Cyclisme

La Planche des Belles Filles a fait tomber les masques. Christian Prud'homme ne nous avait pas menti en claironnant que cette ascension inédite sur les routes de la Grande Boucle risquait de provoquer pas mal de surprises. En effet, après les candidats de la course au maillot jaune éliminés sur chute, d'autres coureurs ont du ranger leurs ambitions au placard sur les pentes raides de cette montée. Et la phrase qui pourrait résumer la démonstration de Christopher Froome, vainqueur de l'étape, et la prise de pouvoir de Bradley Wiggins, c'est : "The limit is the Sky". L'équipe britannique avait pourtant annoncé la couleur lors d'un Dauphiné Libéré qu'elle avait écrasé collectivement en réussissant à placer quatre de ses coureurs dans le top 10. Si ce samedi, ils ne sont que deux à figurer parmi les 10 meilleurs coureurs provisoires de l'épreuve, il ne faut pas oublier de rappeler l'énorme travail accompli par les Michael Rogers, Edvald Boassen Hagen et autre Ritchie Porte.

Derrière le duo de la Perfide Albion, les dégâts ont été terribles. Seuls Evans et Nibali ont réussi à suivre le train d'enfer de Froome. Les autres comme Van Garderen, Sanchez, Menchov, Schleck, Gesink, Leipheimer ont été lâchés à la pédale. Jürgen Van den Broeck, qui a perdu quasiment deux minutes ce samedi et qui peut probablement faire une croix sur ses rêves de podium, n'a en revanche pas été épargné par la guigne. Trahi par son dérailleur à quelques encablures de la Planche des Belles Filles, le citoyen de Morkhoven n'a jamais réussi à réintégrer un peloton qui a maintenu son rythme infernal. Satisfaction en revanche pour Maxime Monfort qui s'est accroché comme un beau diable et obtient une belle dixième place qui lui permet de remonter à la septième du général.

Le courage de Luis Léon Sanchez

C'est encore meurtris dans leur chair pour certains que les rescapés de l'épreuve se sont élancés de Tomblaine pour cette première étape de moyenne montagne. Plusieurs coureurs, dont Ryder Hesjedal, vainqueur du Giro, n'avaient pas pris le départ après la grosse chute collective de la veille. Et le peloton perdait encore un de ses membres après quelques kilomètres lorsqu'Anthony Delaplace mettait pied à terre après avoir tenté de rouler avec un poignet fracturé. Contrairement aux journées précédentes, le bon coup mettait plus de temps que d'habitude à se former. Après 11 bornes, un groupe de 19 coureurs se détachait à l'avant de la course, mais était ratrapé rapidement. Quelques bornes plus loin, à l'initiative de de Cyril Gautier (Europcar), la bonne échappée partait avec Christophe Riblon (AG2R - La Mondiale), Chris-Anker Sorensen (Saxo Bank), Dimitriy Fofonov (Astana), Martin Velits (Omega Pharma), Michael Albasini (GreenEdge) et Luis-Leon Sanchez (Rabobank). Ce dernier, victime d'une fracture du scaphoïde, passait ainsi son premier jour sans Tony Martin, autre victime de ce type de blessure. Le jury le lui rendra bien en le récompensant à la fin de la journée avec le prix de la combativité. C'est Gautier qui passait en tête lors du sprint intermédiaire, tandis que Sagan réglait le peloton devant Goss, Mark Cavendish ne préférant pas se mêler aux débats. Le col de la Grosse Pierre, première ascension du jour, était franchi en tête par Chris Anker Sörensen qui récidivait dans le col de Mont Fourche. Derrière ce groupe d'audacieux, les équipes BMC et Sky envoyaient les watts pour que l'écart ne grandisse pas.

Ennui mécanique pour Van den Broeck

Alors qu'on arrivait à moins de cinq kilomètres du pied de la Planche des Belles Filles et que les échappés étaient en point de mire du peloton, Jürgen Van den Broeck était contraint de s'arrêter, trahi par son dérailleur. Aidé par Henderson puis Bak, notre compatriote donnait tout ce qu'il avait pour réintégrer la meute qui n'avait pas ralenti sa cadence. Malheureusement, VDBke ne rentrait pas avant le pied de la montée et voyait un à un les coureurs être lâchés par le train Sky emmené par Ritchie Porte et Christopher Froome. Robert Gesink, Levi Leipheimer, Michele Scarponi, Fränk Schleck, Thomas Voeckler étaient rapidement distancés avant que le maillot jaune Fabian Cancellara ne lâche prise à son tour.

L'écrémage continuait sous l'impulsion de Porte et Samuel Sanchez, Janez Brajkovic, Maxime Monfort et Pierre Rolland, étaient eux aussi décramponnés, avant que Christopher Froome ne mette en route. Dans le sillage du coureur anglais né au Kenya, on retrouvait plus que son leader Bradley Wiggins, Cadel Evans, Vincenzo Nibali et Rein Taaramae. Ce quintet abordait le dernier kilomètre avec une accélération d'Evans qui obligeait Taaramae à baisser pavillon. Mais l'Australien devait s'avouer vaincu dans son mano à mano avec Christopher Froome qui parvenait donc à séduire les Belles Filles. Une journée de rêve pour Sky qui s'emparait aussi du maillot jaune avec Bradley Wiggins, troisième, et se paraît de pois avec Christopher Froome qui dépossédait Michael Morkov de sa tunique.

Evans et Nibali en embuscade

La hiérarchie du Tour a fortement changé avec ce premier rendez-vous en moyenne montagne. Derrière Wiggins, Evans (10 secondes) et Nibali (16 secondes) restent en embuscade, tandis que le surprenant Rein Taaramae, nouveau maillot blanc, s'empare de la quatrième place à 32 sec. Cinquième, Denis Menchov affiche déjà 54 secondes de retard et devance Haimar Zubeldia premier coureur de la formation Radio Shack. L'Espagnol devance son coéquipier Monfort, septième à 1'09". Christopher Froome rentre dans le top 10 (9e à 1'32"). Jürgen Van den Broeck pointe lui à la 13e place à 2'11" du maillot jaune.

Demain, la deuxième étape de moyenne montagne emmènera les coureurs de Belfort à Porrentruy, situé à la frontière suisse. Le parcours, qui ne compte que 157 kilomètres, comprend cinq ascensions de deuxième catégorie et une de première devrait sourire aux baroudeurs et à ceux qui ont du refermer le placard de leurs ambitions.