La renaissance de Valverde, la mascarade des Sky

F. Ch. Publié le - Mis à jour le

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Cyclisme

C’est à une renaissance que l’on a assisté au sommet de Peyragudes avec la victoire d’Alejandro Valverde. Un succès dont aurait pu être privé le coureur espagnol si les oreillettes n’avaient pas encore fait leur office chez Sky. Car Christopher Froome, dévoué “toutou” de Sir Wiggins, aurait sans doute pu aller rechercher Valverde pour s’imposer si Radio Brailsford ne l’avait pas empêché de le faire. Sans réduire les mérites du maillot jaune qui a montré qu’il était plus fort que ses adversaires d’autres équipes, la Grande Boucle 2012 ne récompensera pas l’homme le plus fort.

Saint Thomas, l’infatigable

Au départ de Bagnères-de-Luchon, on espérait que le spectacle de ce second opus pyrénéen ne soit pas l’apanage d’un seul homme comme lors de l’étape d’hier. On espérait surtout que Vincenzo Nibali, le seul à pouvoir contrarier un tantinet Wiggins et Froome dans l’ascension de Peyresourde, tente quelque chose afin d’animer un peu la course.

Dès le pied du col de Menté, un groupe intéressant se dégageait à l’initiative de Pierre Rolland. Voeckler, Kessiakoff, Valverde, Leipheimer ou encore Vanendert et Monfort se joignaient au premier coureur français du général, mais Sky ne pouvait pas laisser filer ce groupe. Rolland repartait en solitaire, mais était rapidement rejoint par Kessiakoff et son équipier Voeckler, bien décidé à marquer à la culotte le Suédois. Au sommet, le coureur d’Astana tentait de surprendre Ti Blanc, mais ce dernier s’imposait sans problèmes, et sur le grand plateau s’il vous plait. Le peloton maillot jaune ne passait pas très longtemps après, mais sans Zubeldia, 5e du général, qui concédait une minute dans l’ascension.

L’arrangement entre Nibali et Valverde

Dans la descente, on pensait que la grande bagarre allait démarrer en apercevant la silhouette de Vincenzo Nibali recoller avec les coureurs de tête. Mais quand ce ne sont pas les oreillettes de Sky qui décident de l’issue de la course, ce sont les hommes. Valverde et Nibali parlementaient et après s’être serrés la main, le Requin de Messine se relevait. Le coureur de Movistar voulait conserver ses chances de victoire d’étape en empêchant un retour du peloton. Un calcul qui allait finalement s’avérer être le bon.

On retrouvait donc 17 hommes à l’avant dont trois coureurs Movistar (Valverde, Rui Costa, Plaza), trois Euskaltel (Izaguirre, Azanza et Martinez), Voeckler, Leipheimer, Casar, Vinokourov et Hoogerland. Ils auraient pu être 18 si Chris Anker Sörensen n’avait pas chuté dans la descente du col de Menté et ne s’était pas retrouvé avec une main ensanglantée.

Valverde fait le ménage

Sur les deux ascensions de deuxième et de troisième catégorie, Voeckler confirmait qu’il était tout simplement plus fort que Kessiakoff. Après le sprint intermédiaire, remporté pour la forme par Blel Kadri, les échappés se dirigeaient vers les premiers lacets du Port de Balès, dernière difficulté “Hors Catégorie” de ce Tour 2012.

Et comme les cinq autres cols classés dans cette catégorie, “Balès” sera aussi escamoté par un peloton emmené au train par Dominik Nerz, un équipier de Nibali. Devant, le groupe explosait et Alejandro Valverde apparaissait rapidement comme le plus costaud. Voeckler se contentait de contrôler Kessiakoff pour s’assurer du gain du maillot à pois. Au sommet, Valverde passait en tête avec 2’30” sur le peloton maillot jaune.

Froome, ce docile toutou

L’ascension vers Peyragudes s’effectuait en deux temps avec tout d’abord l’ascension du col de Peyresourde par un autre versant que celui emprunté hier, avant de plonger pendant un kilomètre pour aller chercher les quatre dernières bornes menant à l’arrivée. Valverde continuait son petit bonhomme de chemin alors que ses anciens compagnons d’échappée, dont l’infatigable Voeckler, étaient avalés par le peloton, emmené par Ivan Basso.

Ce rythme ne semblait pas assez élevé pour Jelle Vanendert qui s’échappait à un peu plus de 10 kilomètres de l’arrivée avec pour objectif de servir de point d’appui à Jurgen Van den Broeck. Le quatrième du général accélérait pour recoller la roue de son équipier et provoquait la perte de Zubeldia, Evans et Brajkovic.

VDB était ensuite contraint de mener le tempo devant Rolland, Pinot, Van Garderen, Horner, Nibali et le duo Sky. Au sommet de Peyresourde, Valverde basculait avec 1’20” sur ces hommes, mais tout restait à faire.

A bloc, l’Espagnol jetait toutes ses forces dans la bagarre, alors que le maillot jaune imprimait la cadence dans cette dernière montée de 3 kilomètres. Horner, puis Van Garderen et surtout Nibali étaient contraints de lâcher prise. Van den Broeck, Rolland et Pinot ne résistaient pas beaucoup plus longtemps. Wiggins et son valet Froome étaient tout simplement les plus forts.

Mais le plus costaud des deux n’était pas celui vêtu de jaune. Alors que Froome accélérait encore, Wiggins faisait la grimace, mais pas de souci puisque Sean Yates et Dave Brailsford rappelaient directement à l’ordre le Kenyan Blanc dans l’oreillette.

Cette mascarade profitait à Valverde qui aurait pu se faire souffler la victoire in extremis si la direction de Sky n’avait pas écrit à l’avance l’épilogue de cette étape. Froome avait néanmoins la permission de prendre la seconde place et de terminer juste devant son leader, à 18" du vainqueur du jour. Thibaut Pinot prenait la quatrième place 3 secondes plus tard, juste devant le duo Rolland/Van den Broeck qui accusait 7 secondes de retard sur les Sky.

2’43” pour VDB sur Van Garderen, les pois pour Voeckler

Le maillot jaune restera donc bien sur les épaules de Bradley Wiggins qui conserve toujours 2’05” d'avance sur Chris Froome qui, rappelons-le, en a perdu une et demie sur crevaison lors de la première étape. Vincenzo Nibali, qui a concédé quelques secondes accuse, désormais un retard de 2’41” sur Wiggo. Jurgen Van den Broeck, toujours bien accroché à sa quatrième place, a repris de l’avance sur Teejay Van Garderen. Le Belge possède 2’43” sur le maillot blanc, ce qui devrait être suffisant pour ne pas se faire dépasser lors du dernier contre-la-montre.

Thomas Voeckler, conforte sa comparaison avec Richard Virenque, puisqu’il va ramener pour la première fois de sa carrière le maillot à pois à Paris. Peter Sagan, fera de même avec la tunique verte. Le prix du coureur le plus combatif est revenu au vainqueur du jour, Alejandro Valverde.

L’étape de demain entre Blagnac et Brive-la-Gaillarde sera la dernière chance pour les équipes qui n’ont rien gagné de sauver leur Tour. A moins que Sky ou Lotto ne décident de se mettre à plat-ventre pour offrir à Greipel et Cavendish un duel de sprinteurs. Tout porte à croire que ce ne sera pas le cas et que la dernière occasion d'en découdre entre ces deux-là, sera les Champs-Elysées.

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