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Planète

La Belgique version bois-énergie ?

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 03/07/2009

Laurent Minguet propose sa "révolution énergétique". Qui repose sur le couple "cogénération-réseaux de chaleur" et des partenariats avec des pays subtropicaux.

Les gens n’y croient pas a priori. Ils trouvent que ce projet est trop ambitieux." Laurent Minguet, pour sa part n’en démord pas : l’avenir énergétique de notre pays passe par le déploiement à grande échelle de centrales de cogénération exploitant la biomasse - des pellets de bois - pour produire de la chaleur et de l’électricité. Epaulé par Jehan Decrop (conseiller au service d’études de la CSC qui contribue à ce dossier à titre personnel), l’entrepreneur liégeois vient de publier une étude complète par laquelle il entend démontrer aux sceptiques la faisabilité de cette idée née en 2006.

Point de départ de cette démonstration, le constat selon lequel le modèle énergétique belge n’est pas soutenable. "La facture énergétique des ménages est très impressionnante. En 2006, elle s’est élevée à 13 milliards d’euros, ce qui représente environ 7 % du revenu disponible. Et près de 60 % de ces dépenses sont liées à la consommation résidentielle pour le chauffage et l’électricité. C’est une charge énorme, qui pèse également sur le secteur économique, mais surtout très volatile dans la mesure où nous n’avons aucune prise sur le prix du pétrole, du gaz et de l’uranium", observent-ils. Et de pointer du doigt le manque d’investissements réalisés dans le secteur de l’électricité depuis la libéralisation du marché belge, ce qui induit à terme le risque d’une dépendance accrue aux importations dans les prochaines années. La construction de nouvelles centrales ou gaz ou charbon ferait exploser les émissions nationales de CO2. Quant au nucléaire, il constitue une impasse à leurs yeux, en raison de la rente dont bénéficie Electrabel d’une part et, d’autre part, de toute une série de problèmes non résolus posés par l’exploitation de l’atome (risque d’accident, déchets ).

Pour Laurent Minguet et Jehan Decrop, le salut viendra donc d’ailleurs. Avant toute chose, insistent-ils, il est indispensable de maîtriser la consommation d’énergie, ce qui se traduit au minimum par une stabilisation. Dans ce domaine, l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments et des systèmes de chauffage constituent un enjeu majeur. Ensuite, il faut évidemment exploiter au maximum le potentiel en énergie renouvelable de notre pays (éolien offshore ). "Mais l’on ne peut pas se limiter à ce dernier qui est insuffisant", commente Laurent Minguet. "La Belgique a de tout temps été une petite économie ouverte et il existe un potentiel en énergie renouvelable non négligeable à l’échelle mondiale, exploitable à des coûts raisonnables". Et quoi qu’il advienne, notre pays est condamné à des investissements importants en matière de production d’électricité, ne fût-ce que pour tenir les objectifs européens qui lui imposent de produire 13 % d’énergie renouvelable d’ici 2020.

Pour lui, la solution réside dans la construction de quelque 600 centrales de cogénération biomasse associées à 30000 km de réseaux de chaleur déployés dans les zones densément peuplées, où réside un peu plus de la moitié de la population belge. L’eau chaude véhiculée par ces canalisations servant à alimenter les systèmes de chauffage des habitations. "D’ici 2015, 25 unités pourraient être construites et l’on continuerait ensuite à raison de 20 à 25 centrales par an. De la sorte, on pourrait assurer 50 % des besoins en chaleur et en électricité du pays en 2030". Au total, le projet représente un investissement de 30 milliards d’euros, mais il permettrait à l’économie belge d’épargner annuellement plusieurs centaines de millions sur les sources d’énergie classiques. Il pourrait en outre générer d’importantes retombées en matière d’emplois. Quant au particulier, sa facture de chauffage serait inférieure à celle du mazout ou du gaz. Enfin, le gain environnemental devrait se traduire par une réduction de 30 % des émissions de CO2 par rapport à l’évolution tendancielle prévue. Et cette filière biomasse-énergie ne doit en aucun cas être confondue avec celle des biocarburants sur laquelle les auteurs portent un jugement très critique.

La cogénération biomasse est rentable à partir d’un baril de pétrole se situant au-dessus de 100 dollars, soulignent-ils, suggérant que les pouvoirs publics renforcent leur soutien à cette filière via les certificats verts. Les intercommunales pour leur part se verraient confier la gestion des réseaux de chaleur, tandis que le secteur privé se chargera d’organiser un approvisionnement fiable en bois issu de filières certifiées. Selon leurs calculs, 51 millions de tonnes de granulés de bois seront nécessaires pour alimenter ces centrales chaque année. Une telle production ne pouvant prendre racine dans notre pays, ils proposent donc de conclure des partenariats "win-win" avec des pays subtropicaux qui disposent à la fois des surfaces nécessaires au développement de cultures bois-énergie à grande échelle et d’un climat très favorable à des variétés d’arbres à croissance rapide comme l’eucalyptus (le Sénégal notamment, où Laurent Minguet a commencé à implanter de telles cultures). Le tout assorti de conditions strictes garantissant la durabilité de ces projets tant au niveau social qu’environnemental. Chaque pays doit s’adapter à ces spécificités, précise encore l’étude, et si un tel plan est adapté à la Belgique, il n’est évidemment pas généralisable à l’échelle mondiale.

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