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Médecine d’urgence | Congrès

Soins intensifs moins agressifs

Laurence Dardenne

Mis en ligne le 10/03/2010

En trois décennies, ces spécialités ont évolué lentement mais sûrement. Le point à l’occasion d’un symposium réunissant à Bruxelles 5 500 spécialistes.

Tant qu’à être victime d’un infarctus ou d’un polytraumatisme cette semaine, c’est sans doute dans notre capitale que l’on risque d’être le mieux pris en charge. Désertant leur service, quelque 5 500 spécialistes, venus de plus de 85 pays, sont en effet réunis jusqu’à vendredi au centre de congrès "The Square" à Bruxelles, à l’occasion du 30e Symposium international de soins intensifs et de médecine d’urgence. Un rendez-vous très prisé par les intensivistes qui viennent y prendre connaissance des dernières évolutions dans leur domaine d’activité. "Ce grand meeting est l’occasion de faire le point, confirme le Pr Jean-Louis Vincent, chef de service des soins intensifs de l’hôpital Erasme et président du comité d’organisation du congrès, mais c’est aussi une opportunité de secouer le cocotier et de remettre certaines pratiques ou approches en question; d’analyser notre spécialité avec un œil critique et d’envisager des perspectives d’avenir innovantes".

En attendant, c’est dans le rétroviseur qu’a regardé le spécialiste, à l’occasion du 30e anniversaire de ce symposium. Qu’a-t-on accompli aux soins intensifs en trois décennies? A vrai dire, pas grand-chose de réellement révolutionnaire, selon notre interlocuteur. "Si les unités de soins intensifs (USI) ont évolué très progressivement, il n’y a pas eu d’étape véritablement marquante, de médicament très novateur ou de progrès technique particulièrement surprenant, nous dit-il. On a en revanche assisté à une évolution considérable au niveau de la prise en charge des patients et de l’organisation des services".

Alors que, dans la plupart des autres spécialités, on a tendance à en faire toujours davantage au fil des années, en médecine d’urgence et aux soins intensifs, on s’est aperçu qu’une stratégie thérapeutique "du moins" s’avérait plus payante. "Aujourd’hui, on a tendance à être moins agressif que par le passé, explique encore le Pr Vincent, à en faire plutôt moins que plus et ce, à divers niveaux. Peu à peu, on a par exemple diminué le nombre de transfusions administrées au malade. En ce qui concerne la nutrition, on a constaté qu’un moindre apport calorique était bénéfique pour le patient en unité de soins intensifs. Alors qu’auparavant, on avait tendance à augmenter le débit cardiaque, on veille à être plus doux dans cette approche à présent. Il en va de même pour la ventilation qui se veut de nos jours beaucoup moins agressive et moins invasive. Plutôt que d’intuber le patient, on préférera poser un masque.

La quantité des médicaments administrés contre l’arythmie a également diminué, de même que les antibiotiques à l’origine des phénomènes de résistances bactériennes. A tous ces niveaux, les progrès ont montré que moins on en faisait, meilleurs étaient les résultats".

Parmi les autres évolutions qui méritent d’être soulignées, il faut noter l’approche nouvelle en matière de sédation. "Au fil des années, nous avons pris conscience du fait qu’il était fondamental d’éviter la sédation autant que possible", poursuit le spécialiste. D’une part, parce que celle-ci rend le réveil du patient plus difficile et confus, et d’autre part, car elle peut altérer l’état cardiaque. En outre, l’immobilisation prolongée du patient entraîne une fonte musculaire qui n’est évidemment pas souhaitable.

Plus que jamais, dans ces unités, on encourage à mobiliser les patients, à les faire bouger plutôt qu’à les confiner à l’immobilité dans leur lit. Branché au respirateur, le malade qui en est capable sera invité à monter sur un vélo, par exemple, voire à faire quelques pas au grand air, hors de l’hôpital.

Hier isolé et presque interdit de visite, il est aujourd’hui entouré et rassuré par ses proches bienvenus dans sa chambre, tout comme les radios et télés. La prise en charge est devenue plus humaine, accordant plus d’importance aux séquelles, tant psychologiques que somatiques.

"Nous avons beaucoup gagné en efficacité, souligne le chef de service, là où le temps est essentiel que ce soit au niveau de la réanimation précoce des traumatisés et des patients infectés, de l’infarctus du myocarde ou des thromboses cérébrales. La prévention des complications, comme l’embolie pulmonaire ou les infections nosocomiales, est aussi améliorée".

Aujourd’hui, la durée moyenne d’un séjour aux soins intensifs n’est plus que de deux ou trois jours. On estime qu’environ 80 % des patients en sortent vivants.

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