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Éthique

Les soins palliatifs n’empêchent pas l’euthanasie

An.H.

Mis en ligne le 14/01/2010

Les patients palliatifs sont aussi nombreux que les autres malades en fin de vie à demander qu’on abrège leurs souffrances. Une étude de la VUB.

L’euthanasie - soit la mort donnée par un médecin à un patient qui la demande explicitement parce qu’il souffre de douleurs physiques ou psychiques qui ne peuvent être apaisées - peut-elle faire partie intégrante des soins palliatifs ou, au contraire, les patients qui demandent qu’on abrège leur vie le font-ils parce que la médecine palliative ne serait pas assez performante?

Cette question fondamentale, ou plutôt la réponse à celle-ci, reste très controversée. Des facteurs émotionnels, des sentiments personnels et des arguments philosophiques interviennent dans le débat sur la relation entre euthanasie et soins palliatifs.

Mais dans les faits, qu’en est-il? Depuis 2002, la Belgique a dépénalisé l’euthanasie sous conditions, que ce soit pour les patients en phase terminale ou les personnes souffrant d’une maladie incurable qui veulent en finir. Dans le même temps, on dispose dans notre pays de soins palliatifs assez étendus: unités hospitalières, équipes volantes qui se rendent dans les différents services des cliniques (oncologie, gériatrie ), équipes pluridisciplinaires qui se rendent à domicile (comme l’ASBL Domus), centres de soins palliatifs (comme le Foyer Saint-François, à Namur)

"Dans le secteur palliatif en Europe et ailleurs, on considère généralement que les demandes d’euthanasie proviennent d’un manque d’accès aux soins palliatifs et qu’il suffirait d’une offre de soins palliatifs de qualité pour apporter une réponse à chaque demande d’euthanasie", indiquent Lieve van den Block et Luc Deliens, professeurs à la Vrije Universiteit Brussel (VUB).

Une étude du groupe de recherche "Soins en fin de vie" de la VUB, menée en collaboration avec le réseau belge des médecins vigies, coordonnée par l’Institut scientifique de santé publique (ISP) et récemment publiée dans l’éminent "British Medical Journal" contredit cette approche, ajoutent-ils.

Pendant deux ans, en 2005 et 2006, environ 175 généralistes appartenant au réseau des médecins vigies, représentatifs des praticiens flamands, wallons et bruxellois, ont enregistré les décès de patients rencontrés dans leur pratique et consigné les décisions médicales de fin de vie ainsi que les soins apportés au cours de trois derniers mois avant le décès.

Au total, les médecins vigies ont rapporté 2 690 décès dans leur patientèle, à domicile ou à l’hôpital. Les chercheurs ont exclu les décès accidentels ou inattendus (rupture d’anévrisme, crise cardiaque, accident de la route, suicide ) pour s’intéresser aux 1 690 cas de patients dont la mort est survenue de façon non soudaine.

Pour ces malades, les praticiens ont noté le lieu du décès (hôpital, domicile, maison de repos ); le suivi ou non d’équipes multidisciplinaires spécialisées en soins palliatifs Les médecins vigies devaient encore indiquer quel était - à leurs yeux - l’objectif principal du traitement administré au cours des dernières semaines de vie: soins curatifs, prolongement de la vie, soins de confort ou palliatifs

Autres informations reprises dans les formulaires remplis par les généralistes: la nature des soins prodigués en fin de vie. Le patient a-t-il rencontré un psychologue? A-t-il reçu une assistance spirituelle ou religieuse?

En croisant ces données multiples, les professeurs Van den Block et Deliens sont arrivés à un constat: les personnes qui ont eu recours à l’euthanasie avaient autant obtenu l’intervention d’équipes palliatives spécialisées que les mourants qui n’ont pas demandé la "mort douce".

Les chiffres de l’étude font également apparaitre un lien évident entre euthanasie et assistance spirituelle - qui est une composante importante de la culture palliative.

"Il ressort en effet des chiffres de l’enquête que le nombre de personnes qui ont reçu une assistance spirituelle en fin de vie est significativement plus élevé dans le groupe des personnes décédées par euthanasie que parmi les autres décès", indiquent les chercheurs de la VUB.

Selon les auteurs de l’étude, cela signifie implicitement que l’euthanasie irait de concert avec les soins palliatifs en Belgique.

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