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Espace

Ciel plombé sur Cap Canaveral

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 08/02/2010

Le lancement d’Endeavour est reporté de 24 heures. La Nasa inquiète sur son futur.
Envoyé spécial en Floride

C’est ce qui s’appelle jouer de malchance. Alors que les météorologues de la Nasa estimaient à 80 % les chances de faire décoller la navette Endeavour dans la nuit de dimanche, la situation s’est brusquement dégradée à quelques heures du lancement. Finalement, c’est l’accumulation de nuages à basse altitude qui a fini par pousser les responsables de l’agence spatiale américaine à repousser le vol une dizaine de minutes à peine avant l’heure H. "Nous avons essayé vraiment au maximum mais les conditions météo étaient trop instables et nous n’étions tout simplement pas à l’aise pour lancer la navette cette nuit", a déclaré le directeur du lancement, Mike Leinbach. "De ce fait, nous avons décidé de reporter le lancement de 24 heures". La Station spatiale internationale devra encore patienter un peu avant de voir débarquer les deux nouveaux modules, le Node 3 Tranquility (18 tonnes, 7 mètres de long pour un diamètre de 4,5 m) et le dôme d’observation Cupola (1,9 tonne, 1,5 m de long et 2,9 m de diamètre) qui marquent le début de son achèvement (lire "la Libre" du 6/02). Sauf nouveau contretemps, une nouvelle tentative devait avoir lieu ce lundi matin à 10h14 (heure belge, soit 4h14 locales).

Faut-il y voir un signe ? Ce ciel nuageux symbolise en quelque sorte l’ambiance pesante qui règne au Kennedy Space Center depuis l’annonce, en début de semaine dernière, de l’abandon du programme lunaire Constellation. S’ajoutant à la mise à la retraite des navettes programmée à la fin de cette année, cette décision du président Obama risque de couter quelques milliers d’emplois supplémentaires aux résidents de la "Space Coast". L’amertume, pour ne pas dire une certaine colère, est donc palpable.

Samedi dans la matinée, l’administrateur de la Nasa, Charlie Bolden (un ex-astronaute qui a pris part à quatre missions à bord des navettes), a d’ailleurs affronté la presse dans une conférence où l’on n’a guère parlé de la mission STS 130. Répondant avec une étonnante décontraction aux multiples interpellations des journalistes américains qui s’interrogent sur l’avenir des ambitions spatiales nationales, il a une nouvelle fois expliqué les raisons de ce choix. M. Bolden a notamment souligné qu’il pousserait les sociétés privées qui vont bénéficier des fonds gouvernementaux (6 milliards de dollars en 5 ans pour créer de nouveaux systèmes de lancement) à venir s’installer en Floride pour profiter du "know-how" local dans le domaine astronautique tout en y créant de l’emploi. Le travail entamé dans le cadre de Constellation ne sera pas complètement vain, a-t-il poursuivi, argüant que les expériences qui y ont été menées et certaines des technologies développées serviraient à la suite du programme spatial.

Exposant son espoir de voir les Etats-Unis disposer d’un nouveau véhicule lourd capable d’emmener un équipage au-delà de l’orbite basse entre 2020 et 2030, il a souligné que les débats au Congrès - une audition, qui s’annonce houleuse, est fixée le 24 février - devraient préalablement décider des destinations qui constitueront les cibles futures de l’exploration spatiale (Mars, entre autres). Et d’insister sur l’importance qu’il accorde au renforcement des partenariats internationaux dans cette perspective. "Je ne suis pas vraiment inquiet du fait que les Chinois ou d’autres puissent bientôt planter un drapeau sur la Lune. Il y en a déjà six et tous sont américains", a-t-il déclaré.

Pour sa part, le directeur de l’Agence spatiale européenne, Jean-Jacques Dordain, observe que l’annonce de la volonté de Barack Obama de poursuivre l’exploitation de la Station spatiale internationale au moins jusqu’en 2020 est en phase avec les aspirations européennes. Mais cette nouvelle donne impose que les partenaires de l’ISS (Etats-Unis, Russie, Japon, Canada et Europe) s’accordent dès cette année sur la meilleure manière d’augmenter les bénéfices que l’on peut retirer de la plate-forme orbitale tout en réduisant le cout de son exploitation. Et de s’interroger notamment sur les possibilités d’ouvrir le cercle des associés à d’autres pays comme la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud. Un partenariat élargi qui devrait aussi inclure les projets d’exploration robotique de notre système solaire et la collecte d’informations pertinentes sur le changement climatique.

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