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Bactérie NDM-1

Pas de risque de pandémie

Stéphanie Bocart

Mis en ligne le 14/08/2010

La bactérie NDM-1 a causé un décès dans notre pays. “Le risque pour la population belge est nul”, rassure le Pr Yves Van Laethem, infectiologue.

Doit-on annuler son voyage en Inde ou au Pakistan ? Faut-il craindre d’être hospitalisé en Belgique ?, Inutile de céder à la panique ! S’il est vrai que la bactérie NDM-1 (pour New Delhi métallo-beta-lactamase) a entraîné le décès d’un Bruxellois, d’origine pakistanaise, en juin dernier, "le risque pour la population belge est nul", assure le Pr Yves Van Laethem, infectiologue à la Travel Clinic du CHU Saint-Pierre à Bruxelles. Néanmoins, "cela va dans une ligne générale qui existe depuis des décennies, à savoir l’augmentation des résistances des microbes aux antibiotiques", souligne le Pr Van Laethem. "Cela s’est toujours vu : plus on emploie des antibiotiques, plus on sélectionne des microbes résistants. Il y a toujours un génie propre qui fait que l’on sélectionne quelque chose qui résiste".

De fait, hospitalisé pour une plaie à la jambe à la suite d’un accident de voiture survenu au Pakistan, le patient décédé en juin avait, d’abord, été rapatrié en Belgique mais "son état était déjà septique", souligne le Dr Denis Piérard, microbiologiste à l’AZ-VUB. Le corps médical a, ensuite, découvert "une bactérie horriblement résistante" : la NDM-1.

C’est en 2009 que le Pr Timothy Walsh de l’Université de Cardiff, au Royaume-Uni, a détecté le premier cas d’infection par une entérobactérie productrice d’une enzyme de type "New-Delhi métallo-beta-lactamase" (NDM-1) chez un patient suédois qui avait été hospitalisé en Inde. Or, les bactéries productrices de cette enzyme (NDM-1) sont résistantes à pratiquement tous les types d’antibiotiques, y compris les carbapénèmes, généralement réservés aux urgences et au traitement des infections multi-résistantes. "La NDM-1 est un microbe qui peut infecter aussi bien l’arbre urinaire en donnant une infection urinaire que l’arbre respiratoire en donnant une pneumonie ou encore les tissus mous si on a une plaie qui s’infecte en donnant une cellulite. La NDM-1 peut donner n’importe quelle infection, selon l’endroit de l’organisme qu’elle envahit", explique le Pr Van Laethem. De même, la NDM-1 n’engendre aucun symptôme particulier. "La seule nuance est que lorsqu’on la teste pour les antibiotiques, elle présente des "blindages" plus importants que d’autres microbes", poursuit le spécialiste. Le problème ? "Mis à part la colistine, nous sommes tout de même limités dans les traitements thérapeutiques", déclare le Dr Denis Piérard. "La colistine est un vieil antibiotique mais qui reste le plus actif sur ces germes les plus résistants", confirme le Pr Van Laethem. Toutefois, "la colistine ne peut être administrée que par voie intraveineuse et reste un antibiotique qui a une toxicité, entre autres rénale, mais qui est heureusement moins toxique qu’on le craignait. C’est une question de purification de la molécule".

Certes, la colistine est disponible dans les hôpitaux mais, plus globalement, pour Yves Van Laethem, "le drame c’est que l’industrie pharmaceutique, pour des raisons financières et de rentabilité, abandonne de plus en plus la recherche de nouveaux antibiotiques". "Cela fait longtemps que cela existe. Le cas de la NDM-1 n’est donc qu’un exemple de plus. Mais les gens ne doivent pas avoir peur : ce n’est pas un microbe qui se transmet de personne à personne. Quelqu’un qui est parti en Inde ou au Pakistan et revient en bonne santé ne risque pas de transmettre ce microbe en embrassant son cousin", insiste l’infectiologue, qui n’énonce d’ailleurs aucune mesure de précaution à l’attention de celles et ceux qui envisagent un déplacement au Pakistan ou en Inde, si ce n’est de ne pas y fréquenter les hôpitaux où l’enzyme peut y être contractée.

Quant au risque d’une pandémie, "il est nul !", affirme-t-il encore. Par contre, relève-t-il, "il y a une variété beaucoup plus large de microbes multi-résistants dans des pays beaucoup plus proches de nous tels que la Grèce, la Turquie ou le Maroc". Chaque année, de nombreuses personnes doivent ainsi être rapatriées pour être hospitalisées en soins intensifs. C’est dans ces cas que l’hygiène hospitalière revêt toute son importante. "Il faut isoler ces personnes systématiquement, le temps de vérifier ce qu’elles ont en elles afin qu’elles ne contaminent pas les autres patients. Certes, il y a toujours une crainte potentielle que ces microbes "s’installent" dans un hôpital et contaminent d’autres personnes, d’où l’importance de l’hygiène hospitalière. Rien ne dit que ces microbes ne vont pas un jour remonter vers l’Italie, la France et chez nous, comme d’autres microbes l’on fait au cours du temps, mais ce n’est pas du tout le cas pour l’instant et il n’y a donc pas de craintes à avoir", rassure le Pr Van Laethem.

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