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Momento

Dur, dur de grandir !

Laurence Dardenne

Mis en ligne le 04/09/2010

A une époque où la réussite scolaire se révèle être une nécessité qui fait loi, les petites têtes blondes en échec ou en difficultés scolaires ont la vie dure. Psychanalyste, Diane Drory donne des pistes de réflexion.
En classe

DUR, DUR DE GRANDIR ! ET PAS EVIDENT d’être parent. "La rentrée scolaire, apparentée à un rite de changement, marque les temps forts, le passage des étapes, écrit Diane Drory, psychanalyste spécialisée dans la petite enfance, dans "Zéro est arrivé" (1), elle permet de remettre des mots sur le cours de la vie, avec ses détours heureux ou douloureux, fantasques ou imprévus".

A cette épique époque du "tout, tout de suite", où performance et réussite s’imposent pour beaucoup comme des valeurs de premier ordre, il ne fait pas bon jouer les trublions. Pourtant, des Julie-la-belle et la bête, des Guillaume dans la lune, des Jehan la tornade, des Bruno trop complimentés qui finissent par craquer, des Achille surdoués, mais éprouvant des difficultés à s’adapter , il y en a sur les bancs d’école où l’apprentissage est un long fleuve vraiment pas tranquille.

Car oui, comme le souligne la psychanalyste, "aider un enfant à grandir, cela prend du temps", et cet apprentissage ne peut se concevoir que par essai-erreur.

"Au regard de notre société, la réussite scolaire prend une place prépondérante dans le psychisme des parents, explique l’auteur, l’enfant n’est pas encore né que déjà ces derniers craignent l’échec scolaire". Faute, erreur, échec : tous ces mots ont-ils le même poids, le même sens ?, s’interroge encore Diane Drory qui, aussitôt, apporte la réponse, constatant que la signification de ces termes, souvent utilisés indifféremment, s’avère pourtant bien différente.

"L’apprentissage via l’échec est disqualifié, écrit-elle, cette initiation nécessaire pour passer de l’enfance à l’âge adulte n’est plus programmée. Tout est mis en œuvre pour éviter le risque. Nous avons peur d’aller vers un échec. L’échec est diabolisé, car il marginalise et exclut. L’erreur est confondue avec "échec", et ce dernier a une connotation de faille dans la performance. [ ] Or, comme on le dit communément, celui qui n’expérimente rien ne connaitra aucun échec ! Les jeunes craignent l’échec, alors qu’il est la condition de l’apprentissage. Provoquant la réflexion, il permet de trouver d’autres voies".

Parmi ces enfants, parfois en situation d’échec, sinon, de façon plus générale, en difficultés scolaires, on trouve Ben le touche à tout, Guillaume le distrait, Mathias la victime, Gustave le paumé, Nadine l’éternelle première de classe qui finira par déprimer, Christophe qui cherche à plaire, Alphonse le bonnet d’âne ou encore Serge le haut potentiel. Soit une trentaine de cas d’école, de situations concrètes décrites dans ce petit essai de psychologie qui se propose de donner aux parents quelques pistes de réflexion, sinon des solutions.

Ainsi, comment expliquer que Jacques, un garçon pourtant "intelligent, et tout à fait capable de réussir", refuse-t-il de faire le moindre effort ? "La statue du savoir ne peut s’ériger sur un socle trop fragile, argüe l’auteur, effectivement, pour apprendre, il ne suffit pas d’être capable, encore faut-il le vouloir. Ce "vouloir" auquel se refuse l’enfant malgré ses capacités s’appelle "motivation". Celle-ci est à l’apprentissage ce que l’essence est à la voiture".

Et où trouver cette motivation ? "C’est un phénomène qui prend sa source dans les perceptions qu’un enfant a de lui-même, et qui le stimuleront à choisir ou à refuser, inconsciemment, de s’investir et de persévérer dans son effort." Mais que l’on ne perde pas de vue que, si la compétence des parents et des enseignants a bel et bien une influence sur la motivation d’un enfant, celle-ci sera toutefois difficile à développer chez un enfant qui n’a pas comblé un minimum de ses besoins de base, note encore la psychanalyste. Quels sont-ils, ces besoins ? D’abord, physiologiques, mais aussi des besoins de sécurité, d’appartenance, d’estime de soi et, bien évidemment, d’amour.

(1) "Zéro est arrivé", Diane Drory, Ed. Soliflor, collection "Des choses de la vie", 15 €.

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