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Découverte

Voyage vers l’inconnu

Pierre-Yves Meugens

Mis en ligne le 16/09/2009

Reportage au cœur-même du bloc opératoire.
Récit

Il est 11h30, dans un instant, Daniela, 54 ans, va se faire opérer de la thyroïde. Elle attend calmement, couchée dans son lit, devant les portes de la salle d’opération.

"J’ai souvent eu recours à la chirurgie; le plus dur, c’est de se remettre de l’anesthésie les jours qui suivent. La dernière fois, j’ai subi les effets durant près de deux semaines."

Cette fois-ci, Daniela a choisi l’hypnose comme substitut à l’anesthésie générale.

Dans sa longue tenue verte, l’anesthésiste Fabienne Roelants rassure sa patiente. "Ça va ? Tout va bien se passer. Pour le moment, on nettoie le bloc opératoire. On va y entrer dans deux minutes; le chirurgien se prépare".

C’est un principe auquel le Dr Roelants ne déroge pas. "J’explique tout dans le détail au patient. Le plus important c’est qu’il y ait une relation de confiance entre cette dame et moi. Etant donné qu’elle sera consciente durant l’opération, il faut qu’elle soit au courant de tout, qu’elle ait quelqu’un à qui se raccrocher si elle ne se sent pas bien."

La lourde porte de la salle d’opération s’ouvre enfin, laissant une forte odeur de désinfectant s’échapper.

"Vous voyez, on entre dans le bloc, c’est comme je vous l’avais dit, c’est un peu sombre." Pendant que Fabienne Roelants lui parle, les infirmiers installent la patiente sur la table. "Ça va comme ça Madame ? Vous êtes bien mise ? On va vous mettre un peu de gel, c’est froid. Ne vous inquiétez pas." Les gestes sont lents, les paroles sont douces. Il règne une atmosphère très calme. Une fenêtre donnant sur un jardin est dessinée sur le mur droit du bloc opératoire. "Regardez ! Je vous avais dit qu’il y avait une fenêtre. C’est par là que vous allez partir en voyage."

Vêtu de son masque, d’un bonnet et d’un long tablier, le chirurgien Michel Mourad entre dans la salle. Fabienne Roelants se positionne près de la tête de Daniela. L’hypnose va pouvoir commencer.

Dans un calme absolu, l’anesthésiste parle doucement à la patiente. "Vous allez vous concentrer sur un point au plafond, vous ne le quittez plus des yeux. Vos muscles sont détendus, vous êtes bien, il ne peut rien vous arriver." Elle lui lit ensuite quelques adjectifs repris sur une liste. "Ce sont des mots qui confortent le patient" me dit doucement le Dr Roelants.

"Maintenant que vous êtes bien, vous prenez l’avion vers Londres, vous naviguez, tout va bien, vous vous promenez dans les rues, vous faites du shopping." Sur l’électrocardiogramme, le pouls de Daniela descend doucement.

La patiente est désormais sous hypnose. Le chirurgien prend alors un petit bassin rempli de liquide rose. Il en asperge sur la gorge de Daniela. Fabienne Roelants lui parle toujours. Elle lui fait des suggestions. "C’est très important de garder un contact vocal avec elle au début de l’intervention; c’est maintenant qu’elle est la plus susceptible de sortir de son état d’hypnose."

L’infirmier apporte ensuite le bistouri électrique au chirurgien. Il incise la gorge de Daniela. Elle reste imperturbable. L’atmosphère est pourtant insoutenable. L’odeur de chair brûlée mêlée à celle du sang ne semble affecter que moi. Le chirurgien tire sur les peaux du cou, y installe des instruments et y insère ses doigts en touchant la trachée. Tous ces gestes ne la dérangent pas. Le Dr Roelants surveille le monitoring. Lorsqu’elle voit que le pouls remonte, elle parle à sa patiente en lui faisant des suggestions.

A part les "bips" des appareils et les cliquetis des instruments, on n’entend rien. L’équipe médicale est très calme. Les infirmiers contrôlent leurs gestes.

Soudain, le téléphone sonne. Daniela fait un petit soubresaut. Fabienne Roelants plonge près de la tête de sa patiente. Elle lui dit à nouveau des phrases rassurantes. "Elle rit car elle a peur de ronfler et que cela s’entende", me confie le Dr Roelants en étouffant un petit rire. "Les réactions et les préoccupations des gens sous hypnose peuvent être parfois surprenantes."

Au fil des minutes, les longues compresses imprégnées de sang s’accumulent dans le fond de la salle d’opération. Au bout de deux heures et demie, l’infirmière les compte. "C’est bon !" dit-elle au chirurgien. Il peut recoudre la gorge de Daniela. Fabienne Roelants sort alors sa patiente de son état d’hypnose en posant une main sur ses épaules. Avec un grand sourire, elle lui dit : "c’est fini, vous pouvez revenir." Daniela met quelques secondes à comprendre ce qui lui arrive. Elle tente de se relever. D’un air certain, elle demande juste au chirurgien : "je peux voir ma thyroïde ?"

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