Bettini éclabousse tout

ERIC DE FALLEUR Publié le - Mis à jour le

Cyclisme Il y a longtemps que l'on n'avait plus assisté à pareil numéro! Depuis Johan Museeuw à Paris-Roubaix 2002, plus aucun coureur n'avait en tout cas enlevé en solitaire une grande classique en démarrant d'aussi loin que Paolo Bettini, hier, à Zurich. Le Toscan, qui qualifie lui-même sa victoire de «plus belle de (sa) carrière», en raison des conditions climatiques, a en effet déposé ses derniers adversaires où et quand (à 36 km de l'arrivée) il l'a voulu pour s'en aller conquérir son deuxième Championnat de Zurich, la septième classique de sa carrière. Si l'on excepte, mais ce n'est évidemment pas rien, sa victoire aux Jeux Olympiques d'Athènes, il y a quatorze mois, cela faisait plus de deux ans (août 2003) que Bettini n'avait plus remporté une grande classique (San Sebastian).

On savait - depuis le Mondial de Madrid qui avait tourné à sa confusion - le Toscan en grande forme. On en a eu la confirmation, hier, où, dans des conditions climatiques dantesques, car il est tombé une sale pluie froide du départ à l'arrivée, Paolo Bettini a éclaboussé de toute sa classe et de son énorme tempérament tous ses adversaires.

Bien lancé - catapulté devrait-on écrire - par une équipe Quick Step qui avait placé à ses côtés quatre coureurs (Moreni, Sintkiewitz, Verbrugghe et Paolini), dans le groupe de treize hommes qui aborda le dernier des quatre circuits finaux (à 41km de l'arrivée), Bettini s'est envolé dès sa première accélération, dans le Forch. Un moment retardé par un problème technique, l'Italien est directement reparti de plus belle, pour s'en aller triompher avec quasi trois minutes d'avantage sur ses plus proches poursuivants, le mot n'est pas exact, Frank Schleck et Lorenzo Bernucci, lesquels parvinrent in extremis à se soustraire au retour de Danilo Di Luca, 4e, et vainqueur virtuel du ProTour. «Ce n'était pas un temps pour moi, raconta Bettini. A mi-course, en sentant le froid qui s'engouffrait en moi, j'ai voulu arrêter mais toute l'équipe travaillait pour moi et je ne pouvais pas lui faire ça. C'est la grande différence avec Madrid où j'avais déjà cette for- me. Ici, j'ai pu compter sur mes équipiers...»

Car le Grillon avait profité de la supériorité numérique affichée par son équipe pour s'échapper, en compagnie de son ami Luca Paolini, dans la descente du Pfannenstiel d'un groupe dans lequel se retrouvait Di Luca, Cunego, Wesemann, Celestino ou Valverde, pour venir se replacer en tête de la course où l'attendaient ses trois autres équipiers, Moreni, Sintkewitz et Verbrugghe. A cinq, les hommes de Serge Parsani empêchèrent d'abord tout retour de l'arrière, puis lancèrent leur capitaine vers le succès que l'on sait.

«Je suis parti d'aussi loin parce que j'avais froid mais aussi car je voyais que les autres étaient cuits», dit le champion olympique qui ne disputera pas Paris-Tours et qu'on vit embrasser un médaillon dans l'ultime kilomètre. «C'est une médaille que mon épouse m'a offerte après mon succès à Athènes. Mais je ne peux jamais l'embrasser quand nous arrivons au sprint. Ici, j'ai eu le temps...»

© Les Sports 2005

ERIC DE FALLEUR