, non... Et Quentin, le prénom de son frère de 9 ans? «C'est vraiment quand il veut bien», nous dit sa maman, «par contre, depuis l'an dernier, il répète plus volontiers certains mots, des noms d'animaux, des prénoms...». Tentant de capter l'attention du Florent qui n'a d'yeux que pour la glace pilée devenue incolore au fond du gobelet, sa maman veut nous montrer de quoi son rejeton est capable: «Florent, comment il s'appelle le monsieur, là-bas, dans le bassin avec les dauphins, c'est Bran..., Bran... ?». «Bran-co», lance triomphant le petit garçon, aussitôt enlacé par une maman aux anges, persuadée que les progrès de langage de son petit autiste sont en partie dus à la première delphinothérapie suivie au delphinarium de Mundomar à Benidorm en présence de Branco Weitzmann.

Diagnostiqué à 4 ans

L'an dernier déjà, la famille avait en effet eu la chance de participer à la semaine proposée par l'association Delphus, qui prend en charge le séjour de l'enfant autiste. «Suite à cette expérience, à moins que cela soit dû au changement d'école, nous avons remarqué des progrès au niveau du langage», raconte la maman, qui nous conte le parcours de son enfant. «A la naissance, Florent a passé quelques jours dans le service de néonatologie. Plus tard, j'ai remarqué qu'il y avait un problème parce qu'il ne cherchait pas la découverte, il n'a marché que vers 19-20 mois. Il maigrissait. On a pensé à un retard de développement, à la dysphasie parce qu'il ne parlait pas. L'autisme n'a été diagnostiqué qu'à l'âge de 4 ans. Ce fut le coup de massue».

Ce que les parents attendent de cette semaine de delphinothérapie? «Pas des miracles. Que le petit soit bien, en contact avec les dauphins, répond lucidement la maman, convaincue que ce séjour, très riche en émotions, est également fort bénéfique pour les familles qui partagent leurs expériences, cela dit, s'il pouvait un peu gagner en autonomie, faire quelques progrès au niveau du langage et de la communication, ce serait évidemment formidable».

Pas la Cour des miracles

Ravie que la séance se soit «super bien passée» avec son petit Florian arrivé «très motivé», cette maman fait également preuve de lucidité: «Je sais bien que ce n'est pas la Cour des miracles. J'espère que l'on pourra améliorer ses troubles du comportement, sa concentration et sa psychomotricité fine».

«Daudins, daudins, aller là...». Les parents d'Alix avaient filmé les séances l'an dernier et depuis, il n'a cessé de regarder les cassettes, dans l'attente de revivre ce rêve. «Dans l'eau, il est décrispé, c'est une partie de plaisir. Il va de plus en plus à la rencontre des dauphins. La deuxième séance n'a été qu'éclats de rire. Depuis quelques jours, il babille énormément. Mais on ne se réjouit pas. On se dit toujours que ça va sortir, mais ça ne vient pas. Après la première thérapie, il a eu un bien meilleur appétit pendant des mois, il allait à la rencontre des autres, il a commencé à regarder les gens dans les yeux alors que, jusque-là, il fuyait leur regard, il s'est mis à faire le clown pour amuser les gens».

Pour Alix, la plongée dans le bassin avec les dauphins est une étonnante métamorphose. Petit garçon au visage crispé la veille au soir, basculant d'avant en arrière assis par terre devant le petit chien mécanique que lui avait acheté sa maman quelques heures plus tôt, en état de surexcitation au point de suer des gouttes sur le front, le voilà métamorphosé dans sa combinaison de plongée. Les larmes montent aux yeux de mamy et de maman. Les éclats de rire n'en finissent plus à chaque fois qu'un dauphin vient taquiner le gamin, lui crachant un jet d'eau à la figure. Il n'en peut plus. Les appelle en clapotant la surface de l'eau de la main. Ils viennent. Il en redemande, rit et rit encore. Du pur bonheur. Fasciné, Alix qui, comme beaucoup d'enfants autistes, éprouve des difficultés à se concentrer, assistera au spectacle des séances suivantes.

Mystères à élucider

Est-ce ce moment de détente totale dans l'eau, sous le soleil et sur fond musical qui participe au bien-être et génère des progrès d'ordres divers? Les bienfaits des dauphins auprès des enfants souffrant d'autisme font l'objet de controverses et devront certainement encore être étudiés de nombreuses années avant de pouvoir être scientifiquement établis. Une chose paraît toutefois évidente, à voir les enfants s'épanouir dans le bassin de Benidorm, une fois l'appréhension passée pour certains, chaque séance d'une demi-heure par jour en compagnie rassurante de Branco est un moment de joie.

© La Libre Belgique 2006

Savoir Plus

Avec le soutien de Delphus

Née en 1993, l'association Delphus s'intéresse au sort réservé aux dauphins en captivité. Entre autres activités, cette asbl soutient un programme de delphinothérapie qui s'adresse aux enfants souffrant de dysfonctionnements physiques ou psychiques. Cette année, outre la récolte de données propres à chaque enfant, fournies par le médecin traitant et les parents, qui serviront de base de données, une étude scientifique est menée par deux doctorantes, l'une de l'Université de Gand et l'autre de Paris V afin d'étudier les interactions dauphin/enfant.

Delphus, 68, avenue du 11 novembre à 1040 Bruxelles. Tél.: 02.731.50.58. E-mail delphus@pandora.be

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