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Albert, roi des Belges et des oubliés
Thibaut Roland
Mis en ligne le 31/01/2012
Trois. La presse flamande jurait qu’il n’y avait que trois hommes pour un coup fin. Mais dimanche à Coxyde, entre Sven Nys et Kevin Pauwels, Niels Albert a rapidement remballé tous les pronostics pour s’emparer des lauriers mondiaux. Car - qu’on ne s’y trompe pas - le roi Albert ne s’est pas seulement drapé de la couronne des Flandres dimanche après-midi. En dépit de son accent flamand, le parcours bosselé de Coxyde s’était cette année attribué l’étiquette de "championnat du monde de cyclocross".
Les roues ensablées, Niels Albert s’est donc simplement hissé sur le toit du monde sans que la presse internationale ne vienne franchement s’en inquiéter. Même les invités de marque ne purent véritablement casser le relatif anonymat dans lequel Niels Albert et le cyclocross continuent de patauger. Le nœud papillon d’Elio Di Rupo, l’ombre patibulaire de Pat McQuaid (président de l’UCI), la présence du roi Albert (le vrai) ne parvinrent guère dimanche à extirper le cyclocross du folklore flamand dans lequel il continue de s’enrouler.
A bien y regarder, les Nys, Pauwels, Albert n’ont pourtant rien des sportifs manchots ou des cyclotouristes, roulant en dents de scie et en semi-pros. Véritable machine de guerre, Niels Albert n’a jamais ménagé son temps et ses efforts pour rouler sa mécanique sur des parcours de cross accidentés.
Et si le sort parut par instants s’acharner et lui "crêper le guidon", le grand Niels s’est toujours relevé. Ainsi vit le bien nommé "Big Smile". Un coup de pied de l’histoire, une entorse du destin lui permettent toujours d’avancer.
Cette année, chacun le croyait d’ailleurs parti pour une saison pourrie. Il est vrai qu’une collision à l’entraînement aurait pu alourdir son ardoise au-delà de ses deux métatarses cassés. Privé de sept cyclocross (freiner d’une seule main aurait réveillé les soupçons d’un suicide déguisé), Niels Albert prit cette saison son mal en patience comme s’il savait que son tour viendrait.
Car, pendant que Stybar, Pauwels, Nys et consorts s’époumonaient dès le mois de novembre sur des terrains accidentés, "Mister Smile" pansait ses plaies sans jamais détricoter sa parfaite condition physique. Vélo sur rouleaux, joggings réguliers : le nouveau lion des Flandres mangeait son pain noir, se disant que le temps lui permettrait de digérer ses frustrations. Il se l’était promis, juré : le championnat du monde sonnerait son heure de gloire, son heure de vérité. "J’avais d’excellentes sensations, comme on ne peut en avoir que quelques jours par année. Une forme que l’on ne peut tenir tout au long de l’année", précisait le roi Albert après avoir amassé ses lauriers. Le mal est parfois l’allié du bien. Blessé quelques mois plus tôt, Monsieur Niels s’est présenté plus "frais et dispos" que ses rivaux éternels, déjà rouillés par une saison achevée sur les rotules.
Du reste, il en avait déjà été ainsi début 2009 lorsque Albert avait pour la première fois coiffé la couronne mondiale. Cassé quelques mois plus tôt par une rate déchirée, le cycliste flamand avait là aussi cloué tous ses adversaires sur le poteau des Mondiaux. C’était le temps où Monsieur Niels transpirait d’arrogance, jouait les blancs-becs au milieu du petit poulailler. Depuis, l’homme a fendu l’armure et laissé la confiance bousculer son ancienne arrogance. Sa compagne Chantal, en larmes dimanche à l’arrivée, dut sans doute recadrer "son coureur" et éplucher l’orgueil dont il ne se départissait jamais.
Un orgueil qu’Albert ne put au demeurant jamais afficher sur la route. D’abord lancé sur le BMX, "Mister Smile" ne put jamais rudoyer les "vrais" coureurs cyclistes. Entre sa victoire aux Boucles de Mayenne (2007) et une étape au tour d’Alsace (2011), le roi Albert fait encore pâle figure au côté des écussons belges que sont Boonen et Gilbert.
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