Eddy Planckaert: un parcours en enfer

PHILIPPE VANDENBERGH Publié le - Mis à jour le

Cyclisme

RENCONTRE

Au départ du petit village de Grupont, perdu au coeur des Ardennes, à deux pas de Jemelle et de Rochefort, un petit chemin de terre quitte subitement la route et un peu la civilisation. Défoncé par les machines agricoles et forestières, ce sentier serpente pendant dix bonnes minutes au milieu de la forêt à la recherche du bout du monde. Ou presque. Soudain, on débouche sur une immense clairière. Là, il faut le voir pour le croire. Et se pincer.

Un village indien hérisse ses tepees blancs sur le tapis vert. Déconcertant. Plus loin, une barrière branlante s'écarte sous le poids d'un cheval de trait tirant un immense tronc d'arbre. Se serait-on trompé d'endroit ou d'époque? Non point.

Collées au téléphone, une longue tignasse hippie et une barbe de plusieurs jours laissent apparaître les traits bien connus d'Eddy Planckaert. Son pur accent flandrien et la manière qu'il a de s'esclaffer finissent de convaincre: on a bien retrouvé Eddy.

Comment allez-vous?

Mieux. J'ai l'impression de sortir de deux, trois années de galères, où j'ai tout perdu. Sur le plan matériel, je veux dire.

Expliquez-nous ou plutôt rappelez-nous vos déboires.

Tout le monde sait que j'ai fait des mauvaises affaires en Lituanie et en Pologne. Chaque fois dans le commerce du bois, plus exactement des parquets car j'avais une bonne expérience de la chose et je connaissais la clientèle. Au début, tout marchait comme sur des roulettes. On en a engagé, du personnel, et on faisait de plantureux bénéfices. A un moment, ceux-ci s'élevaient à 50000 euros par semaine. Le problème c'est que je n'en voyais pas la couleur. «On» me disait qu'il fallait tout le temps investir. Alors j'attendais. Mais j'ai été trahi.

Qui est-ce, «on»?

Disons que ce sont des Belges en qui j'avais placé toute ma confiance. En Pologne, c'est un jeune homme de 28 ans que j'ai placé là comme directeur. Il est toujours en place et moi je n'ai que des dettes. J'ai été trahi. Trompé. Et même battu.

Comment cela?

Je ne peux rien prouver mais je sais qu'on subissait des pressions de type mafieux. Un soir, j'ai été attaqué par derrière par un ou deux hommes, je ne me souviens plus. J'ai été frappé à la tête et on m'a laissé pour mort, sur le trottoir. Si quelqu'un n'était pas intervenu assez vite, je ne serais sûrement pas là aujourd'hui pour vous le raconter. (NdlR: Son épouse Christa, présente à l'entretien, opine du chef en caressant celui, toujours meurtri, de son époux chéri.)

Et maintenant, où en êtes-vous, dans ces dossiers?

Dans la merde. Financièrement parlant. Les faillis se sont arrangés pour me faire porter le chapeau. Résultat, j'ai perdu avec mon épouse et d'autres membres de ma famille près de 150 millions d'anciens francs. (NdlR: le curateur des faillites, Me Luc de Muyck, a toutefois précisé que le montant exact réclamé à la famille Planckaert s'élevait à 1448000 euros, soit un peu plus de 58 millions de nos anciens francs. Ce qui n'est déjà pas si mal et qui n'exclut de toute façon pas d'autres pertes de la famille.) Par exemple, je dois près de trois millions à ma soeur Véra. Et on continue quand même à se voir. Mes frères m'avaient prévenu, j'ai voulu faire le malin, et voilà...

Comment faites-vous dès lors pour vivre ici, avec votre femme et vos trois enfants?

On se débrouille. Il y a l'argent du docu-soap comme pour «Les Pfaff», c'est pas énorme mais c'est correct. Je viens de terminer un livre sur ma vie qui sortira le 10 juillet sous le titre «De helse tocht van'n Flandrien». (NdlR:«Le parcours en enfer d'un Flandrien», aux éditions Van Halewijck, allusion sans doute à sa victoire dans Paris-Roubaix en 1990.) On a fait aussi un CD, «De Planckaerts: wij zijn goe bezig», sur lequel joue toute la famille. C'est pas la gloire mais ça va. Ici, on ne dépense pas beaucoup...

Et le cyclisme?

J'ai un scoop pour vous. A la rentrée, je vais rouler en amateurs avec mon fils Francesco. Le résultat d'un pari.

© Les Sports 2003

PHILIPPE VANDENBERGH