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Alcool, sexe, drogue et rock’n’roll ?

Eric de Bellefroid

Mis en ligne le 11/01/2012

Les jeunes, garçons et filles, commencent à boire dès l’âge de 12 ou 13 ans. Ils cherchent l’ivresse et ses effets désinhibiteurs pour faciliter le contact.

Pour n’être pas toute neuve, la question de l’alcool chez les jeunes se pose en des termes probablement inédits. Car, tout malaisé qu’il soit de dire s’ils boivent plus que leurs aînés par le passé, il est des rythmes et des rituels qui évoquent assurément une nouvelle façon de boire, plus violente dans ses formes et plus inquiétante dans ses conséquences. L’on songe immanquablement aux adolescents et jeunes adultes "fauchés sur la route". Mais pas seulement, loin de là.

Pour résumer le propos de Marina Carrère d’Encausse, médecin et journaliste, réalisatrice du "Magazine de la santé" sur France 5, on peut dire tout d’abord que l’enquête qu’elle vient de réaliser en France ("Alcool : les jeunes trinquent", éd. Anne Carrière), avec le concours du psychiatre et alcoologue Philippe Batel, se prête assez aisément à quelques extrapolations valables pour la Belgique en leurs principales lignes de force.

Tenue de constater que la consommation d’alcool a beaucoup baissé en France depuis cinquante ans, Mme Carrère d’Encausse observe en revanche que les jeunes boivent de plus en plus, de plus en plus tôt et de plus en plus nombreux, dans le but avéré d’être plus vite et plus souvent ivres. Une moyenne d’un jour sur trois, si l’on veut bien postuler dix alcoolisations par mois, ainsi qu’il appert.

Sans se prononcer sur la consommation éventuellement concomitante de cannabis, qui se déclare moins volontiers, l’on note en tout cas, fait récent, que les filles de 13 à 18 ans désormais rejoignent les garçons du même âge dans la consommation d’alcool et de tabac, selon les derniers baromètres de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), notamment quant au nombre d’ivresses répétées.

Il s’ensuit alors de dramatiques effets immédiats : comas éthyliques parfois mortels, accidents de la route en effet, agressions, abus sexuels ou rapports non protégés. Puis, à long terme, les risques de dépendance, et donc une exposition à un alcoolisme précoce avec ses répercussions psychiques et physiques, relationnelles, sociales et professionnelles. Lorsque l’alcool consommé vite et fort apparaît d’emblée comme un "facteur de socialisation". Comme dans les "rave parties" il n’y a pas si longtemps, ou dans les apéros géants au cœur des villes de nos jours.

Car il est entendu que nous ne parlons pas ici du verre solitaire, généralement plus tardif, mais de celui qui désinhibe et favorise une atmosphère de partage. Et cela donc, suivant une initiation qui intervient, chez les garçons comme chez les filles, dès l’âge de 12 ou 13 ans. Donc, bien avant les baptêmes ou bizutages universitaires, aujourd’hui interdits en France où les "week-ends d’intégration" dorénavant célèbrent les rites de passage dans la boisson.

Résolument hostile à toute législation prohibitrice, dont les effets se révéleraient rapidement contre-productifs, Marina Carrère d’Encausse soutient également qu’il est vain d’espérer que des parents, s’ils boivent un peu, tentent d’interdire la chose à leurs rejetons. "Ce qu’il faut", dit-elle, "c’est plus de contrôle, davantage de limites fixées. L’idée aussi n’est pas d’intervenir pendant l’adolescence, mais en amont, dès l’âge de 11 ou 12 ans. Commencer à en parler, essayer de savoir ce qui se pratique autour même des enfants, parmi leurs amis. Parler à des ados d’un cancer du foie à quarante ou cinquante ans ne sert évidemment à rien "

Il s’agirait donc d’un travail d’anticipation procédant de la conviction que les enfants ont besoin, à tout prix, d’un cadre, de repères, de limites. D’être écoutés et que l’on s’intéresse à leur santé. Car ainsi, s’ils ne se protègent pas lors d’un premier rapport sexuel, c’est aussi parce qu’ils ne se figurent pas qu’une relation naît ou se noue en une seule soirée. Mais c’est là déjà, pour ainsi dire, un autre débat.

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