Cyclisme

Beaucoup attendaient Cavendish, d'autres pensaient à Greipel ou Sagan. Le nom de Kittel arrivait dans un second temps, mais c'est pourtant le sprinter allemand de l'équipe Argos-Shimano qui a émergé dans un final chaotique.

Tout a commencé avec un bus coincé sur la ligne d'arrivée. Les coureurs approchaient alors à toute allure dans les rues de Bastia, et l'arrivée était sur le point d'être avancée de trois kilomètres. À peine le problème réglé, c'est une chute qui a semé la panique dans le peloton. En début de peloton, un coureur est tombé, entraînant une bonne partie de la meute dans son malheur.

Si pour Contador, le mal ne sera que physique, puisque tous les coureurs sont finalement classés dans le même temps au vu des circonstances exceptionnelles du final, le malheur est tout autre pour Greipel (problème technique) et Cavendish, qui avaient axé toute leur saison autour de cette étape inaugurale. Peter Sagan, également au tapis, pourra se rattraper lors des deux jours à venir, si son corps le lui permet.


Les pois pour Lobato

Quelques heures plus tôt, la première chute du Tour était pour le dossard numéro 1 de Christopher Froome. Une chute sans gravité entre le départ fictif et le départ réel, mais qui témoigne de la grande nervosité du Britannique.

La suite, c'est un grand classique : échappée matinale de cinq coureurs, qui reçoivent leur bon de sortie avec le consentement des équipes de sprinters. Les Espagnols Lobato et Flecha, le Néerlandais Boom et les inévitables Français Lemoine et Cousin jouent les filles de l'air sur la côte corse.

Le premier temps fort, c'est une côte d'un kilomètre, classée en quatrième catégorie. Et comme c'est l'unique bosse répertoriée du jour, la donne est simple : le premier en haut portera le maillot à pois. Cousin tente sa chance, mais Lobato fait parler sa pointe de vitesse pour couper la ligne en tête. Le coureur Euskaltel est le premier maillot à pois de ce Tour 2013.


Scénario classique...

L'écart fond, pour descendre sous la minute au ravitaillement, avant que Jérôme Cousin ne relance l'allure, emmenant ses quatre compagnons de fortune dans le mouvement. Le peloton temporise, et laisse l'avance des fuyards grimper jusqu'à quatre minutes. Tant pis pour le sprint intermédiaire, les sprinters se contenteront de se disputer la sixième place à 60 kilomètres du but. Greipel fait parler ses grosses cuisses, Cavendish fait à peine l'effort pour gratter la deuxième place à Sagan, alors que Kittel et Degenkolb s'abstiennent et misent tout sur l'arrivée.

Les échappés sont repris à une trentaine de kilomètres du but, les équipes des favoris se portent à l'avant pour éviter une éventuelle bordure en bord de mer, puis les équipiers des sprinters reprennent la main. Du grand classique, quoi. On se dirige vers un sprint royal, et puis c'est le drame.


...et puis panique dans l'oreillette

On commence avec un bus Orica-GreenEdge bloqué sur la ligne d'arrivée. Ou plutôt sous la ligne, puisque le fameux panneau qui trône sur les lignes d'arrivées de la Grande Boucle était trop bas pour laisser passer l'imposant mobilhome. Le responsable de la logistique du Tour explique que le bus était en retard, et n'a pas pris la peine de s'arrêter avant une ligne d'arrivée dont la hauteur est modulable. Il aurait dû…

Du coup, c'est panique dans l'oreillette et dans le peloton. On annonce une arrivée à trois kilomètres, puis à nouveau à l'endroit initial. Les coureurs se déconcentrent pendant que le bus, dont les pneus ont été dégonflés, s'évacue. Et ce qui devait arriver se produit : c'est la chute. Et pas en queue de peloton hein, la "belle" chute ! La meute s'écroule comme un château de cartes. Cavendish est bloqué, Sagan est au tapis, Contador aussi. La cote de Greipel monte en flèche.

Les Lotto-Belisol l'ont compris et passent la démultipliée. Puis, le champion d'Allemagne descend de vélo. Problème mécanique. La détresse se lit sur le visage du Gorille de Rostock, qui regarde vers l'horizon en quête d'une voiture qui n'arrive évidemment pas.


Kittel, le dernier survivant

Le dernier as du carré royal, lui, se porte comme un charme. Marcel Kittel place ses hommes en tête de ce qu'il reste du peloton. Le train blanc va rechercher un Terpstra un peu trop impétueux, et met son sprinter allemand sur orbite. Roelandts lance de loin, Trentin le déborde, puis c'est le Norvégien Kristoff qui passe à la vitesse supérieure. Kittel, lui, fait son sprint de son côté. Tout en puissance. L'Allemand remonte sur la gauche de la route, et saute le sprinter de la Katusha. Marcel fait coup triple : maillot jaune, maillot vert et maillot blanc. Un des seuls à sourire dans le chaos.

Les coureurs arrivent par petits groupes, la mine déconfite. Contador semble touché, mais pas de fracture, selon les premières infos données par son équipe. Au vu des circonstances exceptionnelles de la fin de l'étape, les organisateurs décident de classer tout le monde dans le même temps. Les plaies ne seront donc que physiques, mais importantes pour certains. Tony Martin se serait fracturé la clavicule, et la suite de son Tour serait donc fortement compromise.


À qui le jaune dimanche ?

Dimanche, le peloton repartira vers le sud de la Corse pour joindre Bastia et Ajaccio. Les sprinters ne seront plus vraiment à la fête, avec trois côtes de 3e catégorie et une de 2e catégorie au programme. La côte du Salario, placée à une dizaine de kilomètres de l'arrivée, devrait permettre aux coureurs ambitieux de semer le trouble dans le peloton. Mais si Sagan est remis de sa chute, il faudra le semer pour espérer lever les bras à l'arrivée… Il sera en tout cas difficile pour Marcel Kittel de conserver sa belle tunique.


Pas de fracture pour Tony Martin

L'Allemand Tony Martin ne souffre pas de fractures après sa chute, a annoncé en soirée l'équipe Omega Pharma.  La décision sur la suite de la course le concernant sera prise dimanche matin, "suivant l'évolution de la situation clinique pendant la nuit".

Le champion du monde du contre-la-montre, qui a fait un petit malaise après l'arrivée (avec perte de connaissance), a passé des examens plus rassurants à l'hôpital de Bastia où il avait été transporté par ambulance.

Le coureur allemand a eu une commotion cérébrale et une contusion au poumon gauche. Il a été touché également en plusieurs endroits (hanche, poitrine, genou gauche, épaule, dos).

"Il a, en outre, une blessure large (5 cm) et très profonde au coude gauche, qui atteint ses muscles, ce qui lui cause une forte douleur et une difficulté à déplacer le bras", a précisé l'équipe belge.


Amende de 1600 euros pour le bus Orica

L'équipe Orica a écopé d'une amende de 2.000 francs suisses (1.626 euros) de la part du jury des commissaires du Tour de France après l'épisode de son bus bloqué sur la ligne d'arrivée.

Le motif avancé par les commissaires: "non-respect des horaires prévus par l'organisation pour les véhicules d'équipes auxiliaires, pour les arrivées d'étapes."

Aucune sanction n'est prévue en particulier à l'encontre du chauffeur du bus, visiblement très marqué par l'incident. "Il a déjà été assez puni comme ça !", a déclaré à l' AFP un membre de l'organisation.