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Lituanie

Vilnius, sang neuf

Nathan Darbon

Mis en ligne le 20/12/2009

Entre soirées branchées, patrimoine baroque restauré, immersion postsoviétique et bars à vin tendance, la première ville de Lituanie fait sa movida !
Découverte

Sacrée capitale européenne de la culture en 2009, un petit vent givré souffle sur la capitale lituanienne. En attendant le grand blizzard ? "Oui, il faut que ça secoue encore un peu plus !", lance Milena, 25 ans. Il y a quatre ans, cette étudiante aux beaux-arts s’est installée dans la "République d’Uzupis", le quartier vert et bohème de Vilnius qui a proclamé unilatéralement son indépendance "C’est juste un clin d’œil, rien de très sérieux, mais le coin est vraiment cool", rassure la jeune femme accoudée au comptoir du "Kult Flux", son Q.G. préféré. Ce pavillon en forme de container flotte en bordure de la Neris, la rivière aux allures de fleuve qui sépare la ville nouvelle de l’ancienne. On y organise concerts, expos et soirées branchées. "Il y a un tas de choses à faire le long des quais." Les beaux jours, des DJ y improvisent des sets le long des berges, entre les joggeurs du dimanche et les pêcheurs zen. L’idée de vitaminer les jolies berges de la Neris a mûri depuis plusieurs années dans la tête des édiles politiques, au point d’en faire le futur lieu d’un projet d’envergure internationale En 2011, y verra le jour un monumental musée Guggenheim-Hermitage conçu par Zaha Hadid, papesse de l’architecture virtuelle. Tout en courbes et en fluidité, dotée d’une immense carapace de métal, cette sculpture high-tech abritera, les pieds dans l’eau, des collections des célèbres musées new-yorkais et russe.

Classée par l’Unesco en 1994, la vieille ville, étendue sur près de 4 km², l’une des plus grandes d’Europe, brille par la qualité de son patrimoine religieux. Il suffit de lever la tête au sommet des maisons pour s’en convaincre : il y a toujours, à ras de tuiles, un dôme, une croix russe, une croix latine, une croix grecque, quand ce n’est pas l’œil de la Providence au centre de son fronton, pour rappeler l’importance du sacré.

Dans le haut de la rue Pilliès, une allée piétonne où se succèdent cafés et boutiques, l’église Saint-Nicolas, d’inspiration byzantine, électrise le passant de sa couleur abricot. Sur le proche boulevard Jono Basanavicaus, une mariée en robe blanche et ses invités trinquent - tradition oblige - à la vodka devant le parvis de l’église Saint-Constantin dominée par ses bulbes émeraude. On pense à l’écrivain Romain Gary, né à Vilnius, et qui vécut les premières années de sa vie à quelques mètres de la belle église, dans un immeuble aux vastes proportions. Certains édifices baroques, plus théâtraux encore, semblent tout droit sortis d’un quartier de Mexico City. Comme l’extraordinaire église Saint-Casimir, peinte en mangue et melon, dominant la place de l’hôtel de ville et la rue Vokiciy, quartier chic mais détendu du centre historique.

Dans ce pays ouvertement libéral, l’ère soviétique semble bien lointaine. Révolue mais pas absente du paysage. Les statues à la gloire de Lénine ou de Brejnev ont été démontées puis entreposées pour être exhibées, comme des trophées de chasse, dans les allées du parc Gruto, à une vingtaine de kilomètres de Vilnius.

Un sort comparable a été réservé aux ex-prisons du KGB, nichées dans un édifice respectable du centre, laissées dans leur état d’origine et transformées en musée permanent. Et comme pour expurger les fantômes du passé, une troupe de théâtre a même investi un abri atomique, édifié en 1983 dans les environs de la capitale, afin d’y rejouer le climat de terreur de ces années-là. Le "Soviet bunker", planqué dans une inquiétante forêt de pins et enfoui par quatre mètres sous terre sur ordre de Moscou, constitue une étrange attraction touristique. Durant trois heures, les (rares) visiteurs enfermés dans un dédale de couloirs oppressants se soumettent aux brimades et humiliations de comédiens déguisés en officiers de l’Armée rouge

Dans le centre, quelques puissants symboles soviétiques ont échappé à la destruction. Ici, un austère et défunt cinéma - reconverti en magasin Benetton -, là, des statues à la gloire du prolétariat, surplombant les ponts au-dessus de la Neris, fixant de leur regard la tour crénelée de Gediminas.

La vodka déserte de plus en plus les restaurants en vue de Vilnius au profit du vin, dont les bars qui lui sont dédiés fleurissent. Comme le "Bistro 18", une adresse discrète, nichée dans l’étroite rue Stykliy de l’ancien quartier juif. Avec ses murs immaculés, on y vient pour l’ambiance "casual", comme dit son patron, amateur de Stephen King. Au menu, des tagines d’agneau, des salades et, surtout, plus de 250 références de bonnes bouteilles.

Le "Tappo d’Oro", rue Stuokos-Gucevicaus, tient à la fois de comptoir de ventes, de bar de dégustation et de restaurant cosy dénué de toute prétention. Une carte œnologique de l’Italie, accrochée à l’entrée, indique que les lieux vivent plus à l’heure de la Toscane que de la Baltique. "Ici, vous ne trouverez ni harengs salés ni blynai fourré au fromage", dit le patron désignant par là, les plats les plus populaires de la région. "C’est comme ça, je préfère les produits "Denominazione di Origine Controllata"", ajoute-t-il, en Italien dans le texte. L’ère communiste est bel et bien révolue.

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