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Espace

L’ISS attend sa chambre avec vue

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 09/02/2010

Endeavour a pris son envol lundi matin. Mission clef pour la station spatiale.
Envoyé spécial en Floride

La seconde tentative aura été la bonne pour la navette Endeavour qui s’est envolée ce lundi matin en direction de la Station spatiale internationale. Alors que la fenêtre de tir n’était que de dix minutes, le rideau nuageux qui avait provoqué l’annulation de dernière minute survenue dimanche faisait craindre un nouveau report, mais celui-ci s’est finalement entrouvert au bon moment.

Vendredi, Mike Leinbach, le directeur du lancement des navettes, avait répondu aux journalistes qui l’interrogeaient sur les états d’âme de l’équipe du Centre spatial Kennedy suite à l’abandon du programme lunaire Constellation en comparant la situation avec la finale du Super Bowl (qui s’est jouée dimanche soir). L’équipe, avait-il expliqué, est composée de professionnels totalement mobilisés et concentrés sur le lancement. Et de souligner que, quelle que soit la sauce à laquelle sera accommodé l’avenir du programme spatial américain, ceux-ci feraient leur boulot jusqu’au coup de sifflet final.

Parole tenue. Le décollage programmé à 10h14 (heure belge) s’est déroulé comme dans les manuels. Dans un fracas assourdissant, le shuttle s’est arraché du sol. L’espace de quelques secondes, ses boosters ont illuminé la nuit au-dessus de Cap Canaveral, avant de ne plus former qu’un petit point lumineux dans le ciel. Quelques minutes après le lancement, la séparation entre la navette, le réservoir extérieur et les deux fusées d’appoint s’effectuait sans problème. Endeavour et son équipage avaient atteint l’orbite basse sains et saufs.

Mercredi matin, le commandant George Zamka et ses cinq coéquipiers devraient avoir rejoint l’ISS qui flotte dans l’espace à quelque 340 km de la Terre. Au cours de cette mission qui doit durer 13 jours, ils procèderont à l’installation du module Tranquillity (le Node 3) et du dôme d’observation Cupola ; deux éléments qui marquent une avancée décisive de ce chantier orbital hors norme (lire "La Libre" du 6/2). L’aboutissement d’une très longue attente, comme nous l’a expliqué le Belge Philippe Deloo, qui supervise ces deux projets au sein de l’Agence spatiale européenne (Esa). Fabriquée en Europe pour le compte de la Nasa, la coupole patientait ainsi dans les hangars américains depuis 2004. Hangars qu’elle a bien failli ne jamais quitter, le lancement qui lui était spécifiquement dédié ayant été supprimé suite à l’explosion de Columbia. Le module doit son salut à l’ingéniosité des techniciens qui sont parvenus à l’accoupler au Node 3, lui permettant de bénéficier du vol programmé pour la livraison de ce dernier.

Avec ses sept hublots, cette structure offrira un poste d’observation sans équivalent à l’équipage de l’ISS, lui permettant au besoin de se remonter le moral en jetant un œil sur la Planète bleue. Surtout, les astronautes pourront dorénavant opérer un contrôle visuel direct sur ce qui se passe à l’extérieur de la station, notamment lors des manœuvres d’approche et d’arrimage des vaisseaux qui assurent les rotations d’équipages et le ravitaillement. Des opérations jusqu’ici exécutées en se basant sur les images prises par des caméras. "On appréhende mieux la distance et la vitesse avec ses yeux que derrière un écran de contrôle", commente notre M. Deloo.

Orientée vers la Terre, la Cupola devrait aussi être utilisée pour réaliser certaines observations scientifiques, bien que cela n’ait pas été initialement prévu lors de sa conception. Composés de quatre couches d’un verre ultrarésistant, ses hublots sont occultés par des volets qui les protègent des impacts de micrométéorites. La procédure prévoit que seuls trois d’entre eux soient ouverts simultanément afin d’éviter que, sous l’effet du rayonnement solaire, le module ne se transforme en serre. Une poussée de température excessive pourrait dégrader les joints en silicone qui scellent ces vitrages, exposant l’habitacle à un risque de dépressurisation. "Avec ce lancement, la station est presque complète. Nous devons à présent nous consacrer à son utilisation", a déclaré le directeur de l’Esa Jean-Jacques Dordain, soulignant que le carnet qui recense les demandes d’expériences scientifiques était "overbooked".

Actionnaire de l’ISS, l’Europe y enverra deux membres de son corps d’astronautes au cours de cette année (les Italiens Roberto Vittori et Paolo Nespori). Elle est aussi le maitre d’œuvre du "chasseur de particules" AMS-02 (Alpha Magnetic Spectrometer) qui rejoindra la station fin juillet, sans oublier le lancement de son second vaisseau-cargo ATV, baptisé Johannes Kepler, fin novembre. De quoi, comme le souligne M. Dordain, démontrer à ses partenaires que l’Esa est prête à assumer son rôle de leader dans les activités spatiales.

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