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Chasse aux phoques
Phoques: Le retour de bâton européen
B. F. (avec AFP)
Mis en ligne le 28/07/2009
Les pays de l’Union européenne ont entériné lundi une interdiction du commerce des produits dérivés du phoque, malgré les menaces du gouvernement canadien, principal pays concerné, de saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont avalisé cette interdiction approuvée en mai par le Parlement européen, lors d’une réunion à Bruxelles, 550 voix contre 49, et 41 abstentions. Il s’agissait d’une adoption purement formelle, la décision étant acquise depuis longtemps. Trois pays (Danemark, Roumanie et Autriche) se sont abstenus lors du vote, tous les autres ont voté pour. L’embargo entrera en vigueur pour la prochaine campagne de chasse, en 2010. La fermeture des marchés de l’UE s’ajoute à des embargos déjà décrétés par les Etats-Unis et le Mexique, principaux partenaires commerciaux du Canada. Les autorités canadiennes avaient invité la veille les pays européens à reconsidérer cette interdiction, menaçant de saisir l’Organisation mondiale du commerce si l’UE ne prévoit aucune "dérogation acceptable" pour la chasse canadienne. "Le Canada a clairement honoré ses obligations et notre position est que toute interdiction visant les produits provenant d’une chasse sans cruauté, comme elle est pratiquée au Canada, est totalement injustifiable", ont affirmé dans un communiqué les ministres du Commerce Stockwell Day et des Pêches Gail Shea.
Si la part des échanges entre l’Union européenne (UE) et le Canada provenant des produits dérivés du phoque ne représente qu’un peu plus de 4 millions d’euros, Gail Shea a souligné que la décision européenne aurait "des effets dévastateurs pour des milliers de familles canadiennes des collectivités côtières (il y a 6 000 chasseurs canadiens, NdlR), qui tirent de 25 à 35 % de leurs revenus annuels de la chasse au phoque", sans compter avec les effets de la crise économique actuelle.
Les organisations de défense des animaux ont quant à elles salué l’interdiction européenne "qui répond aux attentes des citoyens". "Nous espérons que la chasse commerciale va continuer à décliner", a souligné Lesley O’Donnell, directeur pour l’Europe du Fonds International pour la Protection des Animaux (IFAW). "La menace brandie par le Canada est un baroud d’honneur, un coup d’épée dans l’eau", a pour sa part assuré Christophe Marie, directeur du bureau de la Fondation Brigitte Bardot. "Il est improbable que la plainte du Canada soit retenue, car le règlement a été profondément modifié en tenant compte de cette menace", a-t-il souligné.
L’Europe autorise seulement la vente "à des fins non lucratives" des produits provenant de la chasse traditionnelle pratiquée par les communautés inuits. Mais cela ne les enchante pas pour autant. Ainsi, Mary Simon, présidente de l’Inuit Tapiriit Kanatami, principale organisation inuite canadienne a estimé que cela n’aiderait pas les communautés inuites, car les marchés pour ce produit auront été détruits. "Comme les leaders Inuits l’ont souligné à travers l’Arctique, quand on détruit un marché pour un groupe, il est détruit pour tous."
Ottawa a autorisé cette année l’abattage de 338 000 phoques, en affirmant que la survie de l’espèce n’était nullement menacée. Ce que Joseph Schnitzler, membre du Laboratoire d’Océanographie de l’ Université de Liège ne dément pas : "Le phoque n’est pas en danger. Il n’est présent sur aucune liste des animaux en voie de disparition. On voit d’ailleurs des populations qui augmentent maintenant, mais c’est justement parce qu’on a mis des limitations à la chasse aux phoques dans les années 70." La chasse a été moins importante cette année en raison d’une baisse des marchés. Le Canada, le Groenland et la Namibie tuent 60 % des 900 000 phoques abattus par an. Les autres pays de chasse sont la Norvège, la Russie, les Etats-Unis et l’Islande. Cette question pourrait d’ailleurs constituer un dossier épineux dans les négociations à venir en vue de l’adhésion de l’Islande à l’UE, tout comme l’opposition de principe des Européens à la chasse à la baleine dans les instances internationales. "C’est injuste", souligne un diplomate islandais à propos de l’interdiction du commerce du phoque. "Pourquoi n’interdisez-vous pas le foie gras ? J’aime le foie gras mais je n’aime pas la manière dont vous traitez les oies", ajoute-t-il. Mais, comme le dit l’océanographe Joseph Schnitzler : "L’Union européenne suit un peu l’opinion publique choquée à cause de la méthode de chasse qui est quand même assez violente. De plus, il est compliqué de contrôler la bonne application des législations vu les conditions difficiles de cette chasse."
La violence de cette chasse se cristallise autour de l’hakapik, une batte munie d’un bout métallique, un crochet, permettant de transpercer le crâne du phoque, puis de le traîner sur la glace. Selon Abigail Caudron, docteur en Biologie et membre de l’International Fund for Animal Welfare, le hakapik n’est adapté qu’aux phoques très jeunes (0 à 12 jours), les blanchons. Comme leurs os du crâne sont encore peu soudés, la mort viendrait sans stress ni souffrance. Le hic, c’est que l’abattage du blanchon est interdit. Et, toujours selon Abigail Caudron, l’usage de l’instrument engendrerait bien des ratés sur des spécimens plus âgés, donc plus robustes et plus vifs. D’ailleurs, l’usage de la carabine se serait répandu, n’adoucissant pourtant pas la mort des phoques, car, tirés d’un bateau en mouvement, ils agoniseraient le temps que les chasseurs viennent les achever.
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