Cyclisme Vincenzo Nibali n’hésite pas à l’avouer. "J’ai peut-être sous-estimé Horner en lui laissant quelques secondes", reconnaît l’Italien, qui ne s’était pas trop méfié lors de la première des deux victoires d’étape de celui qui l’a battu, sans contestation, au classement final du Tour d'Espagne. Ce sentiment est partagé par l’ensemble du peloton, surpris par la victoire de ce vétéran de bientôt 42 ans, qui était, durant ces trois dernières semaines, dans la forme de sa vie ! Ce succès, historique, car Christopher Horner est le plus vieux vainqueur d’un Grand Tour, élève déjà un vent de suspicion dans de nombreux commentaires. D’autres avancent la fraîcheur de ce coureur de San Diego, qui n’a quasiment pas couru, cette année, contrairement à tous ses adversaires, dont la fatigue commence à se faire sentir en cette fin de saison.

Car après Tirreno-Adriatico et deux étapes du Tour de Catalogne, en mars, Horner a été absent des pelotons durant cinq mois pour soigner une blessure au genou, qui l’inquiétait, car il a craint ne jamais pouvoir revenir. "J’ai même dit à mon fils qu’il était possible que je sois contraint d’arrêter ma carrière", s’amuse le coureur de Radio Shack-Léopard. Mais ce coureur aussi sympathique (on se souvient de son passage chez Davitamon-Lotto, en 2006 et 2007, quand il était au service d’Evans) qu’atypique, est revenu en forme en août, se classant 2e du Tour de l’Utah, chez lui, aux USA. Si l’âge d’Horner pose question (il n’est pas le seul vieux à gagner, demandez à son coéquipier Jens Voigt, 42 ans, à Nico Eeckhout, ou à Pino Cerami, vainqueur d’une étape du Tour à 41 ans, sans oublier, exemple parmi d’autres, Raymond Poulidor, 3e du Tour de France 1976 à 40 ans), il présente quelques références dans les épreuves par étapes, puisqu’il avait remporté, notamment, le Tour du Pays Basque et celui de Californie et s’était classé 9e du Tour de France 2010, qu’il avait débuté au service d’un certain Lance Armstrong.

"Je sais que c’est historique, avec mon âge", explique-t-il. "J’avais fait de ce Tour d’Espagne un objectif, quand j’avais vu son tracé, très dur. Je dois bien avouer que j’espérais un podium. Mais de là à gagner… Je suis fier. Surtout que mes trois enfants sont grands (deux filles de 16 et 14 ans et un garçon de 11 ans), et ils ont pu se rendre compte, en suivant la course à la télé, de ce que j’ai réalisé. Et moi, je réalise directement. À mon âge, je n’ai pas besoin d’attendre demain pour réaliser que je viens de gagner un Grand Tour !" Il rêve, désormais, d’avoir toujours cette fraîcheur au Championnat du Monde.