Cyclisme

Ce dimanche, au départ sur la place Saint-Lambert, Romain Bardet ne sera pas le principal favori de la 103e Doyenne. Un statut qu’Alejandro Valverde, bien sûr, ou Dan Martin, porteront comme un sac à dos.

Mais si l’amour d’une course, la passion même, l’envie de la remporter peuvent avoir les effets (vantés) d’une boisson énergétique bien connue, le deuxième du dernier Tour de France aura deux petites ailes accrochées aux épaules et qui sait…

"Gagner Liège-Bastogne-Liège, c’est un de mes rêves", reconnaît le coureur d’Ag2R dans les salons de l’hôtel de Remouchamps où son équipe a pris ses quartiers. "J’y viens chaque année, car je sais que la porte peut s’ouvrir un jour. Ce ne sera pas facile, mais j’espère que cela arrivera. Je commence à l’appréhender, à la connaître. J’espère avoir le bon instinct au bon moment. Car je vais avoir à faire face à des coureurs plus rapides que moi, Valverde et Martin par exemple, je vais devoir la jouer finement."

Persévérance

Le Français a d’ailleurs une mauvaise expérience d’une arrivée à plusieurs. C’était chez les espoirs.

"C’est mon pire cauchemar chez les jeunes, se souvient-il. En 2011, j’ai fini deuxième, battu de quelques centimètres sur la piste d’Ans par Tosh (Van der Sande)."

Chez les pros, Bardet a couru quatre fois déjà la deuxième classique ardennaise qu’il a toujours terminée parmi les treize premiers, 13e en 2013 et 2016, 10e en 2014 et 6e en 2015.

"Le fait de me retrouver chaque année dans la petite grappe de coureurs qui joue la victoire me donne envie de persévérer", poursuit l’Auvergnat.

Les classiques et les courses à étapes

Désormais, le coureur de Brioude fait partie du cercle restreint de ceux qui peuvent gagner ou s’illustrer dans les principales courses à étapes et les grands tours.

"J’aime aussi énormément les courses d’un jour et il me serait difficile de devoir choisir, avoue-t-il. C’est la classique qui me convient le mieux avec le Tour de Lombardie, mais Liège-Bastogne-Liège me fascine, j’aime son parcours, son intensité, ses 260 kilomètres, son histoire, son scénario limpide. Ça frotte beaucoup, mais la course est tellement dure qu’il y a une sélection naturelle qui se fait. Les meilleurs émergent parce que, même si le peloton n’explose pas tout à fait, les mecs accrochent le wagon, mais ils ne peuvent plus remonter. C’est une course qui est belle avec l’enchaînement des difficultés qui me correspondent bien. Enfant, je regardais à la télé. Je me souviens de Bartoli avec Vandenbroucke dans la Redoute (NdlR : en 1999, il avait 8 ans ) qu’on ne monte plus à cette vitesse-là aujourd’hui, notamment parce qu’il y a des côtes en plus dans la finale. A l’époque, ça m’avait impressionné."


Van Avermaet, un vrai tout-terrain

L’équipe BMC aura trois leaders ce dimanche sur les routes ardennaises. Dylan Teuns, révélation de la Flèche, et ses deux champions olympiques, Samuel Sanchez et Greg Van Avermaet.

"Samu est notre principal leader, dit Valerio Piva. Il a prouvé par le passé, notamment l’an dernier en finissant 4e, que cette course lui convient. Nous ne serons pas l’équipe favorite, mais notre groupe est fort."

Sanchez est revenu en forme à temps, espère-t-il, après une blessure, en disputant la Flèche wallonne où il a éprouvé de bonnes sensations. "C’était un bon test, dit l’Espagnol, 46e au sommet du mur de Huy. Je suis prêt pour dimanche."

En position de n°1 mondial, libéré de l’obligation de rouler pour Philippe Gilbert, Greg Van Avermaet revient à la Doyenne, après quatre ans d’absence.

"C’est super de finir en Belgique cette première partie de la saison, ce qui a été pour moi une grande saison des classiques, dit le Flandrien. Je ne suis pas le favori, mais j’ai bien récupéré de l’Amstel et je suis toujours motivé. Je veux et je pense que je peux obtenir un bon résultat. Liège-Bastogne-Liège est une course qui m’a toujours passionné. Nous allons voir comment la course se déroule, voir comment nous pouvons jouer le jeu de l’équipe avec nos différents atouts. Tout peut arriver dans ces courses."

Van Avermaet, favori si…

Valerio Piva, son directeur sportif, confirme que la Doyenne pourrait sourire au champion olympique.

A une condition. "C’est une course qu’il pourrait sans doute gagner, dit-il. Greg l’a démontré à Rio où c’était encore plus dur. Mais pour cela, il faudrait qu’il s’y prépare spécifiquement et ne fasse pas les classiques flandriennes."

Ce qui est quasi inimaginable, même à moyen et long termes. "C’est impossible que je ne roule pas un jour le Tour des Flandres", dit Van Avermaet qui, après la Doyenne, prendra du repos et se tournera vers la suite de sa saison et ses grands objectifs, le Tour de France et, surtout, le Mondial de Bergen. "C’est important que Greg récupère", poursuit Valerio Piva.

En participant à Liège-Bastogne-Liège, Van Avermaet, qui n’avait déjà pas envie d’aller en Californie, même si l’épreuve compte désormais pour le World Tour, va vraisemblablement se diriger vers les Tours de Luxembourg et de Suisse pour arriver en forme au championnat de Belgique.


Valverde sera à surveiller

Doublé. Alejandro Valverde est, plus encore cette année que jamais, le grandissime favori de Liège-Bastogne-Liège. Son début de saison parle pour lui : 10 succès dont des victoires finales au Tour de Catalogne, au Tour du Pays basque et un 5e bouquet sur la Flèche wallonne, ce qui rend le coureur de la Movistar encore un petit peu plus légendaire. A 37 ans, il n’a jamais semblé aussi fringant dans le peloton. Sans stress, il avance ses pions et marque des points quand il le peut. Il va maintenant s’attaquer à un objectif que personne n’a réussi avant lui : s’offrir pour la troisième fois de sa carrière un doublé Flèche wallonne - Liège-Bastogne-Liège. "Vous savez, rouler, c’est ce que je sais faire de mieux, je ne suis pas né pour jouer au foot", a indiqué Valverde après son 5e succès à la Flèche, mercredi. "Cycliste, c’est mon métier, je l’aime. Plus je roule, plus je deviens performant. J’ai un sentiment de tranquillité. Je trouve mon équipe fantastique, mes coéquipiers, le staff. Ma famille me soutient dans ce que je fais. Ça me donne encore envie de continuer. J’ai aussi appris à connaître mes limites."


La route de Paris ne passe plus par Liège

Romain Bardet est un des rares favoris du Tour (ou du Giro) à être au départ de la Doyenne. Parmi les cinq premiers de la Grande Boucle 2016, manqueront Christopher Froome (1er), Nairo Quintana (3e) et Richie Porte (5e). Comme son frère Simon, Adam Yates (4e) sera bien là. Pourtant, de nombreux coureurs qui, a priori, pourraient briller sur une course difficile comme Liège-Bastogne (et/ou la Flèche, voire l’Amstel), préfèrent s’abstenir du voyage en Ardenne. On peut citer Bauke Mollema, Sebastien Reichenbach, Geraint Thomas, Pierre Rolland, Mikel Nieve et Stef Clement, parmi ceux qui ont fini dans le Top 20 du Tour. Même s’il est blessé, Fabio Aru n’avait pas, non plus, mis les classiques wallonnes à son programme. Idem pour Alberto Contador, Thibaut Pinot, Robert Gesink, Esteban Chaves, Steven Kruiswijk, Ilnur Zakarin, Tejay Van Garderen et même Vincenzo Nibali, lequel avait toujours couru la Doyenne depuis 2005.