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découvertes

Des cellules pour réparer nos organes défaillants

En collaboration avec le magazine “La Recherche”

Mis en ligne le 05/08/2010

Cécité, infarctus et même infertilité, il pourrait bientôt être possible de traiter de nombreuses maladies à l’aide d’une greffe de cellules. Les premiers essais sont encourageants.

Eviter la cécité par une greffe de cellules ? L’idée est séduisante et elle ne tient plus tout à fait de la science fiction. Aux Etats-Unis, cette thérapie cellulaire pourrait bientôt être testée chez l’homme. Le principe ? Remplacer les cellules abîmées de la rétine dans certaines maladies de l’œil par des cellules saines, obtenues à partir de cellules souches embryonnaires (ES). Une source prolifique de cellules de rechange !

Issues d’embryons de 5 à 7 jours, les cellules souches embryonnaires sont en effet capables de se multiplier à l’infini. Et surtout, elles peuvent se différencier en n’importe quel type cellulaire : cellule cardiaque, rétinienne, neurone. D’où l’idée de les utiliser pour réparer les tissus abîmés. Cette "thérapie cellulaire" a déjà été testée dans plusieurs maladies. A commencer par une pathologie de l’œil : la dégénérescence maculaire liée à l’âge.

L’œil est une des premières cibles pour ce type de greffe car il est peu vascularisé. Le risque de réaction immunitaire et de rejet de greffe est donc plus faible que pour un autre tissu. L’approche développée par la société américaine Advanced Cell Technology consiste à remplacer les cellules rétiniennes qui dégénèrent, dites cellules de l’épithélium pigmentaire. Ces dernières permettent aux neurones rétiniens de bien fonctionner, notamment en nettoyant les poussières dans la rétine.

Une étude a été menée chez des rats souffrants de dégénérescence maculaire liée à l’âge et chez des souris atteintes de la maladie de Stargardt, deux pathologies qui conduisent à la cécité. Les scientifiques ont poussé des cellules souches embryonnaires humaines à se différencier en cellules de l’épithélium pigmentaire. Puis ils ont implanté ces cellules dans les rétines lésées de ces animaux. Elles ont permis d’éviter la disparition des cellules qui détectent la lumière, les photorécepteurs.

Après trois mois, les rongeurs traités disposaient de 5 à 6 couches de photorécepteurs, tandis que les rats non traités n’avaient plus qu’une seule couche de photorécepteurs et étaient quasiment aveugles. La vision des premiers avait été préservée. Forte de ce succès, Advanced Cell Technology vient d’annoncer qu’elle commencerait dans quelques mois un essai de cette technique chez l’homme.

Malgré tout, des doutes demeurent. "Il faudrait vérifier sur de plus longues périodes que les cellules greffées ne forment pas de tumeurs, avant de passer à des études sur l’homme ", appuie José-Alain Sahel, directeur de l’Institut français de la vision.

L’application de la thérapie cellulaire au traitement des infarctus est bien plus avancée : la greffe de cellules souches embryonnaires est déjà testée chez le singe rhésus, beaucoup plus proche de l’homme que le rongeur.

Si quelques milliers de cellules rétiniennes peuvent suffire pour tenter de rendre la vue à un patient, il faut plusieurs centaines de millions de cellules musculaires cardiaques pour restaurer un cœur malade. La difficulté est d’obtenir in vitro une grande quantité de cellules cardiaques et de les transplanter sans endommager leur capacité à se contracter.

Difficulté qu’a réussi à surmonter, en 2007, l’équipe de Michel Pucéat de l’Inserm à Evry et de Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris : ils ont ainsi pu régénérer des cœurs de rats victimes d’infarctus !

Pour aboutir à de tels résultats, les chercheurs ont cultivé des cellules souches embryonnaires humaines dans des conditions favorisant leur différenciation en précurseurs de cellules cardiaques. Les cellules obtenues ont été implantées dans le cœur de rats victimes d’infarctus. Elles ont alors achevé leur différenciation pour devenir des cellules adultes, capables d’améliorer le fonctionnement du muscle cardiaque.

Récemment, les chercheurs ont obtenu des résultats encourageants en greffant des précurseurs de cellules cardiaques, obtenus à partir de cellules souches embryonnaires, à des singes rhésus ayant eu un léger infarctus.

De plus, l’équipe de Michel Pucéat et Philippe Ménasché a mis au point une méthode permettant de sélectionner au mieux les cellules cardiaques : ils ont identifié une molécule à la surface de ces cellules, qui permet de s’assurer qu’elles ne sont plus capables de donner naissance à un nombre infini de cellules de tous types. " Cela permet d’éviter toute contamination par des cellules moins différenciées qui pourraient proliférer sans contrôle et former une tumeur ", explique Michel Pucéat. " Nous espérons commencer les premiers essais d’ici deux ans chez des patients ayant eu un infarctus du myocarde de longue date et n’étant pas candidats à une transplantation cardiaque. L’essai pourrait être étendu à d’autres pathologies cardiaques ".

Les promesses des cellules souches ne s’arrêtent pas là : elles pourraient venir au secours de l’infertilité. En effet, des spermatozoïdes ont récemment été produits à partir de cellules souches embryonnaires humaines. Une première réalisée par l’équipe du britannique Karim Nayernia de l’université de Newcastle. "Cette découverte permettra de mieux comprendre les causes de l’infertilité masculine en élucidant les mécanismes de différenciation des gamètes, et elle pourra peut-être un jour, être utilisée comme traitement contre celle-ci", s’enthousiasme Samir Hamamah, directeur d’une équipe Inserm, à Montpellier.

Ces spermatozoïdes ont été obtenus à partir de cellules ES porteuses des chromosomes X et Y. Une savante manipulation a permis aux cellules souches dotées de 2 lots de chromosomes de n’en avoir plus qu’un, comme tout spermatozoïde qui se respecte.

Certains spermatozoïdes avaient un flagelle et pouvaient se mouvoir. Toutefois, " pour être sûr que ce soit de réels spermatozoïdes, il faudrait vérifier leur capacité à féconder un ovule " note Samir Hamamah. C’est ce qu’avait fait trois ans plus tôt la même équipe pour des spermatozoïdes de souris produits in vitro à partir de cellules ES : ce sperme avait donné naissance à des souriceaux.

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