Cyclisme
Sagan était le grandissime favori, et ses chances ont encore augmenté en flèche quand l’arrivée au sprint a semblé inéluctable. Le Slovaque était dans un fauteuil, mais son trône a vacillé. La faute à un Australien impétueux, Simon Gerrans, qui ajoute une deuxième victoire d’étape sur la Grande Boucle à son palmarès qui compte aussi un succès sur Milan – Sanremo. Très à l’aise dans les différentes difficultés de la journée, Jan Bakelants reste en jaune pour une journée de plus.

Quoi de plus normal de voir un coureur à l’aise sur les Ardennaises s’imposer sur cette étape, que l’on annonçait comme un petit Liège-Bastogne-Liège ? Son équipe Orica – GreenEdge, deux jours après un coup de pub aussi formidable qu’involontaire suite à l’histoire rocambolesque du bus bloqué sur la ligne à Bastia, s’est aujourd’hui illustrée d’une bien plus belle manière.

Clarke, ça claque

Simon Clarke montrait déjà le maillot de la formation australienne dès les premiers kilomètres du jour en bondissant dans la roue du Néerlandais Lieuwe Westra. Les deux hommes, accompagnés par les Français Vuillermoz, Minard et Gautier, forment la traditionnelle échappée du jour.

Clarke, pistard reconverti en chasseur de pois depuis qu’il a remporté le classement de la montagne du Tour d’Espagne la saison dernière, fait parler son sens de la trajectoire au sommet des cols corses pour accumuler cinq points et rejoindre Pierre Rolland en tête d’un classement qui n’intéresse donc pas que les Français.

Derrière, Jens Voigt soigne sa forme en roulant en tête du peloton pour défendre le maillot jaune d’un Jan Bakelants radieux. L’écart n’atteint jamais des sommets sur la côte corse, et c’est finalement un peloton groupé qui se présente au pied du Col de Marsolino, juge de paix annoncé de la trilogie sur l’Ile de Beauté avec ses 3.300 mètres à 8% de moyenne.

Rolland, un air connu
 
Clarke fait exploser ses compagnons du jour pour tenter d’aller décrocher les pois au sommet. Anton tente de faire la jonction, mais le pétard du Basque est trempé. Rolland monte sur les pédales, et décide de montrer au coureur Euskaltel comment on bouche un écart. Clarke est rejoint en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire. Nieve et Nordhaug tentent de revenir, mais Rolland relance et sort tout le monde de sa roue avec une facilité presque écœurante.  

Les pois bien accrochés sur ses épaules avec cinq nouveaux points, Rolland se lance dans une descente loin des modèles d’esthétisme – une descente « à la Schleck », comme on dit dans le milieu. Sylvain Chavanel, malheureux dimanche, dévale la pente et se met à rêver de jaune quand il rejoint Rolland avec Nordhaug et Nieve.

Monsieur Klöden sauve Bakelants

Derrière, la débandade passagère laisse place à plus de sérénité. Andreas Klöden en personne vient faire parler sa puissance pour défendre le maillot de Bakelants, et réduit l’écart tout en élégance. Monfort prend le relais, en compagnie des Cannondale qui roulent pour Sagan. Et des Orica qui croient en Impey, ou en Goss s’il est encore là, ou en on ne sait pas trop qui.

Malgré tous les efforts de Chavanel, les quatre impétueux sont repris aux trois kilomètres. Le maillot de Bakelants est sauvé, et les Radioshack s’écartent pour laisser place à ce qu’il reste d’hommes véloces dans le peloton.

Sagan peut Aussie perdre

Sagan est emmené dans un fauteuil, jusqu’à ce qu’Impey ne le dépasse à toute allure, avec Simon Gerrans dans la roue. Tous les fans du virtuose slovaque se frottent déjà les mains, mais à la surprise générale, c’est le vieux kangourou qui se joue de l’incroyable Hulk pour s’imposer in extremis. Un homme venu du bout du monde dans la ville qui aurait vu naitre Christophe Colomb, est-ce vraiment bien étonnant ?

Rojas complète le podium, juste devant un Kwiatkowski toujours plus impressionnant et Philippe Gilbert, aidé un peu plus par ses équipiers ce lundi, mais toujours pas assez à son goût. Sans doute la raison pour laquelle il a failli se faire battre au sprint par Flecha, sixième à l’arrivée.

Jan Bakelants, lui, est tout sourire. On lui prédisait l’enfer, mais c’est bien avec le jaune sur les épaules qu’il quitte l’Ile de Beauté. Peter Sagan, qui rêvait d’un coup double, doit se consoler avec un maillot vert qui atterrit enfin sur ses épaules, et pourrait ne plus le quitter jusqu’à Paris...

Dernier jour en jaune ?

Mardi, ce sera une autre paire de manches pour Bakelants. Si les 25 kilomètres de contre-la-montre par équipes ne devraient pas accoucher d’écarts énormes à Nice, conserver une seconde d’avance sur les Garmin de Millar ou les Omega Pharma de Kwiatkowski a tout de la mission impossible. Et il n’y a pas d’Ethan Hunt chez Radioshack. Par contre, chez Garmin, ils ont Jack Bauer. Qui risque d’être l’une des têtes d’affiche de ce « 25 kilomètres chrono ».