Cyclisme Envoyé spécial à Gap

Ceux qui avaient déjà enterré Alberto Contador à la sortie des Pyrénées doivent avoir avalé de travers, hier, en voyant l’Espagnol attaquer, par trois fois, dans le col de Manse, une petite ascension de 2e catégorie normalement pas suffisamment raide pour lui.

Les frères Schleck surtout (vous le lirez par ailleurs) ne s’attendaient pas à de telles banderilles de la part du Madrilène. Evans, lui, n’a pas été surpris. De toute façon, le leader des BMC, depuis le début du Tour, réagit à tout, que ce soit en côte ou même sur le plat. Quant à Samuel Sanchez, il a dû se sortir les tripes pour suivre le rythme imposé d’abord par l’Espagnol puis par l’Australien. Bien lui en prit puisqu’il a ainsi gagné une place au général (5e), tout comme Evans du reste (2e).

Dans le clan Saxo Bank, l’humeur avait manifestement changé. Le regard de Riis, de glacial ces derniers jours, était presque devenu chaleureux. Quant à ce cher Alberto, s’il n’était devenu végétarien depuis l’affaire que l’on sait, il aurait bien mangé un taureau entier directement après l’étape tellement sa faim de faire à nouveau la course semblait grande. "Au briefing du matin, confiait-il en parlant nettement plus vite que ces deux premières semaines, on avait dit qu’il fallait attaquer si l’occasion s’en présentait. Plus que les quelques secondes que j’ai grappillées sur les Schleck, Voeckler et Basso, je retiens les excellentes sensations qui m’habitaient aujourd’hui. C’est de bon augure pour la suite des événements. Bien sûr, je suis loin de crier victoire, il y a encore une étape piégeuse demain, avec cette dangereuse descente sur Pinerolo, mais j’ai enfin l’impression de redevenir moi-même et c’est tout ce qui compte pour l’instant. Je maintiens que doubler Giro et Tour n’était pas une combinaison très positive pour moi, mais je suis bien obligé de faire avec. Heureusement que je retrouve mes qualités en montagne et même si Evans est plus que jamais en position de force, je crois qu’on recommence à nouveau à me craindre."

Contador s’est-il définitivement réveillé ? On peut le penser. Et c’est un réveil qui risque de causer quelques insomnies à ses adversaires ! "On a roulé très vite, très longtemps, enchaînait Bjärne Riis avec un sourire presque narquois sur les lèvres. Cela avait fait mal à beaucoup de monde alors qu’Alberto se sentait frais comme un gardon. Il fallait en profiter ! Et lui, il voulait vraiment y aller ! Après ses deux premières attaques, je lui ai crié dans la radio : "Ils sont tous morts, il faut continuer !" Et il est définitivement parti."

Mais Evans et Sanchez étaient avec lui, objecte-t-on alors. "C’est vrai, poursuivait-il alors. Evans est très fort. Mais c’est néanmoins très encourageant et prometteur avant le Galibier et l’Alpe d’Huez. Aujourd’hui, Alberto a sorti son marteau et a mis quelques coups sur la tête de ses adversaires." Et lorsqu’un confrère faisait remarquer que Voeckler avait néanmoins bien résisté, le manager général des Saxo Bank retrouvait toute sa superbe d’antan, presque sa suffisance, pour conclure : "C’était une bonne ascension pour le Français car il pouvait mettre du braquet vu le faible pourcentage de pente. Thomas a aussi effectué une belle descente. Mais, à présent, la vraie montagne va commencer "