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Une alimentation plus saine dans les cantines
Julie Gillet
Mis en ligne le 01/03/2010
Spaghettis baignant dans une sauce rougeâtre, bâtonnets de poisson huileux ou épinards à la crème fadasses, chacun garde dans un coin de sa mémoire un souvenir de "dîner chaud", parfumé aux odeurs de réfectoire. "Le vendredi, c’était les frites, le lundi, les pâtes bolo, se souvient David, vingt-cinq ans. On devait manger vite, et dans le brouhaha, mais on s’amusait beaucoup. Mon pire souvenir ? L’eau aromatisée au plastique, résultat de la mauvaise qualité des gobelets." Aujourd’hui, les conditions de prise des repas ne semblent guère avoir évolué, mis à part dans quelques établissements privilégiés.
Selon les résultats d’une enquête participative de la Ligue des familles de novembre 2009, l’espace consacré aux repas semble en effet toujours poser problème : "Les problèmes relevés sont de plusieurs ordres et parfois cumulés : une acoustique défaillante, des espaces regroupant trop d’élèves à la fois (en raison de l’exiguïté ou de l’ampleur des locaux), des lieux visuellement peu accueillants, une disposition du mobilier inconfortable et des locaux mal aérés ou mal isolés. Il faut ajouter, enfin, que cet ensemble de facteurs rend l’encadrement des repas par les adultes difficile." La Ligue des familles propose différentes pistes de solutions : pose de panneaux acoustiques, toilettes en nombre suffisant, embellissement des lieux, disposition astucieuse des lieux
Contrairement à leurs voisins, les petits Belges sont assez peu à profiter des cantines scolaires. Selon le rapport de l’état des lieux des pratiques culinaires et de l’organisation des cantines scolaires, établi par la Communauté française en 2006, si quatre écoles sur cinq offrent la possibilité de manger un repas chaud, seuls 22 % des enfants en profitent, les autres préférant apporter leurs tartines. "Dîner chaud ? Pas question, trop de bruit et de gras", résume une maman. "J’essaye de donner une bonne hygiène alimentaire à mon fils, ce n’est pas pour tout gâcher à l’école."
Pourtant, nombreux sont les établissements à vouloir améliorer la qualité de leur restauration. Ainsi, tous les jeudis depuis septembre, dans les écoles de Gand, l’on se passe de viande. A la Louvière, c’est désormais le CPAS qui prépare les repas, avec au programme du bio, du local et de l’équitable. George Haine, échevin de l’enseignement, commente : "L’expérience s’avère concluante, mais il ressort qu’il nous faut davantage encore renforcer le suivi pédagogique. Offrir une alimentation saine n’est qu’une petite partie de la démarche à mettre en place en terme de rééducation à la santé."
Aux "Cuisines bruxelloises", chargées de 4500 repas chaque jour, les plats sont élaborés par une diététicienne, Sinem Yuruck. "Nous prévoyons des menus variés, axés sur la découverte et le plaisir, en nous basant sur un cahier de charges, afin d’alterner les différents aliments. Aussi, nous essayons de rendre les légumes attractifs, de varier les textures, etc.", souligne cette dernière.
A l’ASBL Rescolie, qui prépare les repas de 2 500 petits Liégeois, on confirme : "Nous essayons de mettre des couleurs, de jouer sur les odeurs afin de faire découvrir aux enfants de nouvelles saveurs. Nous travaillons avec des viandes et des produits laitiers issus de l’agriculture biologique, mais ce n’est pas encore possible pour l’ensemble des légumes."
Quand on sait qu’aujourd’hui, en Belgique, un enfant sur cinq est en surpoids, l’apprentissage de bonnes habitudes alimentaires dès le plus jeune âge est primordial.
Pour Benoît Rousse, conseiller en alimentation saine pour la Communauté française, il faut insister sur le fait que ces bonnes habitudes ne coûtent pas plus cher, et ne nécessitent parfois que quelques aménagements : "L’achat de gobelets pour les enfants, pour qu’ils puissent boire de l’eau à volonté, le choix d’un jour "fruits" pour les collations. L’important, c’est que tout le monde soit impliqué dans le processus, parents, direction, enseignants et enfants."
Enfin, il ne faut pas oublier le rôle social des cantines scolaires. "Pour certains enfants, c’est le seul repas de la journée, précise George Haine. "Quand on sait cela, l’on se dit que la cantine idéale, c’est celle où chacun peut manger à sa faim des produits de qualité", conclut-il.
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