Cyclisme

Rui Costa l'a encore fait. Trois jours plus tard, le Portugais est allé chercher sa deuxième victoire étape. Comme à Gap, le vainqueur du dernier Tour de Suisse a fait la différence dans l'ultime difficulté du jour, écoeurant tous ses compagnons d'échappée, dont nos Belges De Clercq et Bakelants, une nouvelle fois époustouflants.

 

L'échappée se met en quarantaine

L'étape du jour avait tout d'une dernière chance pour les baroudeurs. Pas étonnant, du coup, de voir une véritable guerre en tête de la course en début d'étape. Ce qui est plus surprenant, c'est de voir un groupe de plus de quarante coureurs se faire la malle dans le Col du Glandon, première ascension du jour.

Beaucoup de monde, et du beau monde avec notamment les trois coureurs du top 20 que sont Navarro, Nieve et Bardet, nos Belges Bakelants et De Clercq, ou encore les Français Riblon et Rolland, alléchés par les 75 points à grappiller tout au long des 200 kilomètres du jour.

Pourtant, dans cette première ascension, deux hommes se font la malle: Jon Izaguirre, l'excellent coureur de la formation Euskaltel, mais aussi Ryder Hesjedal, vainqueur du Giro 2012, paire de lunettes plus fréquente sur les plages que sur les routes du Tour sur le nez.

 

Rolland rit comme une Madeleine

L'écart se creuse rapidement, dépasse les dix minutes avec un peloton qui y va paisiblement. Du coup, le spectacle a lieu devant, avec un Pierre Rolland qui sort du groupe des quarante pour une entreprise qui a tout de l'opération suicide. Le Français est coutumier du fait, mais il a du panache.

Rolland prend la Madeleine à la Proust. Il se rappelle sans doute que depuis 2011, il claque chaque année sa petite victoire d'étape dans les Alpes, et se lance à la poursuite du duo de tête. Hesjedal dépose Izaguirre en route, et est rejoint par le Français d'Europcar, qui passe tranquillement en tête du col classé hors-catégorie. Déjà 37 points dans la besace. Et si, pour une fois, Rolland courrait bien?

 

Pierrot à pois

Dès le pied de la difficulté suivante, Rolland fausse compagnie à un Hesjedal au bout du rouleau. Le grimpeur d'Europcar s'envole, et gratte encore 15 points pour fixer son total à 103. Soit une petite unité de moins que Christopher Froome. Ca tombe bien, il reste dix points à prendre au sommet du Col de la Croix Fry. Et une victoire d'étape au bas de la descente, tant qu'on y est?

Le succès ne semble pas impossible, en tout cas. Certes, Pierrot perd du temps dans la plaine, mais il recreuse à chaque fois sur les pourcentages, malgré le travail de Sicard et de Coppel, qui se mettent à la planche pour satisfaire les rêves d'étape de Nieve et Navarro. Et puis, la Movistar entre en action.

 

Costa chante sous la pluie

Depuis le mauvais coup des Europcar à Saint-Amand-Montrond, Valverde l'avait dit: rien ne sera épargné aux verts, qui avaient roulé sans raison pour empêcher le Murcian de rentrer dans la plaine. Est-ce pour cela que Rojas va à toute allure en tête du groupe des poursuivants? Un peu, certainement, mais c'est surtout pour Rui Costa.

Déjà vainqueur à Gap, le Portugais est en feu. Dès les premiers kilomètres de la Croix Fry, après quelques escarmouches de Navarro, le Portugais sort du groupe. Et dans sa roue? Personne. Nos Belges font forte impression, et sortent en contre avec Nieve, Navarro et Klöden, mais impossible de revenir. Rui Costa creuse l'écart, dépose Rolland et s'envole sous l'orage. Le Français se consolera avec des pois qu'il portera, même s'ils appartiennent toujours à Froome.

Sans prendre de risque dans une descente détrempée, le Portugais conserve 45 secondes d'avance sur Klöden. Deuxième victoire d'étape pour un Costa qui était une nouvelle fois le plus fort. Bakelants termine troisième, et marque encore les esprits, alors que le jury doit commencer tout doucement à réfléchir au nom du supercombatif du Tour…

 

Valverde, un coup dans l'eau

Derrière, les favoris sont terriblement calmes. Saxo Bank fait le tempo pour conserver ses casques jaunes, témoins de sa première place au classement par équipes. Et puis, Valverde attaque enfin. Avec Gadret dans la roue. Pourquoi Gadret? Sans doute pour rappeler à son directeur sportif qu'il est bien présent sur les routes du Tour…

Rodriguez finit par réagir, et emmène Quintana, Froome et Contador dans sa roue. Le quatuor revient vite sur Valverde, puis temporise au sommet. Ca glisse, et hors de question de prendre des risques à deux jours de l'arrivée. Valverde n'en a cure: il fonce vers Le Grand Bornand.

Au final, l' Imbatido sera repris à même la ligne par le groupe maillot jaune, que plusieurs coureurs (dont Monfort) avaient rejoint dans la descente. Un coup pour rien? Allez dire ça à Ten Dam et Rogers, éjectés du top 10 par Valverde et un Navarro qui n'a pas perdu son flair.

 

Annecy soit-il

Il ne reste plus qu'une occasion pour les favoris de faire bouger les positions en haut du classement. La montée finale vers Annecy/Semnoz et ses 10,7 kilomètres à 8,5% de moyenne seront un terrain de jeu idéal pour les Rodriguez et Quintana, hommes en forme de cette fin de Tour.

Au sommet, il y aura 50 points à prendre pour le maillot à pois, en plus des 21 distribués au cours de l'étape. Quand on sait que les cinq premiers du classement de la montagne se tiennent en 11 points, la bagarre promet d'être belle.