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Cancer - prévention
Le cancer du sein déjà dans l'assiette ?
Laurence Dardenne
Mis en ligne le 16/04/2008
Huile végétale partiellement hydrogénée, pains industriels, gâteaux et viennoiseries en tous genres, chips, pizzas..., consommés en excès, tous ces produits riches en mauvaises graisses, appelés "acides gras trans", se mblent bien favoriser l'apparition du cancer du sein.
Depuis belle lurette, on les savait néfastes pour les maladies cardiovasculaires, voici qu'une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l'Institut de cancérologie Gustave Roussy en région parisienne vient souligner leur impact négatif au niveau du cancer du sein.
Tout récemment parus dans la revue American Journal of epidemiology, les travaux des chercheurs ont consisté à tenter d'évaluer le rôle des acides gras trans dans ce cancer typiquement féminin en analysant des prélèvements sanguins recueillis auprès de 25000 femmes entre 1995 et 1998. C'est ainsi que 363 patientes ayant eu un cancer du sein après la prise de sang ont été comparées à 702 femmes indemnes. Il ressort de l'étude que les femmes présentant des taux élevés d'acides gras trans ont un risque pratiquement deux fois plus élevé que leurs contemporaines ayant le taux le plus bas de développer un cancer du sein.
De là à recommander une consommation aussi modérée que possible de produits dits manufacturés, en l'occurrence transformés ou préparés, les chercheurs n'ont pas hésité à franchir le pas. De même, ils ont invité le secteur à limiter les procédés industriels générant ces graisses - comme c'est d'ailleurs le cas au Danemark depuis quelques années -, suggérant en outre d'imposer un étiquetage mentionnant clairement la quantité d'acides gras trans.
Cette étude, à l'instar de nombreuses autres établissant un lien entre alimentation et cancer, est l'occasion de refaire un point sur le rôle protecteur ou, au contraire, délétère de certains aliments au niveau du cancer du sein en particulier.
Les amis
Premiers partenaires à jouer un rôle protecteur incontestable, les fruits et légumes, pour leur apport en fibres, vitamines, oligo-éléments et substances antioxydantes. Le Fonds mondial de la recherche contre le cancer n'a pas manqué de le rappeler dans son dernier rapport sur l'alimentation, la nutrition et la prévention du cancer. Il recommande ainsi de consommer cinq portions (400 g) de fruits variés et de légumes par jour; des céréales et/ou de légumes secs non traités à chaque repas. Si la variété, qui passe notamment par la couleur, est importante, certains fruits et légumes ont néanmoins démontré un rôle protecteur plus spécifique dans le cadre du cancer du sein.
Il en va ainsi du soja, qu'il s'agisse de germes, de fèves, de miso, de tofu... D'après une étude présentée dans le cadre de l'American association for cancer research, une consommation de deux portions de soja par semaine, chez des fillettes âgées de 5 à 11 ans, réduirait de 58 pc le risque de cancer du sein à l'âge adulte. Une même quantité consommée à l'adolescence ou à l'âge adulte entraînerait une réduction du risque de l'ordre de 25 pc. Si le mécanisme par lequel se produit cette protection demeure mystérieux, les isoflavones contenus dans le soja semblent apporter une défense contre les cellules cancérogènes, d'après les chercheurs, qui mettent cependant en garde contre une trop forte consommation de soja, par exemple sous forme de compléments, susceptible d'augmenter le risque de cancer du sein.
Les graines de lin et l'huile de lin, ainsi que le curcuma (extrait d'une racine appartenant à la famille du gingembre) auraient aussi des vertus protectrices.
Par ailleurs, les légumes crucifères comme les choux-fleurs, choux de Bruxelles ou brocolis; les alliacés (ail, oignon, poireaux, ciboulette); les légumes riches en carotène - ils sont orange, rouges, jaunes ou vert intense -, (carottes, poivrons, tomates, petits pois,...)... ne sont que quelques-uns des légumes dont le rôle protecteur contre le cancer du sein et autres cancers liés aux hormones féminines paraît avéré.
Quoi qu'il en soit, sur base de 26 études analysées par des chercheurs italiens, apparaît nettement un risque réduit de cancer du sein de l'ordre de 25 pc chez les femmes qualifiées de "grandes consommatrices" de légumes, de 20 pc pour la vitamine C, 18 pc pour ce qui est des beta-carotènes et de 6 pc pour celles qui mangent beaucoup de fruits par rapport à celles qui en mangent trop modérément.
Les ennemis
Moins que d'interdire certains aliments, c'est d'en limiter la consommation qu'il s'agit, dans la mesure où ils semblent associés à un risque accru de cancer du sein. Outre les matières grasses évoquées plus haut (graisses végétales oméga-6, et particulièrement les huiles végétales hydrogénées et partiellement hydrogénées des aliments industriels), un excès d'alcool apparaît aussi comme étroitement lié à l'apparition de cancer du sein. Quel que soit le type d'alcool, le risque de cancer mammaire augmenterait de 10 pc au-delà d'un verre par jour, alors que le thé vert est hautement recommandé. Mais il est vrai que le second ne remplace pas véritablement le premier...
Egalement pointé du doigt, le sucre nourrirait le cancer. Parmi les aliments les plus impliqués dans la promotion du cancer du sein, les sucres raffinés figurent en effet en bonne place. D'après une étude américaine, il y aurait 9,5 fois plus de cas de cancer du sein chez les femmes ayant les plus hauts taux d'hormone IGF-1, qui est secrétée lors de la consommation de sucre.
Enfin, d'après une toute récente étude américaine, dont les résultats doivent toutefois être confirmés, la consommation d'un quart de pamplemousse ou plus par jour pourrait augmenter de 30 pc le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées.
Savoir Plus
Oter la tumeur sans opérer
Une nouvelle méthode de traitement des tumeurs mammaires par ultrasons pourrait être bientôt proposée aux patientes atteintes d'un cancer du sein. Il s'agit d'une technique non invasive d'ablation par radiofréquence, déjà utilisée dans le traitement de certains cancers du foie. Reposant sur la destruction des tissus cancéreux par application de hautes températures, l'ablation par radiofréquence représenterait une alternative intéressante aux autres traitements habituels. Surtout lorsque l'état de la patiente n'est favorable ni à la chirurgie conventionnelle ni à la chimiothérapie. Elle permettrait par ailleurs de réduire considérablement la durée de l'hospitalisation. Son coût serait donc relativement raisonnable. Une étude de phase I est actuellement en cours à l'Institut Bergonié de Bordeaux, où un prototype a été mis au point par l'équipe du Pr Jean Palussière. Les premières patientes devraient être traitées d'ici la fin de l'année.
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