Au tour de Zabel et Aldag

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Cyclisme

Pour tourner la page de son passé, Erik Zabel a compromis son avenir de coureur professionnel, jeudi, en devenant le premier ancien coureur Telekom toujours en activité à reconnaître avoir eu recours au dopage dans les années 1990. Zabel, 36 ans, était l'invité surprise de la conférence de presse convoquée à Bonn (centre-ouest) par T-Mobile, l'équipe qu'il a quittée en 2005 pour Milram et de nouveau confrontée au spectre du dopage après les aveux cette semaine de trois anciens coureurs.

"Je me suis dopé à l'EPO lors du Tour de France 1996, mais j'ai arrêté après la première semaine de prise à cause des effets secondaires", a lâché le sextuple vainqueur du classement aux points du Tour de France, au bord des larmes.

Pendant cette conférence de presse de 90 minutes, retransmise en directe par les deux chaînes de télévision publique allemandes, Zabel a raconté comment il a cédé à la tentation. "Le 16 mai 1994, a-t-il rappelé, j'ai vécu le jour le plus noir de ma vie lorsqu'on m'a notifié un contrôle positif à cause d'une pommade. A partir de ce jour-là, je n'ai plus jamais accepté de prendre le moindre médicament, la moindre vitamine, jusqu'à ce qu'en 1996, les rumeurs sur un produit miracle et ma volonté de gagner m'ont fait franchir le pas".

Zabel demande au soigneur belge Jef d'Hont, dont les Mémoires publiées le mois dernier ont lancé l'affaire Telekom, de lui procurer de l'EPO. "Après une semaine, j'ai arrêté, j'avais des suées, un pouls très faible", a-t-il souligné, en assurant qu'il n'avait pas la conscience tranquille: "Pour gagner, il m'a toujours fallu être bien dans mes jambes et ma tête".

Même si Zabel n'a rien d'un "accro à l'EPO", comme d'Hont a décrit le Danois Bjarne Riis, ou n'a pas stocké du sang chez Eufemiano Fuentes comme Jan Ullrich, il risque gros. La Fédération allemande a souligné dans la foulée que sa participation aux Mondiaux-2007 en septembre à Stuttgart --le dernier grand objectif de sa carrière-- était compromise, puisqu'elle refuse de sélectionner les coureurs et entraîneurs soupçonnés ou convaincus de dopage. Milram avec qui Zabel est sous contrat jusqu'en 2008, a de son côté annoncé qu'elle fera une annonce "la semaine prochaine".

Je ne veux pas que mon fils courre comme moi

"J'ai mis au placard mon passé, je ne sais pas ce qui va se passer à l'avenir pour moi, peu importe au fond, je ne veux pas que mon fils qui fait du vélo et ses copains courent comme nous", en étant confrontés au dopage, a murmuré le vice-champion du monde 2006. Aldag, lui, a fait un usage beaucoup plus extensif de produits dopants: "à partir de 1995 et jusqu'en 2002", a avoué l'ancien équipier modèle.

A la télévision, dans la presse, même après sa nomination à la tête de T-Mobile en septembre dernier, il s'était toujours présenté comme un cycliste propre. "J'ai menti, je m'en excuse, mais je l'ai fait parce que je savais que je ne pouvais pas être pris" aux contrôles, a expliqué Aldag qui a été confirmé dans ses fonctions par T-Mobile "désireux de construire un cyclisme propre".

S'ils ont refusé d'incriminer d'autres anciens coéquipiers, dont Ullrich, ou encore leur patron de l'époque Walter Godefroot, Aldag et Zabel ont récusé le scénario d'un système très organisé pour le dopage. "Cela se faisait en petit comité, chacun dans son coin, ce n'était pas quelque chose dont on était fier, même ma femme ne le savait pas", a assuré Aldag.

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