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Décès de Laurent Fignon

L’intello des pelotons

J.-C.M.

Mis en ligne le 01/09/2010

Laurent Fignon fut un champion cycliste atypique. Il ne se contentait pas de bien courir, il fut aussi intelligent et lucide. En course et en dehors.

Adepte du franc-parler, Laurent Fignon, l’ex-champion cycliste français, mort à Paris, mardi midi, à l’âge de 50 ans, n’avait pas hésité à annoncer lui-même qu’il souffrait d’un cancer des voies digestives.

Lors du récent Tour de France, il avait, comme consultant, commenté la course, sur France 2, d’une voix rendue rauque par la présence d’un ganglion qui bloquait une corde vocale.

Malgré ce handicap, malgré la fatigue qui l’accompagnait chaque jour, malgré la douleur, Fignon avait tenu à rester au poste. Il avait étalé sa grande science du vélo, mais aussi souvent manifesté son sens de l’humour un brin caustique, qui révélait un homme intelligent et fin.

Laurent Fignon, double vainqueur du Tour de France cycliste 1983 et 1984, avait fêté son 50e anniversaire le 12 août. Il avait révélé sa maladie dans son autobiographie ("Nous étions jeunes et insouciants") publiée en juin 2009.

Il révélait aussi avoir pris des substances interdites (amphétamines et cortisone) au cours de sa carrière, mais refusant de parler de dopage organisé.

Ce Parisien, dont le look était atypique (avec ses petites lunettes cerclées de métal argenté et son catogan, il faisait davantage penser à un professeur de philosophie qu’à un coureur cycliste et la qualité de sa diction comme l’intelligence de ses réflexions ne dissipaient pas le doute), fut d’abord l’équipier de l’intouchable Bernard Hinault avant d’affirmer son statut de coureur de premier plan en remportant, à la surprise générale le Tour 1983, à 23 ans à peine.

Il confirma son talent en dominant l’édition 1984. Il signa aussi une victoire dans le Giro en 1989. Cette année-là, il devait entrer définitivement dans l’histoire du cyclisme. En juillet, il perdait, en effet, le Tour de France pour 8 secondes, lors de l’ultime étape, un contre-la-montre qui arrivait sur les Champs-Elysées.

L’Américain Greg LeMond, doté d’un guidon de triathlète, affichait un retard de 55 secondes sur Fignon avant cette ultime explication. Le Francais coupa la ligne d’arrivée sur la plus belle avenue du monde 63 secondes après son rival. Huit secondes : le plus petit écart de l’histoire de la Grande Boucle.

Plein de panache mais malin quand il le fallait, Fignon gagna aussi deux fois Milan-San Remo (1988 et 1989), la Flèche Wallonne (1986) et le championnat de France (1984) avant de prendre sa retraite en 1993 et de se reconvertir dans l’organisation de courses cyclistes (il reprit Paris-Nice mais y perdit des plumes et n’insista pas), l’hôtellerie et la consultance pour la télévision (la RTBF, aux côtés de Rodrigo Beenkens, notamment).

Divorcé, père de deux enfants, remarié en 2008, avec Valérie, Fignon demeurera dans notre souvenir comme un champion fier et brillant et qui le demeurait une fois descendu de selle. Même si certains lui reprochèrent d’avoir "pris le melon" après sa deuxième victoire dans le Tour. Il se retira écœuré par les pratiques de plus en plus douteuses qui se répandaient dans le peloton au début des années ‘90. Ces dernières années, il s’était remis à espérer du cyclisme. Sans perdre pour autant sa lucidité.

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