Plus averti que cela, tu meurs

PAR PHILIPPE VANDENBERGH Publié le - Mis à jour le

Cyclisme

RÉCIT

"Responsables, vous l'êtes, vis-à-vis de votre sport. Croyez-vous que le cyclisme survivra longtemps aux attaques, aux suspicions, au doute et parfois même au rejet dont il est l'objet ?" Un langage clair comme le président homonyme d'Amaury sport Organisation, qui chapeaute le Tour de France. Pas bien entendu ? Pas tout compris malgré les traductions simultanées en anglais, espagnol et italien ? Pas grave, l'ex-patron de Roland Garros en remet une couche: «N'avez-vous pas le sentiment que votre génération doit démontrer sans plus tarder qu'une certaine époque est révolue ? C'est sur vous que repose l'avenir du sport cycliste, c'est à vous de restaurer son crédit et sa grandeur».

On entendrait une mouche voler dans la grande salle surchauffée du casino de Dunkerque. Sauf que les 189 coureurs et les membres de leur équipe, techniciens, kinés, médecins, directeurs sportifs ne sont pas là pour jouer. Mais pour se faire engueuler. Pardon: tancer. A les voir comme cela, la tête basse, l'air grave mais pas nécessairement repenti, on dirait une bande de gamins qui s'est fait prendre le doigt dans la confiture et qui dit que c'est pas lui.

Alors, Patrice Clerc enfonce le clou: «Responsables, vous l'êtes, de vous-mêmes. Nul ne peut prendre une décision à votre place mais ayez conscience qu'aucune gloire ne doit être recherchée au prix de sa santé. Si le prix à payer pour quelques années de succès et la destruction de soi, lente ou rapide, ce serait de la folie» a-t-il estimé.

Toujours pas bien compris ? Christian Bénézis, spécialiste en médecine sportive, monte alors au créneau pour détailler, avec force tableaux, l'ensemble des effets et des accidents provoqués par toutes les familles de produits dopants, des stimulants à l'EPO, en passant par les hormones de croissance, les manipulations chimiques, les substances soumises à restriction, les beta bloquants, les corticoïdes, sans oublier l'escalade du dopage génétique. Un vrai cours de médecine qui fait froid dans le dos.

«C'est sur le Tour de France et sur le territoire français qu'a éclaté en 1998 la première grave affaire de dopage de l'histoire du cyclisme, l'affaire Festina, dont le procès a révélé l'étendue des dégâts. Trois ans plus tard, tout n'est pas effacé», a rappelé, pour sa part, Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour, manifestement touché par les propos qu'il était bien forcé de tenir.

«Vous ne pouvez plus tromper, ni sur votre propre comportement, ni sur vos propres qualités physiques ou morales. Sachez bien, et avec vous vos médecins et directeurs sportifs, que nous autres organisateurs nous n'exigeons rien en matière de performances (...) Il serait suicidaire de vouloir encore jouer avec le feu et recourir au dopage. Ce serait un mauvais coup pour le Tour de France et le cyclisme, une honte pour vous et votre entourage.» Avant de jouer sur la corde sensible : «Et si vous n'en êtes pas encore complètement persuadés, écoutez-moi: dès demain, quand les enfants, pleins d'admiration, viendront vous demander un autographe, regardez-les bien dans les yeux et demandez-vous si vous méritez bien cette admiration».

© La Libre Belgique 2001

PAR PHILIPPE VANDENBERGH