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Trouble de l’apprentissage
La dyslexie, souffrances et réussites
Laurence Dardenne
Mis en ligne le 10/02/2010
J’avais pas bien compris et je ne comprends toujours pas bien ce qu’est la dyslexie, explique, le regard désarmant qui fera - s’il ne fait déjà - des ravages, Thomas, 11 ans, élève de 6e primaire, qui se verrait bien un jour architecte spécialisé dans la construction de ponts ; je pensais que c’était une maladie qu’on soignait avec des médicaments, mais pas avec une logopède. Maintenant, je comprends déjà un peu mieux." Film-témoignage sur les souffrances, les réussites des enfants et adultes dyslexiques, "Maux de lettres, mots de l’être" (1), conçu par Jacques Beaulaton et réalisé par Nathalie Sartiaux à l’initiative de la Fondation Dyslexie, s’adresse "à tous cuex qui psenent que la dsyleixe n’est qu’une amusante investrion ou cnofusoin de letters, de sylables ou de mots".
Dédié "à toutes les mamans et tous les papas, à tous les enseignants et thérapeutes qui aiment, aident et accompagnent les enfants et adolescents dyslexiques à devenir des adultes épanouis", ce document interpellant et très émouvant par moments témoigne du vécu, fait d’obstacles, d’humiliations, d’incompréhensions mais aussi de formidables victoires et réussites, d’enfants et d’adultes dyslexiques.
"En primaire, je ne savais pas ce que c’était ; on ne m’avait pas expliqué. Je me sentais un peu comme débile, se souvient Laura, 16 ans, élève de 4e secondaire, dont le QI s’élève à 140 et qui se projette comédienne de théâtre, je lisais très lentement. Je déchiffrais ou alors j’inversais les lettres ; j’écrivais en miroir. [ ] Ma maman m’a bien comprise, mais mon papa ne me comprenait pas. [ ] Je ne peux pas en vouloir aux personnes qui perdent patience face aux dyslexiques."
"Je suis un peu le clown de la classe", lance tristement Max, 13 ans. "Je sais ce que c’est de mal apprendre, d’être un mal appris", explique pour sa part Benoît, initiateur de la Fondation Dyslexie, aujourd’hui ingénieur civil et administrateur de sociétés, qui n’a pas oublié les humiliations subies de certains de ses enseignants lui tendant "ses torchons" de copies. Ou encore : "J e suis les fautes d’orthographe ; j’ai compris que c’était moi, ça", déclare sur un ton grave Olivier, très haut potentiel
Témoigne encore, dans ce document, Thomas Gunzig, inscrit dans l’enseignement spécialisé dès son jeune âge, présenté - mais faut-il le présenter ? - comme "l’ancien incapable" devenu licencié en sciences po, professeur de littérature à La Cambre, auteur de recueils de nouvelles, d’un roman, chroniqueur, Prix Rossel 2001, entre autres.
Aux témoignages d’enfants, de jeunes ou d’adultes dyslexiques, viennent s’ajouter ceux des logopèdes, des enseignants et des parents. "Ce qui est très important pour moi, précise Béatrice Colson, logopède, c’est d’expliquer à l’enfant que sa difficulté n’est pas un problème mental, que ce n’est pas dû à un manque de travail. Il est primordial de le valoriser en permanence." "L’enfant arrive souvent chez nous avec une estime de lui très abîmée, confirme Catherine, également logopède, et parfois avec une idée de mort cognitive ; il n’existe plus, ne peut pas apprendre." "J’allais en classe avec une boule au ventre", peut-on encore entendre dans cet autre témoignage. Pour la plupart, l’école n’est plus en un lieu d’apprentissage mais elle est devenue un lieu de sanctions, d’humiliations. Jamais sans doute Chantal, à présent âgée de 54 ans, responsable qualité dans une grande société, n’oubliera ce jour où une de ses institutrices annonça à sa maman qu’il fallait qu’elle se résigne à avoir un enfant légèrement attardé.
Bien sûr, tous les parcours de dyslexiques ne connaissent pas nécessairement un aboutissement aussi "rose", mais sans aucun doute ces témoignages, souvent forts, pourront-ils au moins donner espoir aux enfants et parents qui s’épuisent dans ce qui ressemble souvent à un réel parcours de combattant.
(1) Le film sera projeté en avant-première, ce jeudi 11 février à 19h30 dans la salle de théâtre du Collège Don Bosco, chaussée de Stockel 270 à 1200 Woluwe-Saint-Lambert. Rens. : 02/375 70 72. info@fondation-dyslexie.be. Site : www.fondation-dyslexie.be
Savoir Plus
Les principaux signes qui doivent alerter
Apedys. Voici, selon Apedys (Association des parents d’enfants dyslexiques), les principaux signes qui doivent alerter les parents et les enseignants : retard de langage (vocabulaire pauvre, écrit mal construit) ; aucun automatisme de lecture après six mois d’apprentissage quelle que soit la méthode utilisée ; inversion et confusion de lettres, de syllabes ou de mots ; transposition ou omission de lettres ; difficulté à déchiffrer les sons complexes ; mauvaise orthographe, mauvaise interprétation des phrases et mauvais découpage ; lenteur excessive dans toutes les tâches ; difficulté à retenir les poésies ; mauvais repérage dans le temps (passé, présent, futur) donc problème en conjugaison ; mauvais repérage en géométrie ; ponctuation aberrante ; difficultés d’ordre spatial et temporel ; mauvaise mémoire immédiate; difficultés d’organisation personnelle ; refus scolaire qui augmente avec les années suite aux échecs successifs ; fatigabilité ; manque de concentration ; tendance à s’arrêter aux petits détails avant de voir l’essentiel.
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