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«Les perfs parlent d'elles-mêmes»

Libération

Mis en ligne le 29/07/2006

Antoine Vayer, ancien entraîneur de Festina, dirige une cellule de recherche sur la performance. Gros plan sur les différentes techniques de dopage.

ENTRETIEN

P ourquoi la testostérone?

Reprenons: le dopage le plus efficace se fait en dehors des périodes de compétition. Exemple: l'autotransfusion. On se retire 1,5 litre de sang (pour 5 litres!), dont on se réinjectera les globules rouges par la suite. Quand on vous pompe une telle quantité, vous êtes en anémie. Quatre ou cinq semaines sans compétition sont nécessaires pour récupérer, pendant lesquelles les coureurs prennent de l'EPO et des anabolisants pour recouvrir plus vite. Déjà, si on regarde attentivement le calendrier d'un cycliste comme Landis, on voit très nettement apparaître ces plages de repos.

Mais quel lien avec la testostérone?

On y arrive. Pendant les compétitions, pour compenser les effets de ces périodes de «préparation», certains coureurs ont recours aux injections d'insuline et d'anabolisants, donc de testostérone. La testostérone peut aussi être utilisée en appui des corticoïdes. Si les corticoïdes ont un effet antidouleur et euphorisant, ils font fondre la masse musculaire. Or, la testostérone se fixe sur les récepteurs des corticoïdes et empêche la diminution du muscle. Le dopage consiste à prendre un produit, puis un autre pour contrer les effets indésirables du premier, puis un troisième pour contrer les effets indésirables du deuxième, etc. On empile les produits.

Comment prend-on de la testostérone?

Le patch est indiqué. Il permet une diffusion progressive, régulière du produit. Les carabiniers en ont trouvé lors du dernier Tour d'Italie. Soit la prise est millimétrée, bien encadrée, et elle passe inaperçue. Soit les coureurs se font prendre comme des cadets, ce qui renvoie à la «fringale de cadet» que Landis a prétextée dans La Toussuire. Tous les observateurs avisés avaient plutôt décelé un «blocage» dû à un protocole dopant mal maîtrisé.

L'équipe de Landis, la Phonak, a déjà un lourd passif dans le vélo...

Ah oui! En 2004, Tyler Hamilton et Santi Perez sont tombés pour avoir pratiqué l'homotransfusion: le coureur se promène avec un ami dont le sang est compatible et «boosté». Quand on en a besoin, on prend du sang au second pour l'injecter au premier. Problème: la lutte antidopage a mis en évidence les cellules étrangères dans le sang du coureur. Donc, une partie du peloton est passée à l'autotransfusion: on remplace le porteur par des poches contenant son propre sang. C'est plus lourd à gérer. Ce mode de dopage a été mis en lumière par l'affaire Puerto, où deux autres coureurs de la Phonak - Botero et Gutiérrez - ont été suspendus par leur équipe.

L'encadrement technique est-il forcément dans le coup?

Ils savent tout. Ils vivent avec les coureurs, ils disposent de relevés sur les paramètres physiologiques. Les performances parlent d'elles-mêmes. Je ne vois qu'un équivalent à «l'exploit» de Landis lors de l'étape de Joux-Plane le 20 juillet: celui de Piotr Ugrumov au début des années 90, quand le critère de sélection pour le Tour était un taux d'hématocrite supérieur à 60 pc, ce qui s'obtenait grâce à la prise d'EPO.

Le dopage dans le vélo, c'est insoluble?

Mais non! Certes, l'espoir de trouver les modifications de l'expression de certains gènes est mince. Reste le contrôle longitudinal très rapproché: c'est-à-dire prises de sang et d'urine, fiche anthropométrique pour mesurer les os (pour détecter la prise d'hormone de croissance), le tout géré par un organisme indépendant: on connaît les moyens.

© La Libre Belgique 2006

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