Curtius: le pôle liégeois

Tout vient à point à qui sait attendre. Le Grand Curtius, pôle muséal tant attendu par les Liégeois, a enfin ouvert ses portes en mars de cette année. sur un site de plus de 5000 m2.

Jean-Marie Antoine
Curtius: le pôle liégeois
©Devoghel

Tout vient à point à qui sait attendre. Le Grand Curtius, pôle muséal tant attendu par les Liégeois, a enfin ouvert ses portes en mars de cette année. sur un site de plus de 5000 m2. Il rassemble les collections prestigieuses provenant du musée d'Armes, du Musée du Verre, du Musée d'Archéologie et des Arts décoratifs, et encore celles du Musée d'Art religieux et d'Art mosan. Réunissant plusieurs immeubles inscrits dans un même périmètre entre la rue Féronstrée et la Meuse, dans le cœur historique de la Cité et à trois pas de la place Saint-Lambert, il est symbolisé par l'impressionnant bâtiment de style mosan qui impose sa puissante architecture sur le quai de Maastricht, sur les bords du fleuve.

Le bâtiment a été édifié au début des années 1600 par Jean Curtius, homme d'affaires qui fit fortune dans le commerce des armes et des minutions, avec notamment ce monopole de la fourniture de la poudre à canon pour les armées espagnoles durant les règnes de Philippe II et Philippe III. Le nouvel itinéraire muséal se décline en plusieurs parcours, chronologique et thématiques, et encore les expositions temporaires. Avec à chaque fois la possibilité de s'adjoindre les services d'un audio-vidéo-guide digital qui décrit non seulement les pièces mais permet aussi le son et l'image ainsi que la mise en contexte. Le choix est donc vaste, entre les collections égyptiennes dont les célèbres momies, les collections d'armes parmi les plus belles au monde ou encore la collection de verres, reconnue sur le plan international comme la deuxième en importance, provenant en grande partie de la donation en 1946 d'un collectionneur liégeois, Armand Baar. Autre prestigieuse donation, celle du Baron François Duesberg, avec cette collection unique d'objets liés à l'art de la table, pour l'essentiel des pendules de l'époque Louis XVI à la Restauration, ainsi que de l'époque napoléonienne. Parmi les pièces qui valent à elles seules le voyage, on citera bien sûr en premier le fameux Evangéliaire dit de Notger, qui s'articule sur trois époques. Son centre, datant de la fin du Xème siècle, est un ivoire mosan montrant le Christ en train d'effectuer une bénédiction, les pieds posés sur la sphère terrestre. Il est entouré de quatre animaux symbolisant les évangélistes. En dessous, l'évêque Notger est agenouillé et tient en main un codex. Les émaux champlevés qui l'entourent sont du XIIe siècle et les plaques ovales en métal doré qui enserrent le tout sont du XVIIe siècle. On citera également ce portrait de Bonaparte réalisé en 1803 par Dominique Ingres au retour d'un visite du futur empereur à Liège. Et aussi ce fusil de chasse liégeois à deux coups présenté à l'Exposition universelle de Paris, véritable chef-d'œuvre de ciselure et d'incrustation d'or réalisées par l'artisan liégeois Joseph Boussart. Un nom encore: Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910), architecte et créateur de mobilier, figure liégeoise incontournable de l'Art nouveau. Le Grand Curtius présente notamment les meubles du Studio d'Eugène Ysaye, créés spécialement pour le musicien, ainsi qu'un magnifique piano conçu en 1902 pour le château de la Chapelle-en-Serval, près de Compiègne. Dans ce quartier dédié plus que jamais au patrimoine, on mentionnera aussi eux lieux importants, très proches géographiquement du Grand Curtius et dont la visite complétera de belle manière votre escapade culturelle au coeur de Liège. Le Musée d'Ansembourg tout d'abord. Cet ancien hôtel particulier édifié au au milieu du XVIIIe siècle est devenu en 1905 un musée centré sur les arts décoratifs du XVIIIe siècle, période la plus brillante du meuble liégeois de menuiserie en chêne. au-delà des remarquables collections, dont de magnifiques tapisseries d'Audenarde, Les décors fixes sont pour l'essentiel ceux d'origine et respirent la magnificence, que ce soit les stucs, les plafonds peints, les miroirs, escaliers, lambris ou encore la décoration de la cuisine en carreaux de faïence de Delft.

La collégiale Saint-Barthélemy ensuite. Caractéristique de l'architecture romane de style rhéno-mosan, elle a été rénovée récemment et ainsi repeinte à l'ancienne, dans des tons pimpants qui lui donne maintenant une allure plus joyeuse. Mais l'église bâtie en grès huiller doit sa notoriété internationale au fait d'abriter les fameux fonts baptismaux en laiton, réalisés au début du XIIe siècle et considérés comme le chef-d'œuvre de l'art mosan. Véritable sommet artistique d'originalité, de classicisme et de perfection technique, ces fonts baptismaux allient les apports de l'art antique, de l'art byzantin et de la tradition mosane. Le baptême est le thème unique développé dans les cinq scènes qui se succèdent en haut-relief sur la paroi de la cuve : la prédication de Jean-Baptiste ainsi que quatre baptêmes, ceux des "publicains", du centurion Corneille, du philosophe Craton et bien sûr du Christ. La cuve elle-même repose sur dix bœufs et est orpheline de son couvercle, victime de la période chaotique caractérisant la disparition de la Principauté liégeoise.

© La Libre Belgique 2009

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